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Génération Macron, génération obsession pour le modèle allemand ?

Alors qu'Emmanuel Macron avait obtenu le soutien du ministre des finances allemand, Wolfgang Sch​äuble, figure emblématique des politiques d'austérité en Europe, que Sylvie Goulard, nouvelle ministre des armées revendique également sa proximité avec Monsieur Schäuble, tout comme Bruno Le Maire, une véritable "génération modèle allemand" semble arriver au pouvoir.

Génération Merkel

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Au regard de la tradition économique française, faut-il voir cette "hégémonie" comme surprenante, ou celle-ci n'est-elle finalement qu'un héritage normal du passé ? Quel serait aujourd'hui les idées les plus probantes pour le développement d'un capitalisme "à la française" correspondant aux intérêts du pays, tout en permettant une intégration de ces idées dans un système européen ? 

Edouard Husson : Je le répète, c'est d'abord un certain fonctionnement français qui explique le ralliement français à une politique monétaire à l'allemande. Après les errements monétaires de la Révolution française, le pays s'est forgé une doctrine de la monnaie forte: "franc Napoléon", qui duren jusqu'en 1914 puis "franc Poincaré" puis "franc Rueff". En février 1965, de Gaulle avait critiqué la politique monétaire américaine et prôné un retour au système d'étalon-or d'avant 1914. Mais faut-il fétichiser de Gaulle?

Le fait est que nos partenaires de la Communauté Economique Européenne à l'époque n'étaient pas prêts à nous suivre dans cette voie. Il ne restait plus, alors, qu'a évoluer vers un pragmatisme monétaire à l'anglo-saxonne; c'est la voie que commençait à explorer Georges Pompidou avant son décès. A partir de Giscard on entre dans l'idéologie du "modèle allemand". En fait Giscard ne fait que traduire la tentative condamnée à l'échec mais toujours remise sur le métier par la haute fonction publique française, à commencer par l'Inspection des Finances, de maintenir une stabilité monétaire de type "étalon-or" dans un système monétaire international devenu celui des changes flottants. Derrière tout cela il y a, comme souvent dans l'histoire de France, un mélange de peur sociale des classes possédantes et de paresse des grands commis de l'Etat. C'est plus facile de s'en remettre à quelques grands instruments de politique monétaire, simples à manier, tout en invoquant une discipline imposée de l'extérieur pour mater le mouvement social sans avoir à en porter la responsabilité. Il est évident que ce que vous appelez la "génération modèle allemand" est loin de prendre tout le modèle allemand; elle y choisit ce qui l'arrange. En revanche elle ignore largement le dialogue social permanent qui caractérise les relations industrielles allemandes. Et  elle ne se donne pas les moyens d'imiter les Allemands pour investir dans la troisième révolution industrielle. 

Il est étonnant de voir comment, sous prétexte que Marine Le Pen est infréquentable et a raté sa campagne électorale, une partie de la droite s'empresse de vouloir enterrer le débat sur l'euro. C'était déjà la caractéristique de la "synthèse Buisson" (rendre compatible la défense de l'identité française, exprimée dans des termes souvent agressifs, avec l'appartenance à l'euro) qui a permis à Nicolas Sarkozy d'être élu mais non de se maintenir au pouvoir. Contrairement à ce qui se dit en ce moment à droite, faire comme si l'euro n'était pas le problème est mortifère. Ne pas se préparer à la prochaine crise de l'euro, qui partira de Grèce ou d'Italie, c'est se priver de saisir une occasion de libérer l'économie française d'une politique dogmatique. Nous devrions être obsédés par l'idée de rendre à la monnaie son rôle de soutien à la croissance, l'emploi et l'innovation. Il y a tant de créativité inassouvie dans la société française; il y a tant d'investissements qu'il faudrait faire pour que le pays devienne l'un des moteurs de la troisième révolution industrielle! Marine Le Pen et Mélenchon se sont faits les chantres, chacun à leur manière, d'une bonne vieille lutte des classe mais ils parlent d'un monde industriel qui n'existe plus. Pour autant,  sommes-nous condamnés à nous priver des trésors de créativité et d'entrepreneuriat que recèle cette "France périphérique", laissée de côté par nos gouvernants alors qu'elle pourrait être un atout extraordinaire pour le pays dans une France enfin adaptée à la troisième révolution industrielle? 

