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Google, assistant dictateur en Chine : le grand jeu de dupes

Selon « The Intercept », Google travaillerait à la conception d'un moteur de recherche nommé « DragonFly » adapté au marché chinois... et aux exigences de contrôle de Pékin.

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Google, assistant dictateur en Chine : le grand jeu de dupes

 Crédit LIU JIN / AFP

Atlantico : Selon des informations révélées par le site américain « The Intercept », Google travaillerait à la conception d'un moteur de recherche nommé « DragonFly » adapté au marché chinois, et qui permettrait un tri du contenu mais également un suivi renforcé des utilisateurs au travers de leur numéro de téléphone. Jusqu’où Google pourrait-aller pour s'ouvrir le marché chinois ?

Franck DeCloquement : Cela rappel en tout point l’affaire Apple évoquée il y a quelques mois ici même, dans les colonnes d’ATLANTICO, quand la multinationale américaine avait décidé de livrer sans coup férir à la Chine, les données « iCloud » de ses utilisateurs chinois. Privilégiant sans ambages son business à ses valeurs humanistes affichées... Le régime de Pékin n'avait désormais plus à demander « l'autorisation » aux autorités américaines pour avoir accès aux données personnelles des comptes utilisateurs chinois.

Le même cas de figure semble ici se profiler à nouveau. En effet, en août 2018, le site The Intercept avait mis au jour qu’une petite équipe de Google travaillait depuis le printemps 2017 sur une version alternative de son moteur de recherche mondialement connu. En d’autres termes, une version spécifique de « Google Search », mais conforme cette fois aux règles de censure exigées par le régime chinois. Google avait officiellement retiré son moteur de recherche de Chine en 2010. Mais des documents internes obtenus et révélés par The Intercept  en août dernier, ont fait état de nouveaux travaux sur une version sensiblement modifiée du moteur de recherche emblématique de la firme, mais qui serait conforme cette fois aux critères de censure promulguées par le régime de Pékin.

Ainsi, certains termes proscrits y seront exclus des résultats de recherche (des mots-clés comme « protestations étudiantes », « droits humains », ou encore « Prix Nobel » y seraient bannis), et des contenus spécifiques purement et simplement interdits ou bloqués en accès... Via « The Intercept », nous apprenons aussi que ce moteur de recherche - s’il était mis à disposition - ne serait pas seulement un puissant outil de censure, mais il serait également conçu pour « aider » le gouvernement chinois à surveiller ses concitoyens à l’échelle individuelle. Ce qui viendrait indéniablement entacher la réputation de Google qui se plierait dans ce cas aux exigences liberticides bien connues du gouvernement de Pékin. Comme pour le cas mettant en cause Apple précédemment évoqué, on comprend immédiatement le fondement de cet arbitrage « business » du géant américain de Mountain View, dès lors que l’on considère l’immensité du marché Chinois trusté actuellement par son concurrent local « Baidu », qui compte aujourd’hui un peu plus de 750 millions d’internautes.

Quels sont les risques pris par Google auprès de ses utilisateurs actuels qui pourraient voir d'un mauvais œil ce renforcement de surveillance permis par le géant américain ?

En jouant ostensiblement les « supplétifs » sécuritaires auprès du régime chinois pour surveiller ses propres concitoyens à l’échelle individuelle - et cela par des moyens de surveillance électronique ouvertement inquisiteurs et liberticides - la direction de Google prendrait le risque immédiat de contrevenir aux valeurs occidentales démocratiques et de sauvegarde des libertés individuelles. Des demandes de comptes et des pressions d’élus américains très remontés contre la firme ont d’ores et déjà vu le jour aux Etats-Unis, dès lors que l’on réalise que tout Chinois qui utilisera les ressources documentaires offertes par le moteur « Dragonfly », verra immanquablement son numéro de téléphone personnel fonctionnant sous Android immédiatement mouchardé, et associé à ses recherches web spécifiques... Sa vie personnelle sera donc exposée à la vindicte autoritaire du gouvernement. Si un citoyen tente d’effectuer une recherche sur un sujet « proscrit » par les autorités de Pékin, le gouvernement sera immédiatement informé de son identité et de son numéro de téléphone personnel. Il sera alors possible pour les autorités de le tracer et de le mettre sur écoute à volonté… À des fins liberticides évidentes pour qui connait les réalités « locales ». L’affaire est grave… Est-il nécessaire de rappeler que ce système encore actuellement dans les cartons de la multinationale serait prioritairement destiné aux smartphones et tablettes fonctionnant sous Android, le système d’exploitation mobile justement déployé par Google...

 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 19/09/2018 - 10:09 - Signaler un abus Heureusement

    La CIA enquête sur les activités illégales de Google. Attendez-vous à un sacré remue-ménage dans cette société de merde ! J'utilise duckduckgo.com pour ne pas être espionné par ces enfoirés de Google.

  • Par vangog - 19/09/2018 - 10:21 - Signaler un abus Boycott Google!

    Ce moteur de recherche est au service de l’ancien-monde socialiste et de la clique Goldman-Sachs-Soros-Hillary Clinton...à propos, vous avez vu sa tronche?...depuis sa défaite, elle est gavée de cocktails de tranquillisants pour oublier qu’elle doit de l’argent à tous ces généreux donateurs de l’ancien-monde...une épave, Hillary!

  • Par Podoclaste - 19/09/2018 - 13:45 - Signaler un abus Jeu de go(ogle)

    Google développe un moteur de recherche sous le regard de la Chine qui pour une fois, n'aura pas besoin de voler des secrets industriels, on les lui apporte sur un plateau. Car s'ils savent comment Dragonfly fonctionne (donc comment Google travaille), combien de temps leur faudra-t-il pour décortiquer les fleurons de leur pigeon de partenaire (Google Maps, Google Search, Android, YouTube, entre autres) et les pirater ? Et pendant ce temps, tout le monde en fait une affaire d'éthique. Malins, ces Chinois, très malins...

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Franck DeCloquement

Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations internationales et stratégiques) en "Géo-économie et intelligence stratégique". Il enseigne également la "Géopolitique des médias" en Master 2 recherche "Médias et Mondialisation", à l'IFP (Institut français de presse) de l'université de Paris II Panthéon-Assas. 

Franck DeCloquement est aussi spécialiste sur les menaces Cyber-émergentes liées aux actions d'espionnage économique et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la FNCDS (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants et Supérieurs), à la FER (Fédération des Entreprises Romandes à Genève) à l’occasion de débats organisés par le CLUSIS - l'association d’experts helvétiques dédiée à la sécurité de l'information - autour des réalités des actions de contre-ingérence économique et des menaces dans la sphère digitale. 

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