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Gouvernement d'Internet : pourquoi il est urgent que l'Europe se préoccupe de la mainmise des Américains

L'ICANN, organisme qui gère les noms de domaine au niveau international, aimerait prendre son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Une orientation jugée favorablement par la Commission européenne, qui s'est prononcée mercredi pour une gouvernance multipartite du Web.

Emancipation

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Gouvernement d'Internet : pourquoi il est urgent que l'Europe se préoccupe de la mainmise des Américains

Atlantico : Les États-Unis disposent aujourd'hui d'une longueur d'avance en matière de gouvernance d'internet. Comment cela se manifeste-t-il dans les faits ?

David Fayon : Historiquement, les Américains ont été les pionniers d'internet, avec le réseau ARPANET.

Les premières années, plus de 90 % des utilisateurs étaient américains. Le réseau s'est ensuite progressivement démocratisé et s'est ouvert à des populations qui n'étaient pas que des informaticiens, des chercheurs ou des universitaires. Ceux-ci étaient jusqu'aux années 1980-1990 les trois types d'utilisateurs qui constituaient le réseau. En 1995 on a assisté au décollage d'Internet dans les pays développés, grâce au navigateur Explorer livré avec  la suite bureautique de Microsoft. C'est à partir de là qu'Internet s'est immiscé dans la vie tant des entreprises que du grand public.

Les Américains ont constitué avec le réseau ARPANET le point de départ d'Internet. Ils se sont également inspirées des concepts du réseau Cyclades (par exemple découper les informations transmises sur le réseau en paquets et les reconstituer à l’arrivée), un projet du Français Louis Pouzin, qui n’a pas été soutenu par les pouvoirs publics et a été abandonné… le choix du Minitel fut préféré.

Les Américains ont été plus malins et ont imposé leur réseau basé sur le protocole TCP/IP, lequel est devenu le réseau mondial. En termes de gouvernance, par exemple depuis la création de l'ICANN en 1998, association de droit californien, ils ont le monopole de la gestion des noms de domaines (les .com, .org, .fr, etc).

Pour la majorité des choix techniques, architecturaux, de réseaux et de gestion des noms de domaines, les Américains se sont donc logiquement imposés comme les leaders. C'est également eux qui possèdent les entreprises qui contrôlent les données d'Internet – du moins des occidentaux – qu'on appelle les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). C'est notamment parce qu'ils arrivent à innover, à croître très vite et à capter les internautes et les données qu’ils publient qu'ils ont plus d’une longueur d'avance.

Concernant l'internaute, il est possible d'illustrer la situation avec une image simple : tout le monde utilise Internet de la même façon qu'une majorité de gens conduisent sans regarder ce qu'il y a sous le capot de la voiture. Tous ces aspects n’intéressent pas l'internaute au quotidien, et globalement lui-même n'y prête que peu ou pas d'intérêt.

Pour quelles raisons l'Europe est-elle restée à l'écart de cette gouvernance ? Par négligence ?

Pas simplement par négligence. La première raison à l'absence de l'Europe dans le domaine de la gouvernance d’Internet, c'est l'absence de volonté politique numérique et Internet de la part des dirigeants. Prenons deux exemples : Galileo et Quæro. Le premier est un logiciel de géolocalisation payant alors que le GPS américain est gratuit. Le second (du latin "je cherche") devait être le logiciel de recherche européen, supposé détrôner Google. A sa création, Quæro n'avait même pas réservé de nom de domaine. Là, on peut effectivement parler de négligence.

D'autre part, l'Europe, en termes de langues, se positionne dans un processus plus babélien. On pourrait avoir le lancement d'une application en anglais, en français en italien ou en allemand, mais c'est évidemment plus complexe. D'autant plus que toute la technostructure bruxelloise freine davantage qu'elle n'aide avec une complexification des normes, des lois, des contraintes administratives, etc. Il ne faut pas oublier non plus que très peu de parlementaires sont au fait des questions de gouvernance d’Internet. Hormis une vingtaine tels que Christian Paul du Parti Socialiste ou Laure de la Raudière ou Bruno Retailleau de l'UMP... Non seulement, ils sont peu nombreux, mais en plus, ce ne sont malheureusement pas les plus influents.

Ce qui n'a pas été compris par l'Europe, c'est qu'on vit la quatrième révolution. Après la révolution agricole, les révolutions industrielles, la révolution des services (tertiairisation), on assiste aujourd'hui à la révolution des données. C'est ici que se situe la valeur ajoutée, à condition de les retraiter, de leur donner du sens. Facebook l'a bien compris.

Quelles sont les conséquences concrètes de cette absence européenne ?

Fatalement, l'absence européenne de la gouvernance d’Internet a un impact négatif sur sa croissance. Si globalement le numérique était mieux pris en compte dans l'enseignement (en apprenant dès le plus jeune âge à coder en langage de programmation à l'école, à comprendre l’algorithmique et les enjeux du numérique), on pourrait créer des zones de compétitivité. L'absence de l'Europe entraîne énormément d'éléments : nous n'avons ni technopole de taille suffisante où pourraient se réunir des chercheurs, des entrepreneurs, des investisseurs et des entreprises ni réelle volonté politique. Nous n'avons pas de Silicon Valley à la française, tout simplement.

