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Le grand enlisement : pourquoi la crise politique des démocraties occidentales est devenue pire que celle des années 30

Noam Chomsky faisait récemment référence à la perte d'espoir des citoyens américains depuis les années 30. Donald Trump, plus qu'aucun autre candidat, semble être capable de construire une histoire de l'Amérique susceptible de faire rêver ses concitoyens... A l'inverse, les autres - en France également - ont perdu ce sens du récit et se sont progressivement embourbées dans l'immobilisme. Dès lors, si l'Etat ne peut plus, la politique modeste, celle de proximité, reste la seule possible. Bienvenue dans une société de défiance.

Ça fait pas rêver !

Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
Le grand enlisement : pourquoi la crise politique des démocraties occidentales est devenue pire que celle des années 30

Atlantico : Dans une interview donnée le 23 février, l'intellectuel américain Noam Chomsky réagissait face au succès de Donald Trump, en indiquant que même si la population souffrait plus dans les années 30, il y avait à l'époque un espoir ; une direction à tenir, une volonté de changer le monde. Aujourd'hui, cet espoir aurait disparu et les démocraties occidentales auraient sombré dans l'immobilisme. Face à un tel constat, que peut-on attendre des échéances électorales de 2017 ?

Gilles Lipovetsky : En effet, en 1930, le contexte des démocraties était extrêmement différent.

A cette époque, les démocraties nourrissaient encore le culte du progrès ; l'idée que la marche de l'Histoire allait vers le mieux (plus de liberté, de prospérité). En Europe existaient les grandes espérances révolutionnaires – nourries par le marxisme mais également des mouvements d'extrême-droite qui cultivaient plutôt le culte de la nation. Dans ce contexte précis, la politique était porteuse d'espoir, de rêve même. Le politique – en d'autres termes, l'Etat – était crédité de presque tous les pouvoirs. L'époque moderne, depuis le XVIII è siècle et particulièrement depuis la Révolution Française, correspond à l'idée que l'Etat est finalement capable de tout. Il n'a plus de limitations extérieures à lui-même : il n'est plus que, légitimement, l'expression de la souveraineté du peuple. Par conséquent, l'Etat peut changer le monde. Cette grande idée, loin d'être éternelle, est fondamentalement moderne : les Grecs vivaient en démocratie durant l'Antiquité, sans nourrir cette idée. C'est une idée profondément révolutionnaire. L'outil dont disposent ces révolutionnaires pour faire évoluer le monde, c'est donc la politique, l'Etat. Et, par ailleurs, cette croyance s'est bien concrétisée : cela a donné lieu à la révolution bolchévique d'un côté et à la révolution nationale-socialiste de l'autre. Ils ont su changer le monde, pour le pire.

L'idée d'un tout pouvoir est primordiale. Elle faisait naître, dans les masses, beaucoup d'espoir. Ce dernier s'est soldé ensuite par un désastre absolu, au début du XXè siècle. Reste que, indéniablement, l'Etat en question est un Etat qui se veut démiurgique – prométhéen. A cet égard, c'est l'exact opposé de l'endroit où nous nous trouvons désormais.

D'un côté, ces grandes espérances et idéologiques – tant messianiques que révolutionnaires – n'ont plus le moindre crédit (à part, peut-être, au Venezuela). Plus personne n'y croit ; et plus personne n'en veut. Dès lors, cette absence soulève une question : que sera demain ? Autrefois, les temps étaient durs, mais persistait l'espoir que l'avenir serait meilleur. Aujourd'hui, demain sera probablement à peu près pareil qu'aujourd'hui. Les seules choses qui peuvent être réalisées ne sont que de petites transformations, de petites régulations à la marge, dans un monde qui existe déjà, que nous connaissons. Demain ne sera pas autre, du moins pas par l'action politique. Cela tient d'abord et avant tout à l'épuisement des grands mythes révolutionnaires. Mais, le marché a également pris une place bien plus importante qu'à l'époque… il réduit d'autant plus les marges de manœuvre des gouvernants. Ces deux phénomènes conduisent à l'idée d'un Etat (relativement) impuissant, incapable de gouverner l'ordre des choses. Bien évidemment, ce constat se solde par une forte dépolitisation, une forte démotivation. C'est tout aussi vrai pour les militants, qui fuient les partis, que ça ne l'est dans la tête des gens. Ils ne se désintéressent pas de la politique ; ils ne croient simplement plus en son pouvoir. C'est là la condition, non pas post-moderne mais hyper-moderne, dans laquelle nous ne cessons d'avancer.

