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LECTURE D’ÉTÉ : Notre sélection des meilleurs livres des dix derniers mois

AUJOURD'HUI : Gramercy Park, de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux, aux éditions Gallimard BD

Atlanti-Culture

Publié le
LECTURE D’ÉTÉ : Notre sélection des meilleurs livres des dix derniers mois

BANDE DESSINEE

Gramercy Park
Textes : Timothée de Fombelle / Dessins : Christian Cailleaux
Editions Gallimard BD
98 pages
20 €

RECOMMANDATION

EN PRIORITE

THEME

Gramercy Park nous entraîne sur les traces de Madeleine, une danseuse classique de l’Opéra de Paris, reconvertie en épouse de malfrat new-yorkais. Entre polar élégant et chronique douce-amère, les auteurs ne choisissent pas et laissent flotter une délicieuse incertitude sur la nature de leur histoire. Le premier niveau qu’on perçoit assez vite est l’histoire d’une vengeance, somme toute classique, celle que Madeleine essaye de mener à terme contre le sombre mafieux Georges Day. Mais on s’attache moins à cette intrigue qu’à la description des morceaux de vie brisés qui semblent avoir plus attiré le narrateur : la noire déchéance de Jeremiah, l’inconsolable cruauté de Georges, l’insignifiante lâcheté de Forster, la vaine obsession d’un flic...

Tous ces destins sont mis en scène, comme dans un film des années cinquante, référence cinématographique d’autant plus évidente que l’héroïne doit beaucoup à Audrey Hepburn (et que voulez-vous, quand on me propose une héroïne qui ressemble à la sublime Audrey, je fonds…).

Gramercy Park est une BD plus clivante qu’elle n’en a l’air, peut-être justement parce qu’elle est difficile à ranger dans une case précise. Par exemple, on peut être déçu par une première lecture et porter le jugement ci-dessous: Gramercy Park peut apparaître comme n’étant pas plus qu’un polar classique, comme on en a beaucoup lu en roman, ou vu au cinéma. La mince intrigue et la fin invraisemblable nous laissent rapidement sur notre faim. Le dessin un peu enfantin de Christian Cailleaux paraît peu adapté à la noirceur que tente d’imprimer au récit Timothée de Fombelle.

Et voilà qu’en trois petites lignes lapidaires, je traduis ce que certains d’entre vous ressentiront peut-être à la lecture de cette Bande Dessinée, et qui représente, reconnaissons-le, une vision possible de cet ouvrage.

Maisje suis à mille lieux de cette lecture, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

POINTS FORTS

Malgré ses airs de faux polar, Gramercy Park nous étreint par les histoires qui se dessinent sous les apparences du scénario de Timothée de Fombelle. Tous ces petits morceaux de vie dérisoires qui s’emboîtent les uns les autres nous tiennent, non pas en haleine, mais plutôt en émotion, jusqu’à la dernière page. L’alternance entre dialogues et monologues amplifie ce ressenti, en cassant le rythme de l’histoire, comme si l’auteur se jouait du lecteur en l’entraînant dans ses fausses pistes.

Et, surtout, Gramercy Park nous enchante par la finesse et la légèreté du trait de Christian Cailleaux. Ses personnages à peine esquissés semblent remplis d’émotions et aussi d’un sentiment d’urgence. Comme si l’histoire devait aller vite, comme s’il fallait s’en débarrasser pour laisser la place à autre chose, toujours ces faux-semblants, ces fausses pistes. Même les décors sont un peu en trompe-l’œil : sous une apparente simplicité, ils sont juste somptueux. Il faut prendre le temps de regarder le détail des dessins de Cailleaux, sa façon de représenter un arbre (p 72, en bas à droite), ses variations de lumière sur les immeubles de New-York (p 10 et 11), ou encore le vol de ses abeilles (p 8) et bien d’autres exemples encore.

 
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Dominique Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops

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