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Google, Facebook, Twitter et cie… Service gratuit contre utilisation de nos données : comment trouver l’équilibre raisonnable

L'enjeu pour les géants du web est clair : capter le maximum des dépenses publicitaires à travers le monde qui représentent pour la seule année 2014, 444 milliards d’euros, tous médias confondus. Pour ce faire, ils s'ajustent dans la collecte et monétisation de nos données personnelles à destination d'une publicité ciblée.

Gagnant gagnant

Publié le - Mis à jour le 12 Décembre 2014
Google, Facebook, Twitter et cie… Service gratuit contre utilisation de nos données : comment trouver l’équilibre raisonnable

Atlantico : Google, Facebook ou Twitter font partie des géants du web collectant les données personnelles de leurs utilisateurs. Une contre partie à la gratuité d'utilisation de leurs plateformes. Mais comment valorisent-ils ces dernières sur le plan commercial ?

Clément Brygier : Parmi ces géants du web qui maitrisent la collecte et la monétisation de données personnelles, j’ajouterais également Amazon et Apple. Toutes ces entreprises placent la donnée de leurs utilisateurs au cœur de leur stratégie d’expansion. L’enjeu est de capter le maximum des dépenses publicitaires à travers le monde.

En 2014, elles représentent 444 milliards d’euros, tous médias confondus.

Sur le plan commercial, pour valoriser ces données, Google, Facebook, Amazon et Apple promettent aux marques un meilleur ciblage de leurs publicités et donc de meilleurs taux de conversions. Facebook et consorts proposent plusieurs critères aux marques voulant faire de la publicité contextuelle. C’est possible de cibler selon la situation géographique, le genre, les marques préférées, la situation professionnelle, la situation matrimoniale etc. Ainsi une marque de mobile peut désormais pousser une publicité sur les smartphones des hommes mariés ayant récemment regardé Breaking Bad alors qu’ils passent à côté d’une boutique SFR ou Orange.

Les marques sont assurées de toucher les audiences avec les plus grandes affinités pour leurs produits. Les développeurs d’applications mobiles ont la promesse d’atteindre les accrocs aux jeux mobiles. Les labels de musique savent qu’iTunes proposera leurs albums auprès d’audiences ayant déjà des préférences pour leur style de musique…

Malgré la possibilité de cibler la publicité selon plusieurs critères, ces acteurs du web sont une boite noire. Ils restent très secrets sur ce qu’ils savent précisément sur leurs utilisateurs et comment ils l’utilisent. Cette frustration se retrouve à la fois chez les utilisateurs, les clients et les régulateurs.

Pour chacun de ces medias, sociaux pour tout ou partie, comment les données des utilisateurs sont-elles monétisées ?

Clément Brygier : Ces données sont surtout monétisées grâce aux pubs ciblées et contextuelles. Elles représentent la majorité du revenu de Google, Facebook et Twitter.

En 2014, pour Facebook elles comptent pour 92.5 % du revenu d’exploitation. Chez Google, elles comptent pour 93 % et chez Twitter pour 89.5 %.

Twitter s’essaye depuis 2012 à une autre stratégie de monétisation. Ils vendent les tweets publiques (0.08€ pour 1000 tweets) aux sociétés sérieuses voulant les analyser en masse.

Des entreprises de Big Data analytics, comme Digital Insighters, acquièrent des millions de tweets mentionnant une marque par exemple et apportent un niveau de compréhension poussé pour les leurs clients. Par exemple, quelles sont les habitudes de consommation, quelle est la réputation de la marque, quels internautes s’intéressent réellement à la marque, quelles sont les dynamiques d’influence au sein des communautés de marque, existe-t-il des risques non-soupçonnés pour l’image etc…

Bien évidement ce travail se fait dans des conditions exigeantes. Twitter est strict et ne libère ses données qu’aux entreprises respectant leurs règles légales et morales.

Aujourd’hui la part de revenu chez Twitter sur la vente de ces données stagne, elle tourne autour de 11%. (41 millions de dollars au troisième trimestre 2014).