Yves Roucaute : Noam Chomsky est caractéristique, dans la caricature, de le pensée de gauche bien qu’il ait tout a fait raison sur le fait que la population manque d’espoir dans quelques unes de nos démocraties, dont la France. Avant d’en venir à la France, notons d’abord qu’il attribue la percée de Trump à la peur et non à l’espoir ce qui est pour le moins restrictif, quand bien même on ne partage pas les idées de Trump. Et ses préférences vont au candidat Sanders, une sorte de social démocrate à l’américaine, qui ne l’enthousiasme pas pourtant, en raison de son manque de radicalité sans doute. Notons ensuite que sa généralisation est abusive. Il suffit de voir que la question ne se pose pas de la même façon en Hongrie, en Catalogne, en Italie, où l’espoir est bel et bien personnifié par des dirigeants politiques, et en France, où nous manquons sérieusement de leaders incarnant un projet enthousiasmant. Comme souvent, Chomsky préfère les jugements à priori aux études concrètes de situations concrètes. Sans doute un effet de sa vision de la linguistique, mais passons.

Notons enfin, ce qui ne le gêne pas, que les espoirs d’alors, au début de ces années 30, s’appellent nazisme, fascisme et communisme.  Il les préfère à Trump. Ce qui est drôle et révélateur. Pour lui Trump ne peut pas être un espoir parce qu’il est républicain. Point barre. Pour lui,l’espoir c’est êtreanti-capitaliste. D’où sa posture ambiguë envers le national-socialisme et le fascisme car il faut avoir l’ignorance de la gauche française pour ne pas savoir ce que sait la gauche américaine : que ce sont des idéologies socialistes. Dans l’entretien qu’il a fait, et dont part votre question, il explique qu’il y avait alors des mouvements porteurs d’espoir dans les syndicats américains. C’est une partie de l’histoire américaine que les Français connaissent mal, mais que Chomsky connaît parfaitement. Roosevelt lui-même a dû affronter aux Etats-Unis, et avec violence, les mouvements rouges et, surtout, fascistes, organisés sous couvert des syndicats. Sans doute faudra-t-il un jour dire que la conception de Chomsky, prétendument anarchiste, est largement viciée par un invariant qu’il trimballe derrière lui, celle d’une « fabrication du consentement » par les élites bourgeoises. Cette idée, longtemps portée par l’ensemble des intellectuels de la gauche bien pensante française, le conduit à imaginer des complots partout, organisés par la bourgeoisie,et à se figurer, comme beaucoup d’intellectuels, qu’il faut donner au peuple des « utopies » pour avancer contre le système.Une vieille lune des courants de la gauche bien pensante. Cela l’a conduit naguère à supporter les plus grandes causes comme les plus viles, ainsi les terroristes et la dénégation des camps d’extermination pour contrer la prétendue « propagande » des élites manipulatrices de Washington et du capitalisme. Cet invariant lui vient de Walter Lippmann, qu’il prend comme beaucoup d’Américains pour un intellectuel de premier ordre, car il ignore à peu près tout de la grande culture, et des grands débats culturels européens, y compris Gramsci et sa théorie de l’hégémonie.

