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Génération occasions manquées : Merkel, Trump, May, Johnson, Macron, Mélenchon... l'ère des grands hommes qui n'en étaient plus ?

La génération des dirigeants occidentaux actuellement au pouvoir semble être en difficulté dans une époque riches en bouleversements.

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Donald Trump, tout comme Bernie Sanders, a compris les limites de la mondialisation productive mais n’est pas parvenu à formuler une vision technologique sérieuse et reste enfermé dans une vision en réalité financière du monde, sans même parler du blocage en place à Washington. 

Jean-Sylvestre Mongrenier : La question est massive. De prime abord, il faut se garder de pécher par prétention et conserver à l’esprit que, selon le proverbe, « la critique est aisée, l’art est difficile ». En second lieu, l’étude approfondie des différentes périodes historiques suggère une citation de Jacques Bainville ; « Tout a toujours très mal marché ». Ne pensons pas qu’il fût un temps où gouverner était aisé, les réponses aux défis de l’époque s’imposant à tous, gouvernants comme gouvernés. Le mieux consiste à reprendre les choses au commencement.

Le Politique est une « essence », i.e. une activité originaire, inhérente à la condition humaine, avec ses propres objectifs et moyens. La donnée de base du Politique est le conflit qui règne parmi les hommes et dans le cœur même de l’homme ; elle prend en charge la destinée d’un groupement humain, intégrant comme objectifs la concorde intérieure et la sécurité extérieure. Autrement dit, il s’agit d’assurer la paix selon la justice. Simultanément, les hommes se battent entre eux pour le pouvoir et ils mobilisent des conceptions adverses de la justice. Si les hommes étaient parfaits, nous n’aurions pas une politique parfaite, un Etat idéal et des gouvernants irréprochables ; il n’y aurait tout simplement pas de politique. Le plus souvent, les options sont contradictoires et insatisfaisantes. Les responsables politiques sont confrontés à des « antinomies historiques » (Max Weber) : il n’y a que de « mauvaises » solutions.

Les cas évoqués plus haut sont disparates. Donald Trump et les siens ont mené une campagne démagogique et il est aujourd’hui aux prises avec la réalité, ses aspérités et ses contradictions. Pour affronter ces réalités, il est soutenu, voire encadré, par de solides et compétentes personnalités comme son conseiller national à la sécurité (Herbert R. McMaster), son secrétaire à la Défense (James Mattis) ou encore son secrétaire d’Etat (Rex Tillerson), encore que ce dernier soit un peu effacé par les interventions et commentaires intempestifs du président américain et, surtout peut-être, par l’efficacité de l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU (Nikki Haley). A certains égards, on pourrait parler d’une sorte de régence. Le style de Trump est abrasif et il n’apporte rien à l’action de son Administration, mais il est trop tôt pour juger de son action. A l’intérieur, il a su pratiquer une sorte de triangulation et passer des accords avec les démocrates. Sur le plan extérieur, les défis sont colossaux et il faut bien comprendre qu’il hérite de problèmes géopolitiques qui n’ont pas été réglés par ses prédécesseurs. En Corée du Nord comme en Iran, les échéances ont été reportées et l’on a reculé pour plus mal sauter. La voie est étroite. D’une manière générale, Trump illustre d’une part la tentation démagogique de toute démocratie, d’autre part les contradictions de la « République impériale » mise en évidence par Raymond Aron à l’époque de Nixon. Les Etats-Unis ne sont pas un empire stricto sensu, mais une république en situation hégémonique. Les obligations et servitudes de cette hégémonie entrent en contradiction avec les préoccupations « domestiques » (intérieures) des citoyens. Au total, le problème est plus vaste que celui pose par la compétence ou l’incompétence de Trump. Il est vrai cependant que la politique, dans des sociétés vastes et complexes, est inévitablement un métier : l’exercice du pouvoir requiert une certaine expérience.

 
Commentaires

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  • Par Raymond75 - 26/09/2017 - 09:20 - Signaler un abus Très intéressant. Version imprimable ?

    Cet article est intéressant, mais trop long pour être bien lu sur un écran ; il faudrait une version imprimable, la seule qui permette une lecture approfondie et raisonnée. -- . En effet, comme signalé, il est plus que regrettable que Maurice Allais, le seul prix Nobel d'économie français, n'ait pas été entendu : il avait prédit toutes les dérives que les deux idiots utiles de la finance internationale (Jacques Delors et Pascal Lamy) allaient générer. -- . En gros, il disait que le libre échange et la convergence des normes devait se faire progressivement, par zones économiquement homogènes et proches. Puis lorsqu'une de ces zones atteignait un niveau supérieur, on l'intégrait dans une nouvelle zone, et ainsi de proche en proche. Ainsi on tirait vers le haut ; exactement le contraire de ce qu'on a fait, où la concurrence ne repose que sur le dumping social et fiscal. -- . Maurice Allais ne fut pas entendu, il fut même ostracisé, et est presque inconnu aujourd'hui. -- . La finance internationale a avancé ses pions méthodiquement, lentement, les uns après les autres, et toutes et tous se sont précipités dans la nasse, dans laquelle nous sommes aujourd'hui.

  • Par Raymond75 - 26/09/2017 - 09:27 - Signaler un abus Maurice Allais

    http://allais.maurice.free.fr/

  • Par Raymond75 - 26/09/2017 - 09:29 - Signaler un abus Il y a une version imprimable

    Excusez moi :-)

  • Par Ganesha - 27/09/2017 - 11:32 - Signaler un abus Solutions ?

    Mon commentaire d'hier à disparu ! Censuré ou incident technique ? Dans le doute, je vous fais un ''copié-collé'', après avoir modifié les mots qui pouvaient ''choquer''. Après un titre incompréhensible, voici donc un article long de sept pages ! Si vous ne l'avez pas encore lu, soyez prévenus : vous y trouverez une description relativement objective d'une planète ''qui va mal''. Et la reconnaissance que la France a été gouvernée par des incapables depuis des décennies. Mais pas le plus petit début d'une once de solution !

  • Par lémire - 01/10/2017 - 19:06 - Signaler un abus Y a-t-il vraiment des politiciens incapables ?

    - a) Le monde n'est pas en train de basculer, c'est déjà fait (démographie, capacités de recherche-développement, puissance militaire et industrielle, capacité à influencer les opinions publiques). Il est pénible de faire prendre conscience des conséquences aux électeurs et aux téléspectateurs - b) Pour tout gouvernant, la priorité est de continuer à gouverner, qu'ils croie ou non à ce qu'il fait - c) Certaines couches de la population sont plus faciles à sacrifier que d'autres, celle qui n'ont pas de relais médiatiques ou de capacité de blocage plus ou moins violent. - d) La presse, pour qui l’indignation est la seule "valeur", punit systématiquement tout gouvernant qui fait crier ou pleurer une partie du peuple. - e) Les points b, c et d n'incitent guère au courage politique... - f) Un grand homme est celui qui réussit à préserver son pays pendant une crise. Qui explique aux Français les énormes sacrifices infligés à toutes les autres nations occidentales (qui les gardent en mémoire lors des discussions avec la France) ? Et a contrario le déclin industriel et intellectuel qui est nôtre, et auquel ces autres nations ont dans certains cas mieux résisté ? Choix qu'ils ont validé ?

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Jean Sylvestre Mongrenier

Jean Sylvestre Mongrenier est chercheur à l’Institut français de géopolitique (Université de Paris VIII) et chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est notamment l'auteur de La Russie menace-t-elle l'Occident ? (éditions Choiseul, 2009).

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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