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Le gouvernement fait-il semblant d’ignorer les effets très indésirables de sa politique de lutte contre le tabac ?

Contrairement à ce que le gouvernement, et plus généralement les autorités sanitaires internationales, veulent bien nous faire croire, les initiatives anti-tabac sont loin de venir à bout de ce fléau. Pire : elles encouragent le marché noir et la consommation de produits de mauvaise qualité.

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Le gouvernement fait-il semblant d’ignorer les effets très indésirables de sa politique de lutte contre le tabac ?

De nouvelles hausses des taxes sur le tabac sont déjà prévues pour cet été ou l’automne prochain. Crédit Reuters

Depuis 1988, la journée mondiale sans tabac a lieu chaque 31 mai sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé. Ce jour-là, l’idée est qu’aucune cigarette ne devrait être vendue afin de faire prendre conscience aux gens des dangers du tabac. Nombre d’autres initiatives volontaires ou dispositifs réglementaires existent en la matière. Des images chocs à une fiscalité pénalisante, les dangers du tabac sont aujourd’hui bien connus.

Dans le même temps, les pouvoirs publics mettent l’accent sur la répression des trafics illicites et la fraude en général, y voyant un manque à gagner en cette période de crise profonde.

Il est intéressant de rapprocher les deux phénomènes que sont la lutte antitabac (symbolisée) par cette journée sans tabac et le trafic illicite. Car la cause principale de ce dernier se trouve justement dans l’ensemble des contraintes fiscales et réglementaires qui pèsent sur les marchés légaux. La contrebande de cigarettes, en l’occurrence, doit son existence à un marché légal qui, à dessein, est lourdement pénalisé.

La fiscalité sur le tabac, par exemple, reste l’une des mesures-phares de la lutte antitabac actuelle. Les hausses de taxes sur les cigarettes y sont ainsi considérées comme le moyen le plus « efficace » pour mettre fin à la consommation de tabac. Or, qu’on le veuille ou non, le raisonnement économique et l’expérience internationale suggèrent que ces taxes « offrent » inéluctablement des opportunités de profits juteux et une « marge bénéficiaire garantie » au trafic illicite. Celui-ci peut alors se donner les moyens de bien s’organiser, de s’installer durablement et d’être plus dynamique que jamais. Il correspondrait déjà à 11% du marché mondial.

Mais ce n’est pas tout. Alourdir cette fiscalité – comme c’est le cas dans de nombreux pays dont la France – accroît la déconnexion entre le coût réel d’un paquet de cigarette et son prix sur le marché légal. Il arrive toujours un seuil au-delà duquel les consommateurs le désertent massivement et préfèrent s’approvisionner sur le marché parallèle.

L’exemple du Canada et du Québec, en particulier, au début des années 1990 illustre ce processus. Dans la droite ligne  de la lutte antitabac actuelle, la fiscalité y a subi à cette époque des hausses importantes et répétitives. Résultat ? Les ventes officielles ont fini par s’effondrer, avec une baisse de plus de 61% en 1993 par rapport à 1990. Les partisans de la lutte antitabac se sont sans doute réjouis d’avoir atteint cet objectif, sauf que cet effondrement n’a pas mis fin à la consommation de tabac. La réalité a été toute autre. Le trafic illicite a pris le « relais » au point de représenter 65% des cigarettes achetées au Québec début 1994, soit deux cigarettes sur trois.

Face à l’ampleur de la contrebande et à tous ses effets négatifs (produits de moindre qualité, baisse des recettes fiscales, etc.), les pouvoirs publics québécois ont fait machine arrière. En février 1994, ils décident – fait exceptionnel – de réduire le poids de la fiscalité de près de 80%. Le résultat fut alors immédiat. Le marché noir a été déserté à son tour et les ventes légales ont repris la main. Elles ont triplé dans les deux mois qui ont suivi par rapport à la même période en 1993. Le gouvernement québécois s’est alors dit « soulagé » de constater « la restauration complète du marché légal » qu’il avait lui-même pénalisé par une fiscalité à laquelle les consommateurs ne consentaient pas. Ce processus pourrait se reproduire ailleurs...