La France a beau avoir des atouts et des talents, elle est néanmoins bien à la peine malgré des réussites indéniables (telle que Criteo).

 
Commentaires

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  • Par mich2pains - 14/02/2014 - 10:36 - Signaler un abus Oh la la , on est plutôt mal barré !

    Question de lutter contre la "mainmise "des RICAINS sur Internet , comme sur les autres domaines d'activité , l' U.E en général et la France en particulier sont très mal barrés ! Pourquoi croyez-vous que BARACK se soit abaissé à tant "palucher " notre "GLAND " lors de sa visite ?...... C'est qu'il nous en prépare une belle de "QUEUE-nelle " , les Ricains , avec le futur traité de Libre Echanges Commerciaux entre l' U.E et les USA ......

  • Par celasepasseenfrance - 14/02/2014 - 14:40 - Signaler un abus Comment les USA vont

    Comment les USA vont continuer à dépecer l'Europe. Voici un article intéressant sur ce qui va nous arriver avec le GMT (le Grand Marché Transatlantique) http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/gmt-comment-les-usa-vont-continuer-de-depecer-leurope,50630

  • Par ignace - 14/02/2014 - 16:22 - Signaler un abus je partage vos avis.....les americains (pas le peuple)

    sont toujours prets avec leurs multinationales tentaculaires a faire les poches de ceux qui les entourent... ils vivent a credit sur notre dos (qui est déjà a crédit) alors faire des accords commerciaux avec eux , c'est la tonte assurée

  • Par gliocyte - 14/02/2014 - 17:40 - Signaler un abus Réveillez- vous

    L'U.E n'était que la première marche, durée de vie estimée par les USA: 20 ans, de quoi asseoir la suprématie des multinationales, tout en donnant un semblant de lois pour "rassurer" les européens, et en injectant simultanément dans tous les pays un ratio d'émigrés musulmans suffisant pour déstabiliser les nationaux tout en rendant exsangue l'armée de chaque pays, tant par le nombre des militaires que par la qualité de leurs armements.. Durée de vie estimée à 20 ans car il était inévitable que les nationaux ne se rendent pas compte à terme de l'immense tromperie qui n'avait pour but que d'aspirer les richesses de leur pays. Deuxième marche: Europe agonisante et la botte finale: Le Grand marché transatlantique, à savoir mort de l'Europe qui entre dans le giron des USA. Seul bémol: la Russie d'où russian bashing téléguidé et largement retransmis par les politiques et médias européens: Redistribution des cartes: Ne restent que la Chine et les USA qui espèrent bien que l'Europe avant de mourir tuera la Russie.

  • Par gliocyte - 14/02/2014 - 18:06 - Signaler un abus Réveillez-vous(2)

    Pendant ce temps là, un impératif, couper les français de leurs racines, de leur culture, de leur sexe, plébisciter l'IVG et l'euthanasie. En faire des zombies pour qu'au final l'achat de biens vienne compenser tous les manques biologiquement inscrit dans chaque être. L'homme est chosifié, en contre partie l'achat devient personnifié, c'est lui qui aura tous les attributs dont on aura dépossédés l'être humain. Le transhumanisme, dans toute sa splendeur….

  • Par yavekapa - 14/02/2014 - 19:49 - Signaler un abus Mainmise ?

    disons plutôt savoir faire et compétence des américains. à l'Europe d'en faire autant, mais c'est peine perdue. sinon il y a bien une solution évidente : créer une taxe; son efficacité ? rien à foutre; non ça c'est la solution franchouillarde qui n' a aucun avenir. Vous vous rappelez au siècle dernier, le Minitel, la machine à pépètes, notre ligne Maginot informatique, notre fierté nationale ? tournée proprement par les flancs

  • Par yavekapa - 14/02/2014 - 19:53 - Signaler un abus oui le Minitel a disparu

    mais on distribue toujours par centaines de tonnes papier les annuaires téléphoniques; incroyable ! à l'heure du grand internet !

  • Par gile - 15/02/2014 - 07:50 - Signaler un abus Complètement débile

    Pourquoi voulez vous que les USA partagent la direction d'une organisation qu'ils ont conçue et installée ? Demande-t-on à l'Egypte de partager la gestion du canal de suez ? Demande-t-on à l'arabie saoudite et aux autres producteurs de pétrole de partager la gestion de leurs ressources pétrolières et gazières ? D'ailleurs, vous le dites vous même, partager la direction d'internet serait installer une direction de type onusien avec toutes les tares qui caractérisent ce type d'organisation. Vous voyez internet sous contrôle de la russie, de l'iran, de la chine, de la corée du nord, des pays arabes ? Internet est sous contrôle américain ? Hé bien moi cela me va très bien. Et ceux qui râlent peuvent toujours ressusciter le minitel.

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David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises françaises dans la Silicon Valley, DG de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. Il est l'auteur de Web 2.0 et au-delà (Economica, 2è éd., 2010) et Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 2010), de Réseaux sociaux et entreprise : les bonnes pratiques (avec Christine Balagué Pearson, 2011) et de Développer sa présence sur Internet (avec Camille Alloing Dunod, 2012).

Il vient de publier Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? aux éditions Economica.

Il anime enfin le site davidfayon.fr, sur l'actualité du Web et du numérique.

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