On peut néanmoins accorder à Noam Chomskyqu’il a raison quand il met l’accent sur l’absence d’espoir en France et sur le fait qu’il n’y a pas de relation directe entre l’état social d'un pays, par exemple sa crise, et la mobilisation populaire des démocraties. La mobilisation ne peut se faire sans la perception que les électeurs ont d’une sortie possible de la situation. Or, cette perception ne peut naître sans discours qui permet d'espérer. Pour dire les choses simplement, la grande politique n’est pas la mise en place d’un catalogue de mesures à présenter à une population. Il ne s'agit pas non plus d’imaginer un cataplasme sur une jambe de bois. Il s’agit de raconter une histoire. S'il n'y a pas de grand récit, il n'y a pas d'enthousiasme et par conséquent pas de possibilité d'adhésion. À cet égard, l’annonce de la fin des grands récits, comme l’ont prétendu les postmodernes français à la suite de mon ami Jean-François Lyotard, était une erreur, car toute l’histoire démontre quiil y a une attente de l’humanité dans ces grands récits.  Le problème que soulève Noam Chomsky, dont l'analyse est ici pertinente pour la France, c'est que nous avons à faire à des discours politiques qui, pour une grande part, sont comparables à des catalogues de La Redoute, présentés aux électeurs.

Et c’est aussi pourquoi l’analyse de Donald Chomsky est impertinente aux Etats-Unis. Donald Trump renoue avec le grand récit, ce que les dirigeants français sont incapables de faire. Il énonce une histoire, celle de la grande Amérique, conformément aux canons issus de ce qu’on appelle le jacksonisme, qui fut et reste la grande culture du patriotisme américain, et pas seulement celle de la conquête de l’Ouest. Où est le grand récit français ? Aux Etats-Unis, la situation française a son miroir au sein du parti démocrate. Hillary Clinton s'inscrit dans le système conventionnel et n'est pas capable de présenter au pays une perspective d'avenir — soit un grand récit. C'est bien pour cela que Bernie Sanders, malgré le fait qu'il ne sera probablement pas élu en demeurant trop loin des valeurs libérales qui sont chères aux démocrates comme aux républicains, parvient à accrocher un pan de l'opinion démocrate. Mais son discours est néanmoins faible. Il ne trouve que peu d'écho dans l'histoire américaine. Quelle différence avec Barack Obama ! Lui, a raconté l'histoire incroyable à une population qui aime les belles histoires. C'était un récit qui allait de Thomas Jefferson à Roosevelt en passant par Abraham Lincoln. Quel coup de force dans l’imaginaire cette référence à Abraham Lincoln quand on est candidat du parti démocrate ! Et cela alors qu’Abraham Lincoln avait été le fondateur du parti républicain concurrent. Et cela renforçait l'idée que « tout est possible » aux Etats-Unis, patrie de l’égalité des humains et de la liberté. Il se présentait comme l'expression de cette possibilité, l'incarnation du fait que sortir des ornières n'était pas exclu. Il a laissé dire qu’il était « noir » alors qu’il se battait quelques années auparavant pour rappeler qu’il était « métis ». Il fallait que le rêve s’incarne en lui. Fantastique campagne d’un vrai politique. Bravo.

C'est également la force de Donald Trump aujourd'hui. Les analystes français ne le comprennent pas, mais Trump offre un discours aux électeurs, un véritable grand récit basé sur le rejet de Washington, des New-Yorkais qui méprisent la population, des institutions.   C'est un discours anti-establishment qui était celui de la conquête de l’Ouest, une conquête que rien ne peut arrêter. En France, nos commentateurs paresseux  se figurent qu'il s'agit d'une opposition gauche-droite. C'est tout sauf cela, et c'est pour cela que nous ne comprenons pas la force de séduction du discours de Donald Trump, qui, dans ce monde américain désenchanté par les faibles résultats de Barack Obama, qui voit la place des Etats-Unis mise à mal dans le monde, qui vit sous la pression économique chinoise, la pression politique islamiste, le sentiment d’une identité menacée par un politiquement correct destructeur,repart sur un récit des origines des Etats-Unis jusqu'à donner des perspectives pour demain.

