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Ci-gît le rêve américain (1945-2012)

Depuis février 2009, le taux de chômage américain reste au dessus des 8%. Un niveau qui est encore plus élevé chez les jeunes de 16 à 24 ans, qui de facto ne connaissent pas la même Amérique que celle de leurs parents. La nouvelle génération d'Américains semble définitivement acter la fin du rêve américain.

Generation Y

Publié le 8 août 2012
 
Les jeunes ne sont pas les tenants de cette tradition historique américaine selon laquelle l’Etat devrait laisser libre cours aux marchés.

Les jeunes ne sont pas les tenants de cette tradition historique américaine selon laquelle l’Etat devrait laisser libre cours aux marchés. Crédit Flickr/Mayanais

A l’occasion de son discours sur l’état de l’Union en 2011, le président américain Barack Obama a qualifié la crise économique de « Sputnik moment of our generation » « l’instant Spoutnik de notre génération ». Le lancement réussi par l’URSS, en 1957, du premier satellite artificiel de la terre, avait ébranlé une supériorité américaine affirmée au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. C’est sur la base symbolique de ce grand questionnement national que fut bâtie la supériorité de la puissance américaine au cours du XXème siècle.

C’est pendant ces années de guerre froide que fut structuré le rêve américain tel qu’on le comprend encore aujourd’hui : quelle que soit son origine, la certitude de mener une vie prospère en retour de son dur labeur, « the place where you can make it if you try »,« l'endroit où la réussite est possible, à condition de le vouloir » (Barack Obama, 7 décembre 2011).

Aujourd’hui, la Great Recession/Grande Récession semble avoir fait envoler en éclats cette raison de vivre. L’instant Spoutnik que décrit Barack Obama en 2011 représente bel et bien, aux yeux des Américains, la montée en puissance de la Chine, et notamment la prospérité ouvertement affichée de sa classe moyenne, qui sonne comme un contraste des plus saisissants face aux difficultés auxquelles les Américains font face pour sortir de la crise.

Une importante étude menée par le Pew Reseach Center en date du 3 novembre dernier souligne que c’est la Génération Y – les 18 à 29 ans – qui a le plus sévèrement pâti de la crise économique. Dans une nation habituée à un taux de chômage aux alentours de 6%, le taux actuel de 8,2% fait tâche. Plus inquiétant encore, le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans est de 16,5%, un chiffre à s’élève à 20,5% dans la communauté latino-américaine, et jusqu’à 30% pour la communauté afro-américaine. Ces chiffres accablants symbolisent-ils la fin du rêve américain, cet idéal de vie qui ne discrimine pas et qui a facilité l’intégration de successions de couches d’immigrés, attirés par la garantie d’une ascension sociale et d’une vie facile ?

Affirmer cela reviendrait à mettre de côté ces qualités si propres aux Américains : la résilience et la capacité à rebondir. Des grands conflits aux catastrophes naturelles, en passant les crises économiques, les Américains ont toujours su trouver des motifs d’espoir, confiants en la grandeur de leur Nation et la supériorité de leur modèle de vie. Or, ce que montre le débat sur la fin du rêve américain est que le modèle central de ce rêve n’a pas été adapté à la Génération Y.

Cette génération croit plus que jamais à la grandeur des Etats-Unis – les images de célébration dans les rues des grandes villes américaines après l’annonce de la mort de Ben Laden en sont une preuve flagrante - mais, contrairement aux Baby-Boomers, se définit comme très peu religieuse, ne s’oppose pas à l’immigration ou au mariage homosexuel, et surtout, croit à la centralité du rôle de l’Etat dans leurs vies. Les jeunes ne sont pas les tenants de cette tradition historique américaine selon laquelle l’Etat devrait laisser libre cours aux marchés ; au contraire, un sondage de décembre 2011 montre même que 49% des jeunes de la Génération Y connotent le mot « socialisme » de manière positive, contre 43% qui l’associent négativement.

Le mot « capitalisme » recueille lui 46% d’opinions positives et 47% d’opinion négatives. La Génération Y se retrouve donc beaucoup moins que ses prédécesseurs dans le rêve américain tel que défini de manière historique. Pendant ce temps-là, l’écart générationnel ne cesse de s’agrandir : les écarts de revenus entre les ménages où le chef de famille a moins de 35 ans et ceux où il en a plus de 65 ans n’ont jamais été aussi élevés. Ces contrastes saisissants définissent donc la Génération Y comme une génération à part, presque laissée pour compte et condamnée à payer les dettes contractées par la génération supérieure, le mouvement Occupy étant la partie émergée de l’iceberg du mécontentement de ces jeunes qui dénoncent les excès du rêve américain.

 
Commentaires

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  • Par CN13 - 09/08/2012 - 06:13 - Signaler un abus La France aussi...

    a été et est toujours le "rêve français" puisque les immigrés viennent ENCORE par milliers pour profiter de la "richesse française"... Hollande a promis de leur donner cette richesse pour mieux les pomper ensuite. LOL.

  • Par letroll - 08/08/2012 - 23:19 - Signaler un abus 50 millions d'assistés aux USA

    presque 50 millions d'américains bénéficient actuellement de tickets d'alimentation pour vivre , si ce n'est pas de l'assistanat qu'est-ce que c'est ? le rêve américain en a pris un coup et ce ne sont pas les stats bidons du chômage qui vont améliorer les choses

  • Par sheldon - 08/08/2012 - 16:49 - Signaler un abus La population américaine n'est plus celle du "rêve"

    Nous avons bien été informés dernièrement que les naissances des décscendants d'émigrés européens sont devenues minoritaires par rapport aux autres. Il y a un glissement des valeurs majoritaires qui est en train de se produire.
    Mais ce n'est tout de même pas la France socialiste, n'éxagérons pas ! la valeur majoritaire n'est pas encore l'assitanat !

  • Par Teo1492 - 08/08/2012 - 10:27 - Signaler un abus Pas vraiment d'accord

    Le taux de chômage est élevé dans les Etats de la côte Ouest et Est, mais pas dans les autres Etats (5 à 6 %) où c'est plutôt le plein emploi.
    De plus, le temps où l'on reste au chômage aux US est très court. Et les petits jobs à 1000 - 1500 dollars par mois se trouvent toujours très facilement.
    La situation ne peut être comparée à celle de la France, par exemple.

Martin Michelot

Martin Michelot est depuis janvier 2012 Research and Program Coordinator au bureau de Paris du German Marshall Fund of the United States

Ses centres d’intérêt sont la politique étrangère américaine, les affaires stratégiques et géopolitiques, la politique intérieure américaine, les relations transatlantiques, et les études sur les think tanks.

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