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Le gouvernement veut doubler l’épargne des Français investie dans les PME mais pourquoi les Français devraient-ils le faire quand les fonds d’investissement ne le font pas et les banques peu ?

Dans une interview donnée à la Tribune, la députée Amélie de Montchalin a indiqué vouloir accélérer la transformation des entreprises en injectant 10 milliards d'euros issus de l'épargne des Français.

Entre mythe et volontarisme

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Le gouvernement veut doubler l’épargne des Français investie dans les PME mais pourquoi les Français devraient-ils le faire quand les fonds d’investissement ne le font pas et les banques peu ?

Atlantico : Dans une interview donnée à la Tribune, la députée Amélie de Montchalin a indiqué vouloir accélérer la transformation des entreprises en injectant 10 milliards d'euros issus de l'épargne des Français : " On ne rêve pas de big bang, nous cherchons à doubler le montant de l'épargne des Français injectée dans les PME, en passant de 5 à 10 milliards d'euros par an, avec des outils à la main de ces acteurs ". Le soutien à l'investissement des PME par l'épargne des Français n'est-il pas un mythe politique à mettre en perspective avec les logiques de marché dans ce secteur ?

Philippe Crevel : En 1978, René Monory, Ministre de l’Economie de Valéry Giscard d’Estaing, avait déjà la volonté de réorienter l’épargne des Français vers les entreprises. Il a ainsi créé le fameuses "Sicav Monory", véhicules d'investissement populaire assorti d’un avantage fiscal. Ces SICAV avaient alors rencontré un vif succès en attirant en deux ans, près d'un million d'épargnants. Depuis cette date, tous les gouvernements ou presque tentèrent de réorienter l’épargne des ménages. Ainsi, une kirielle de produits furent imaginés, FCPI, FIP, contrats DSK, contrats NSK, Plan d’épargne retraite, PEA, PEA PME, CODEVI devenu LDDS, etc. Si l’imagination est au pouvoir, il en manqua point pour faciliter le financement des PME via des incitations diverses et variées. Mais, bien souvent, ces produits, ces formules visaient à redonner d’une main ce que l’Etat avait pris d’une autre à travers l’impôt sur le revenu ou à l’époque à travers l’ISF.

Ce volontarisme politique se heurte à des règles de financement des entreprises assez stables dans le temps. Les PME se financent, en France, comme dans la grande majorité des pays d’Europe continentale, par le crédit bancaire. Cela est lié à la force du réseau bancaire, à la volonté des dirigeants à rester autant que possible maître chez eux et à la complexité liée au passage d’un financement par les marchés. En outre, l’ISF freinait fortement la dilution du capital. Si les Français rechignent à prendre des risques sur les marchés « actions », le nombre d’entreprises disposées à ouvrir leur capital est, par ailleurs faible. Le problème concerne donc l’offre et la demande. Le 2 avril 2013, le rapport Berger / Lefebvre remis aux Ministres de l’Economie et des Comptes Publics Prés, la député Karine Berger avait déjà comme objectif de réorienter et mobiliser à hauteur de 15 à 25 milliards d’euros par an et 100 milliards d’euros d’ici la fin du quinquennat l’épargne financière des ménages en faveur des entreprises et plus spécifiquement des PME et des ETI. Le bilan est édifiant. La création d’un nouveau fonds dans l’assurance vie, le fonds eurocroissance, l’instauration de contrat vie – générations ainsi que la mise en place du PEA – PME n’a pas fait bouger les lignes. Ainsi, en 2017, l’encours du PEA -PME était d’un milliard d’euros et celui de l’eurocroissance ne dépassait pas 2 milliards d’euros donc bien loin des objectifs du début du quinquennat. Ce n’est pas en répétant la nécessaire réorientation de l’épargne que celle -ci interviendra. L’épargnant n’est pas fou et moins stupide qu’il n’y paraît. Il ne veut pas prendre des risques inconsidérés. Il veut de la sécurité et de la liquidité. Pour changer les comportements, il faut faire de la pédagogie et offrir des produits simples et attractifs.

 
Commentaires

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  • Par gilbert perrin - 26/03/2018 - 09:33 - Signaler un abus TRES BIEN DIT ... j'en ai marre de ce laxisme !!!

    Effectivement, pourquoi les français (les vaches à lait que l'on spolient) devraient elles investir dans les entreprises, quand l'état et la fonction publique ne fait pas d'effort et, que la politique de MACRON n'est fait qu pour les RICHES !!! commençons par baisser la CHARGE PUBLIQUE et les PRIVILEGES : ZERO privilégiés .. Gilbert Perrin

  • Par lexxis - 26/03/2018 - 10:16 - Signaler un abus PASSE-PORT POUR L'ABATTOIR!

    Envoyer investir en bourse des Français dont la moitié ne savent même pas quelle somme représente en fin d'année un capital de 100 placé à 2% en début d'année, c'est ion comble: encore une belle idée d'inspecteur des Finances type Haberer, rappelez-vous le Crédit Lyonnais! Que le pouvoir fasse d'abord un produit simple, performant, peu onéreux en gestion au moins partiellement sécurisé et alors alors seulement il pourra solliciter les Français.

  • Par Atlante13 - 26/03/2018 - 12:04 - Signaler un abus Il est tombé bien bas,

    le godelureau.

  • Par ajm - 26/03/2018 - 13:01 - Signaler un abus Donneurs de leçons.

    Il est significatif que les hommes politiques Français aient eux mêmes très peu ou pas d'actions d'entreprise dans leur patrimoine. Ils ne font pas ce qu'ils recommandent à leurs électeurs .

  • Par J'accuse - 26/03/2018 - 15:23 - Signaler un abus J'ai les boules que les banquiers n'en aient pas

    Investir dans les PME est une activité à risques, comme en bourse. Il y a une minorité d'épargnants qui acceptent, et une majorité de "pères de famille". Tant que le système bancaire ne financera les PME qu'à travers des produits présentant un risque de perte en capital, le nombre d'investisseurs restera faible. C'est au système bancaire de prendre les risques, pas aux épargnants. Inutile de donner des cours aux lycéens: il faut juste que les banquiers aient des cojones pour mieux faire leur métier.

  • Par Lazydoc - 26/03/2018 - 21:14 - Signaler un abus Ils peuvent toujours d’accrocher!

    Depuis l’IFI, je compte investir de nouveau dans l’immobilier et payer les impôts et taxes afférents. Après Hollande, il y a Macron et après Macron, il y aura un autre énarque. Mais les murs resteront!

  • Par brennec - 26/03/2018 - 22:55 - Signaler un abus Le bon sens.

    Macron est en train de demander a la rivière qu'elle inverse son courant et qu'elle remonte dans la montagne, il n'a pas l'air de savoir que les rivières coulent toujours dans le sens de la pente. Si en france il y a des fuites c'est que la pente n'est pas dans le bon sens la solution n'est pas de demander au courant de remonter en aval mais de s'arranger pour que la pente soit dans le bon sens.

  • Par WhiteWalker - 27/03/2018 - 13:43 - Signaler un abus Le gouvernement cherche des pigeons

    Le gouvernement cherche des pigeons pour investir là où les vrais faiseurs d'argent ne veulent pas aller.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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