En France nos hommes politiques ne nous racontent aujourd’hui aucune histoire. ils sont devenus incapables de faire de la politique. Charles de Gaulle a été le premier grand conteur de la Vème République, réinscrivant son projet à partir de la Gaule et de Clovis, jusqu’à la résistance, avec ce soutien au terroir et ce discours de la puissance tournée vers le monde, en particulier l’Afrique et l’océanie, l’avenir et la gloire. Et Georges Pompidou avait tenu la demande en offrant une reprise du récit gaulliste, à une sauce plus moderne et libérale. Valéry Giscard d’Estaing avait réussi à enchanter, avec cette ode à la liberté, à la modernité et à la jeunesse qui plongeait dans le XVIIème siècle pour aller vers l’avenir via l’accordéon et la valse musette. François Mitterrand avait écrit un autre récit, appuyé sur le passé des jacqueries, de la  révolution française, de la Commune de Paris, à la façon du récit de Jaurès, via le Front populaire, la résistance (il avait réussi un beau coup), tourné vers l’Europe et la Sociale. Jacques Chirac avait renoué avec la France des terroirs, et une partie du récit pompidoulien lors de sa première élection, avec moins de force néanmoins. Et, malheureusement, la deuxième élection a seulement été un jeu tacticien en raison de la présence du Front National au second tour. Nicolas Sarkozy, dans sa première campagne, avait lui aussi réussi à créer un récit, qui manquait certes de charpente historique et culturelle, mais qui reprenait certains thèmes pompidoulienset qui faisait rêver la jeunesse quand sa concurrente énarque se contentait d’énumérer des mesures « de gauche » à prendre en cas de victoire.  Aujourd’hui, la somnolence nous guette. Tout ce que parviennent à faire les candidats qui sont donnés gagnants dans les sondages, c'est de nous présenter des mesures pour plâtrer les douleurs du pays. J’aime beaucoup les propositions de certains candidats mais ce n'est clairement pas ce que les Français attendent. Ils attendent la vraie politique, pas des administrateurs de boutique. Ils attendent une vision du monde et un récit historique. Un discours qui saurait dire ce qu'était la France hier, ce qu'elle est aujourd'hui, ce qu'elle sera à l'avenir. Un discours qui indiquerait la direction à suivre et enthousiasmerait le pays.  Ni ces discours ringards de la gauche ringarde, ni ces discours soporifiques de la droite à bout de souffle.

Tout récit cache, bien entendu, un certain nombre de faits historiques pour en valoriser d'autres. C'est le prix qu'il faut payer pour faire rêver : le linge sale doit être mis à la corbeille pour séduire. Malheureusement, nous n'avons rien de plus que cet esprit de fonctionnairequi présente des espèces de tableaux Excel formatés à la population. « Qui veut de mon tableau excel » disent-ils. C'est dommage que des hommes et des femmes politiques de droite ne prennent pas le taureau par les cornes pour entrer sur la scène politique. Qu'ils ne narrent pas ce récit auquel veulent croire les Français. Je voudrais voir les Valérie, Pécresse, les François Baroin, ceux qui ont gagné les batailles électorales lors des régionales, ceux qui ont gagné les grandes mairies, entrer dans l’arène et dire : voilà le récit dont la France a besoin. Quitte à ce que, ensuite, une seule personnalité, prenne le récit à son compte pour l’incarner, le  porter devant les Français et les mobiliser.

La politique ne correspond pas uniquement à un ensemble de réformes – toutes aussi cohérentes qu'elles puissent être – mais également à une mise en scène de celles-ci, à une aspiration. Avons-nous perdu ce "sens du récit" ? Comment le retrouver ?

Gilles Lipovetsky : Je ne suis pas sûr qu'il existe de bonne réponse à cette question. L'action de l'Etat, qui s'est creusée depuis maintenant plusieurs décennies, ne peut être que modeste. C'est une grosse différence avec les démocraties révolutionnaires, qui annonçaient changer la vie des citoyens – comme le faisait encore François Mitterrand dans le cynisme le plus complet qui soit. Dans ce genre de discours, il peut exister une mise en scène. Aujourd'hui, la seule mise en scène qui existe encore relève du commémoratif (que le Président pratique quotidiennement). Il est aussi possible de voir une certaine mise en scène dans la compassion que montrent les acteurs politiques.