Lire aussi : Le revenu généré par chaque utilisateur de Google, Facebook et Twitter

En fonction du profil d'utilisateur, de son appartenance nationale, de l'utilisation qu'il fait de ces medias, le profit moyen généré évolue-t-il ? Dans quelle mesure ? 

Clément Brygier : Oui Google, Facebook, Twitter constituent tous des profils ultra-détaillés de leurs utilisateurs et cherchent à tirer un maximum de profit en fonction de leur profils. Aujourd’hui deux grands axes de profils utilisateurs se dessinent. La nationalité et la possession d’un mobile.

Wall Street surveille de près la capacité de Silicon Valley à monétiser ses données. Les investisseurs obligent la publication de certains chiffres dans leurs publications financières :

Le MAU, « Monthly Active Users ». Le nombre d’utilisateurs ayant visité le service au moins une fois dans le mois. Si l’utilisateur n’est pas actif il ne peut pas être monétisé. Facebook et Google dépassent le milliard de MAU (Google : 1.5 Md et Facebook 1.32 Md). Twitter atteint avec un peu de mal les 284 millions de MAU.

Ensuite l’ARPU, « Average Revenu Per Users ». Le revenu moyen généré par utilisateur. Il se distingue souvent par géographie. Par exemple, chaque trimestre, sur les USA et le Canada, Facebook génère environ $5.79 par utilisateur grâce à la publicité. Ce sont les utilisateurs le plus profitables car ce sont ceux au plus fort pouvoir d’achat et donc attirant les plus grandes dépenses publicitaires.

Sur la même période, l’utilisateur européen rapporte environ $2.61. Facebook est sous pression de Wall Street au sujet de l’Inde. Chaque utilisateur indien rapporterait moins de $0.40 par trimestre car ils intéressent moins les publicitaires et ils se trouvent tous sur mobile.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que Facebook, Twitter et Google segmentent leurs utilisateurs. Les investisseurs demandent de distinguer les revenus générés auprès d’utilisateurs mobiles ou ordinateurs.

Les chiffres par zone géographique de Google et Twitter ne sont pas communiqués, mais il est assez évident que les tendances précitées demeurent. En moyenne, ils le sont toutefois : Google remporte la mise de très loin avec $45 par utilisateur, suivi de Facebook avec $7,24 par utilisateur et pour finir Twitter à $3,50.

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 07/12/2014 - 10:57 - Signaler un abus La réponse est simplissime, mais urgentissime!

    Il n'y a pas d'équilibre à trouver dans une réglementation malsaine, mais dans une saine concurrence! Cesser de vouloir réglementer à tout va des entreprises qui deviennent de plus en plus délocalisées, donc inreglementables...et faire jouer la concurrence! Mais , pour cela, il aurait fallu développer en UE, une véritable stratégie favorable à l'émergence d'une industrie digitale, qui réclame Liberté, créativité et investissements...mais voilà! L'UE a préfèré renflouer ses banques, subventionner ses industries vieillissantes et inadaptées et subventionner la social-démagogie sudiste...mauvaise pioche! Il n'est pas trop tard pour réparer trente années d'erreurs, mais il faut faire vite! Et cesser de subventionner la finance et les dettes pourries de la social-démagogie, pour consacrer un véritable plan industriel de relance en faveur de l'économie numérique et des énergies nucléaires, seules capables de concurrencer le gaz de schiste américain! Pour cela, il est indispensable de désenfumer l'Europe de ses influences écolo-réactionnaires et de ses ultra-gauchistes recyclés en prophètes de la décroissance énergétique! C'est urgent!...

  • Par Ex abrupto - 07/12/2014 - 12:21 - Signaler un abus Equilibre....

    Ces entreprises devraient rémunérer leurs utilisateurs et faire payer seulement ceux qui utilisent les données qu'elles collectes.

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Clément Brygier

Clément Brygier a co-fondé Digital Insighters en 2013 avec Audrey Fleury. L’agence conseil est spécialisée en data analytics et gestion de réputation.

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Laetitia Puyfaucher

Laetitia Puyfaucher a créé en 2000 le groupe de communication éditoriale Pelham Media Ltd., aujourd’hui un des leaders du domaine, regroupant les agences WordAppeal, l’Eclaireur et KCO, et des antennes à l’étranger.

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