En France, notamment, les hausses répétées des taxes – représentant déjà plus de 80% du prix final – a  finalement impacté le marché légal ainsi que les recettes de l’Etat liées au tabac. Elles ont baissé au 1er trimestre 2013 pour la première fois en 10 ans de 2,50% par rapport à la même période en 2012 (ventes légales en baisse de -9%). Or, de nouvelles hausses des taxes sur le tabac sont déjà prévues pour cet été ou l’automne prochain.

Cette Journée mondiale sans tabac devrait être une occasion de réfléchir aux moyens de lutter contre les dangers du tabac sans créer en même temps d’autres effets sociaux indésirables. Les politiques publiques actuelles de « dénormalisation » du marché légal sont en fait autant d’opportunités pour la contrebande de tabac. Taxer toujours plus fort est en réalité le moyen le plus « efficace » de garantir la pérennisation et la prolifération du trafic illicite. Si les dangers du tabac paraissent réels, il faut trouver des moyens de « lutte » qui se fondent sur l’adhésion et le consentement des fumeurs. C’est de lui que dépend ultimement la décision d’arrêter de consommer du tabac ou non.

 
Commentaires

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  • Par Salvatore Migondis - 31/05/2013 - 06:37 - Signaler un abus L'autre effet indésirable..

    Pa facilement quantifiable.. mais attachez un brave toutou au bout d'une chaîne.. le jour où elle casse..

  • Par carredas - 31/05/2013 - 09:28 - Signaler un abus Interdire toujours plus...

    Le pompon étant la mesure stupide annoncée par la ministre de la santé d'interdire l'usage public de l'e-cigarette... Le vapotage dont les effets nuisibles sur la santé ne sont en rien démontrés pourrait entrainer le mimétisme chez les jeunes...! C'est à croire que tous ces gens soucieux de la santé des autres au point de n'avoir que l'interdiction à la bouche ignorent que ces jeunes sont tous initiés aux joints dès qu'ils commencent à sortir entre eux, et qu'ils découvrent le shit et le tabac en même temps sans avoir besoin de mimer qui que ce soit comme adulte. La cigarette électronique est un moyen efficace d'aider le fumeur à renoncer au tabac mais sous la pression du lobby des buralistes, elle va être considérée comme un produit dérivé du tabac et soumise aux mêmes restrictions. Puisqu'il faudra sortir pour vapoter, autant sortir pour fumer... Voilà une nouvelle mesure contreproductive et consternante.

  • Par brennec - 31/05/2013 - 10:27 - Signaler un abus Solidarité

    La taxation abusive du tabac a pour effet positif de fournir un débouché économique a nos 'quartiers'. Pourvoyant un revenu aux plus entreprenants de leurs habitants elle contribue peu ou prou a leur survie. En fin de compte elle fonctionne comme un outil anti-chomage et de paix sociale. Une solidarité en quelque sorte qui, cerise sur le gateau, ne passe pas par l'état et ne lui coute rien;

  • Par LECANDIDE - 31/05/2013 - 14:59 - Signaler un abus Tout est dit en une phrase

    "le raisonnement économique et l’expérience internationale suggèrent que ces taxes « offrent » inéluctablement des opportunités de profits juteux et une « marge bénéficiaire garantie » au trafic illicite." J'aurais simplement remplacé le mot "suggèrent" par le mot "prouvent".

  • Par Minico - 31/05/2013 - 17:53 - Signaler un abus Ahah

    Ouai ça m'étonnerait que les contrefaites soient plus "dangereuses" que les normales, c'est exactement pareil, de toute façon l'état s'en fout tant qu'elle perçoit beaucoup d'argent durant la consommation et aussi lorsqu'ils meurent. PS : marrant de voir une vidéo d'un mariage homo dans votre section "l'actualité santé en vidéo", jvais pas tarder à partir de ce site qui commence à partir en vrille !

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Valentin Petkantchin

Valentin Petkantchin est docteur ès sciences économiques et est diplômé du Magistère média et formation économique de l’Université d’Aix-Marseille III.

Il est chercheur associé à l'Institut Molinari.

Valentin Petkantchin est l’auteur de Les sentiments moraux font la richesse des nationsouvrage consacré à l'oeuvre de l'économiste Adam Smith.

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