Très clairement, la position de l'Etat face à la société civile a changé. Par le passé, l'Etat s'incarnait au travers de gouvernements et de chefs d'Etat qui apparaissaient comme des pères – qui imposaient leur autorité. Aujourd'hui, à l'inverse, tout est fait pour que le chef de l'Etat se rapproche de ses concitoyens. De facto, la mise en scène de l'Histoire comme épopée ou comme grande aventure n'existe plus. Elle n'est plus possible dans ce cadre précis. Il ne reste donc comme mise en scène que celle d'une proximité… A l'épopée a succédé la proximité. Bien sûr, c'est appréciable, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que cela ne fait pas vibrer. Néanmoins, si les politiques n'en passent pas par là, il est évident qu'ils seront critiqués pour avoir tenté de s'en affranchir. Ça n'en reste pas moins un changement frappant. Particulièrement quand on consulte des images d'avant-guerre ; qu'on prête attention à comment s'exprimait le Général de Gaulle. Il n'est pas un ami, pas un frère… C'est un père. Aujourd'hui, les chefs d'Etat donnent dans la compassion ou dans le spectacle, comme c'est le cas pour Boris Johnson, le maire de Londres. Certes, la dimension spectaculaire de la politique n'a rien de neuf (elle existait déjà sous Louis XIV, par exemple), mais elle a désormais changé. Ce nouveau spectacle s'approche davantage de celui du show-business : il travaille sur la proximité.

Comment vendre des politiques qui ne sont pas grandioses ? On fait évidemment face à un énorme problème. Je suppose qu'il faut communiquer, expliquer – au travers de multiples registres possibles. Néanmoins, il me semble vain de croire qu'il est possible de reconstituer des grandes odyssées lyriques susceptibles de faire vibrer les masses. Les citoyens sont plus sceptiques. Très vite, cela serait – il me semble – mal perçu. Nos politiques le savent, d'ailleurs, et jouent dans le modeste. De fait, il est possible de continuer à jouer la carte du grand discours, comme le fait Martine Aubry… Mais il y a dorénavant un aspect un peu pathétique à ce niveau et d'un autre côté, les gens (qui ont voté pour le gouvernement en place) avalent des couleuvres. Je comprends la désillusion de ces individus, mais elle est en partie liée au fait que ce gouvernement (il n'est pas le seul) cherchait à l'origine à reconstituer un grand récit. C'est à nouveau la preuve de cette contradiction entre le discours et les réalités, infiniment plus lentes et plus modestes ; presque immobiles.

Yves Roucaute : Nous n'avons plus la moindre mise en scène. Il ne s'agit évidemment pas de la mise en scène du personnage politique, mais bien celle du récit. L'homme politique doit être celui qui porte le récit ! La grande force de Charles de Gaulle, par exemple, c'est qu'il a su mettre en scène le récit de la France depuis Clovis jusqu'à lui-même. Il s'est présenté comme l'expression, le porteur, l'effet naturel de ce récit. Le contraire, donc, de nos hommes politiques actuels qui se présentent avec leurs ambitions sans récit ou avec un récit prétexte, secondaire. Le discours qu'ils tiennent pourrait se résumer par « Moi, c'est moi, j'ai le meilleur catalogue, aimez-moi et aidez-moi ! ».

Ce n'est évidemment pas ce que veut la France. Hegel avait théorisé ce qu'est un grand politique : c'est quelqu'un qui incarne l'Esprit d'un peuple. Et qu’importe s’il réalise les mesures annoncées. Qui aujourd'hui s'inquiète de savoir si Charles de Gaulle a tenu l'intégralité de ses engagements ? Cela n'a pas d'importance. En Europe, Thatcher, Merkel, Cameron, Matteo Renzi... tous ont incarné ou incarnent l'esprit de leur peuple. et c’est cela qui importe. Chaque nation sait bien que le temps œuvre et désœuvre, l’important est de rester fidèle à l’Esprit de la nation dans les contingences. Pour éviter la guerre civile, François Mitterrand n’a pas réalisé certaines de ses propositions, qui lui en a voulu ?

Un ou une dirigeante politique qui souhaite marquer son empreinte ne peut qu'adhérer à un récit qui correspond à l'histoire d'une nation. Ce n'est pas ce qui se fait aujourd'hui. La question n’est pas « comment se mettre en scène ? », mais « comment être  l'expression de la scène française ? »

Raul Magni Berton : Il ne s'agit pas seulement d'un sens du récit. Il s'agit d'un modèle de société  alternatif au notre qui soit bien pensé et bien connu. La mise en récit est une conséquence d'une idéologie bien construite. Or, comme je l'ai dit, l'offre idéologique ne manque pas aujourd'hui: des modèles prédistributifs égalitaristes aux modèles ultra-démocrates, des modèles libértariens aux modèles d'autogestion se sont considérablement développés. Je dirais même qu'il y a plus d'offre idéologique aujourd'hui qu'il y a cent ans. Simplement, cette offre n'arrive à regrouper de large groupes de citoyens sous un seul drapeau. Il faut dire également, que la diversité des professions, des statuts, des origines s'est également accrue, ce qui rends plus difficile la coordination sous des causes communes. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 28/02/2016 - 10:08 - Signaler un abus Populismes

    Peut être la cause en est-elle la perte de foi en l'avenir, le progrès. Je remarquerai à cet égard que cela est dû en grande partie aux terreurs complaisamment étalées par tant de "belles âmes": le nucléaire, l'informatique assimilée à Big Brother, les nanoparticules... et;....que sais-je. Ajoutez votre choix. Ceci dit Donald Trump Président des Etats Unis serait un terrible danger pour le monde entier, à commencer par les Etats Unis eux mêmes, mais il n'a pas gagné, il en est même loin.

  • Par valencia77 - 28/02/2016 - 10:26 - Signaler un abus trump?

    He will reset the clock for the muslims. That is good enough.

  • Par Ganesha - 28/02/2016 - 10:49 - Signaler un abus Aveugle et Schizophrène

    Long article, totalement aveugle et schizophrène ! D'après ces beaux messieurs, il n'y a actuellement aucun projet d'avenir en Europe ! Sur ces milliers de mots, pas un seul sur les mouvements politiques qui dans tous les pays proposent le retour à un minimum de fierté et d'autonomie nationale, à la lutte contre le Libéralisme et la Mondialisation ! Tsipras en Grèce, Podemos, Ukip, Pegida, FN et tous les autres, cela n'existe pas… Juste la petite crotte traditionnelle, en passant : certains pays ont diminué le chômage en divisant le Smig par deux : magnifique ! Seul minuscule passage que j'ai apprécié : les ''neinsagers'' en Suisse. On en a quelques exemples sur Atlantico, ceux qui s'opposent à tout changement, ne s'intéressent qu'à leur situation personnelle et qui, nous prenant pour des débiles, viennent nous dire : détricotez donc quelques mesures sociales et notre pays retrouvera pour l'éternité la voie du bonheur et de la prospérité ! Et ne votez surtout pas pour Marine : d'après Le Figaro, mon petit portefeuille de valeurs boursières subirait instantanément une perte de profitabilité !

  • Par Paul Emiste - 28/02/2016 - 11:08 - Signaler un abus Vous avez dit insipide?

    De plus en plus il y a une politique du centre, donc frileuse, technocrate, et insipide. Nous pouvons voir cela en Europe où des gens veulent tuer toute idée de nation, le célèbre "je ne veux voir qu´une tête". En voulant nous imposer la diversité on nous enlève notre âme, nos traditions, nous devenons des rouages socialisants, un pays une une "élite" politique archaïque et sectaire veut tout nous mâcher, et organiser nos vie de la naissance à la mort. Vive la responsabilité individuelle, source de challenge mais aussi de liberté.

  • Par Ex abrupto - 28/02/2016 - 11:24 - Signaler un abus Les neinsagers

    que j'appelle "post soixante-huitards": ce qu'il reste de 68 une fois qu'on a oublié la générosité, l'individualisme créatif, le foisonnement des idées. C'est à dire l'individualisme égoïste, bien représenté par le slogan des grèves d'AIR FRANCE : TPMC (Tout Pour Mon Cul)

  • Par Lafayette 68 - 28/02/2016 - 11:32 - Signaler un abus Contextes!

    Et si on raisonnait avec nos déterminants actuels au lieu de faire des comparaisons "intellectuelles" avec une époque qui remonte à près de 90 ans ?

  • Par vangog - 28/02/2016 - 11:52 - Signaler un abus Des science pipologues et des sociologues biberonnés

    à la pensée unique et qui regrettent les très riches heures du socialo-communisme...l'époque épique où l'idéologie "articulait des réflexions" et "portait des débats", mais ne faisait pas de mal (pas encore), car elle était minoritaire et dans l'opposition... Ce que ces penseurs unidimensionnels dénoncent, c'est le résultat de leur idéologie au pouvoir. En réalité, ils regrettent le temps béni où ils étaient dans l'opposition et rêvaient d'améliorer le monde, orgueil des avides de pouvoir... Deux septennats mitterrandiens ont plombé la France pour des dizaines d'années, la moitié du monde a été lobotomisée par les penseurs référence de ces trois-là, les USA ont subi deux Obama successifs, après un Clinton et un Bush, et ils veulent sortir du neo-colonialisme messianique américain. La révolution est là, mais ces idéologues formatés ne peuvent pas voir...Le monde se rebelle, tous azimuts, contre un siècle d'enfumage idéologique, contre le messianisme droidelhommiste, contre l'interventionnisme à la Sarko-levy-Bush-Koushner, contre la perversion des valeurs, la pensée unique gauchiste et les restes de socialisme débilitant. Et cette révolution est mondiale!

  • Par lasenorita - 28/02/2016 - 13:19 - Signaler un abus Les Français n'ont plus confiance dans leurs ''politiques''.

    Les Français n'ont plus confiance dans leurs ''politiques''...Les terroristes responsables de nombreux attentats dans notre pays avaient été libérés trop tôt de prison: Chérif Kouachi (12 victimes),Amedy Coulibaly (6 victimes),Mehdi Nemmouche (4 victimes),Mohamed Merah (6 victimes) sont ''des criminels multirécidivistes qui ont bénéficié pendant toute leur vie du laxisme et des failles béantes de notre justice pénale'' avoue Laurence Havel(directrice de l'Institut pour la justice)...

  • Par lasenorita - 28/02/2016 - 13:30 - Signaler un abus Les conseillers de Hollande.

    Le conseiller de Hollande à l'Elysée(pour la diversité) était Faouzi Lamdaoui, né à Constantine(Algérie),Franco-Algérien, a été arrêté pour ''corruption et infractions financières et fiscales(OCLCIFF)'',Kader Arif pour ''favoritisme'',Aquillo Morelle pour ''conflit d'intérêt'', Thomas Thévenoud pour ''phobie administrative'' Jérôme Cahuzac pour ''fraude fiscale'',etc...etc...voir http://www.economiematin.fr/news-charlie-hebdo-complot-elysee-attentat-enquete-calculette?ref=yfp

  • Par Texas - 28/02/2016 - 14:13 - Signaler un abus Noam Chomsky

    ..continue de faire du Noam Chomsky . Les hommes d' Etat n' ont plus de projets nationaux parce qu' ils sont devenus les tacherons de projets supra-nationaux , d' une élite qui pensent en termes continentaux . De ces projets globalistes qui consistent en un mélange ethnique , de standardisation d' un modèle applicable sur tous les continents . Sinon comment expliquer cette unanimité Bruxelloise à organiser le mélange des peuples . Petit grain de sable , les conservatismes nationaux sentent tacitement la perte des Libertés qui accompagne subrepticement ce projet Orwellien .

  • Par Texas - 28/02/2016 - 14:17 - Signaler un abus Pardon

    il fallait lire " d' une élite qui pense ".

  • Par cloette - 28/02/2016 - 14:39 - Signaler un abus La mauvaise reputation

    Noam Chomsky a mauvaise réputation, mais c'est un authentique intellectuel , où est donc son opinion sur Trump ( en Français ) , je n'en vois de trace nulle part pour qu'on puisse juger . En France il paraît banni des médias. S'il dit qu'il n'y a plus d'espoir en la politique et dans les États , il a raison....

  • Par Texas - 28/02/2016 - 16:09 - Signaler un abus @ cloette

    Noam Chomsky , c' est de la même veine Socialiste que Bernie Sanders ..

  • Par Anguerrand - 28/02/2016 - 16:53 - Signaler un abus Aux FN " bas du front "

    Surtout ne pas comparer Trump avec le FN qui n'a point commun et encrore j'en doute de plus en plus pour les FN c'est l'arrêt de l'immigration. Trump est un authentique politique de de droite, ce qui n'est pas comparable avec le FN authentiquement de gauche.

  • Par john mac lane - 28/02/2016 - 17:00 - Signaler un abus Atlantico et ses fonctionnaires prof

    Ca devient comme l'état Atlantico...

  • Par john mac lane - 28/02/2016 - 17:09 - Signaler un abus Attlantico et ses interview insipides d'entre soi de profs....

    C'est devenu la voie des entre-soi Atlantico. N'y a t-il pas assez de gens de la société marchande dans la société pour laisser le monopole de l'expression des proches de l'état, ses fonctionnaires et ses obligés pour s'exprimer dans les articles..... Analyses de postures de ressentis qui n’intéresse que ceux qui tournent autour de leur nombril qui en plus sont décalées avec la réalité.

  • Par gerint - 28/02/2016 - 18:12 - Signaler un abus Certes il faut dire tout ce qu'i y a à dire

    Mais il faut avoir beaucoup de temps pour pouvoir lre des articles aussi longs....

  • Par MONEO98 - 28/02/2016 - 18:15 - Signaler un abus il faut raconter une histoire....

    quelle drôle d'histoire.... A force de raconter des histoires ...soit le citoyen lambda a compris qu'on se moque de lui et va à la pêche ( pas avec Guaino qui lui raconterait encore des histoires d'il y a un siècle) soit crédule , il y croit (comme les écolos croient dur comme fer aux versets de leur nouvelle bible) et forcément ça finit toujours mal ,très mal... Regardez l'agriculture que l 'on a construite pour nourrir l'URSS payée par les contribuables ( on pouvait produire) puis que l'on a abreuvée de normes vertes et sanitaires ( toujours les histoires) et de charges sociales comme le reste du pays au nom du social et l'égalitarisme (encore une bonne histoire) Résultats ? les nouveaux mineurs du 19eme siècle...cet aprés midi il parait que l’agriculture française peut s'en sortir en devenant la fournisseuse en produits BIO de l'UE ? pourquoi les charges vont disparaitre, et les autres ne peuvent pas faire pareil avec un modèle social moins coûteux?STOP AUX HISTOIRES ,dites la vérité aux français et appliquez les mesures qui leur permettront de vivre de leur travail.9a veut dire stop aux c................ redistributives

  • Par Leucate - 28/02/2016 - 19:17 - Signaler un abus relire Soljenitsyne

    et en particulier son fameux discours de Harvard de 1978, intitulé "le déclin du courage", qui le fit vomir par tous les intellectuels bobos (décadents) du monde occidental. Il se retrouve facilement sur internet.

  • Par hmrmon - 28/02/2016 - 19:33 - Signaler un abus Problème des démocraties.

    Un autre problème, rarement abordé, c'est celui des privilèges excessifs, de toutes sortes, que donne le pouvoir. Le pouvoir devrait être une charge et non une sinécure comme c'est généralement le cas, sinécure qui explique l'acharnement de ceux qui l'atteignent à tout faire pour y rester, (voir Afrique!). Bref, trop d'honneurs rendus, trop de tapis rouges, trop de dorures, trop de prébendes. trop de possibilités d'assouvir sa mégalomanie et un prestige exagéré.

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Gilles Lipovetsky

Gilles Lipovetsky est philosophe et sociologue. Il enseigne à l'université de Grenoble. Il a notamment publié L'ère du vide (1983), L'empire de l'éphémère (1987), Le crépuscule du devoir (1992), La troisième femme (1997) et Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d'hyperconsommation (2006) aux éditions Gallimard. Il vient de faire paraître "De la légèreté" aux éditions Grasset.

 

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Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.

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Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton est actuellement professeur de science politique à Sciences Po Grenoble.

 

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