Alexandre Delaigue : Le problème c’est qu’on ne sait pas définir un modèle économique français, alors qu’il existe. Mais par auto-détestation, on passe son temps à aller chercher à l’extérieur des « modèles » dont on prend ce qui nous intéresse en fonction d’intérêts ou d’idéologies. A gauche on souhaiterait qu’on suive l’Allemagne en matière de fin du nucléaire, de participation des salariés et de cogestion ; à droite on préfère les réformes schroder, et le culte moralisant de l’équilibre budgétaire. Il y a bien peu de gens (les rares qui connaissent vraiment le pays, comme le journaliste Guillaume Duval dans son livre, made in germany) pour dire que l’Allemagne, comme les autres pays d’ailleurs, est un tout fondé sur une histoire, et qu’il est difficile de s’en approprier une caractéristique sans penser à un système d’ensemble.

Le penseur qui a le mieux défini un système français est Philippe d’Iribarne qui a bien décrit, dans les entreprises françaises, un système anarchique, fondé sur la défiance entre dirigeants et dirigés, mais capable de production de très grande qualité. Ce système a malheureusement, faute d’être compris, été lourdement dégradé par les différents cultes et modes managériales que nous avons suivies. Il suffit d’aller à l’étranger pourtant pour voir qu’il y a des choses françaises qui fonctionnent, même si elles sont peu valorisées, au premier rang par les français. On se gargarise du système social français sans en voir les limites, il y a trop peu de gens pour défendre un système économique français, vu comme une « union soviétique qui réussissait » dans les années 60-70, comme le disait Jacques Lesourne et qui est en déclin depuis.  Il faudrait au contraire aller identifier nos spécificités, ce qui fonctionne ou pas dans notre société telle qu’elle est plutôt que de céder sans cesse aux mirages de modèles étrangers qui n’existent que dans nos fantaisies.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/05/2017 - 09:51 - Signaler un abus Pensée schizophrène!

    Vous stigmatisez Marine Le Pen et Melenchon pour faire allégeance à la pensée unique (et gagner le droit d'écrire sur Atlantico?), mais vous daignez à Marine Le Pen le droit d'avoir dénoncé, parmi les premiers, cette politique monétaire dogmatique d'Euro-fort et d'arrimage au Mark allemand. On peut discuter des solutions apportées, mais reconnaissez à Marine Le Pen Le pragmatisme d'avoir réalisé ce diagnostic, bien avant vous, , bien avant les analystes qui s'extasiaient sur les politiques Mitterrandiennes (aucune critique pensant quatorze ans!), puis sur les politiques suivantes...après avoir déchanté, ils commencent à chanter avec les patriotes. Tant mieux!

  • Par Ganesha - 22/05/2017 - 09:57 - Signaler un abus Lecteurs d'Atlantico, faites un effort !

    Lecteurs d'Atlantico, faites un effort ! Avant de venir caqueter vos sornettes habituelles, lisez donc cet article, ou, au moins son dernier paragraphe ! En fait, je demande si les perroquets médiatiques qui continuent à venir sur tous les plateaux de télé nous affirmer combien Marine Le Pen fut ''mauvaise lors du débat'', confuse et incompétente, reçoivent-ils un petit chèque dans les jours qui suivent ? Cet article vous explique que le fonctionnement actuel de l'Euro est nuisible pour une majorité de pays européens, et que la réforme présentée par Marine face à la marionnette d'Attali, Minc et autres énarques, va, de toutes façons, se révéler indispensable dans les prochains mois !

  • Par ISABLEUE - 22/05/2017 - 10:33 - Signaler un abus Oui Vangog

    on veut bien dire des choses, mais pas que MLP les disent... Schizos, ils sont tous schizos. On ne veut pas du modèle allemand, avec des de contrats à 1 €. Mais on veut bien des super formations en France... mais ne changeons rien, les formations en France, pas pour ceux qui sont au bas de l'échelle, non non non..... Tant que ce sera comme ça, la France n'avancera pas / C est un choix politique français de fabriquer du bas de gamme et de ne pas payer ses salariés...

  • Par Anguerrand - 22/05/2017 - 15:09 - Signaler un abus Ganesha et vangog

    Meme MLP a reconnu avoir été mauvaise et ne pas avoir su expliquer le retour au franc. Elle semble ne pas très bien comprendre elle meme ce qu'elle dit quand elle parle économie . La preuve, elle a reçu une belle raclée quand ces deux rigolos nous affirmaient qu'elle serait élue à coup sûr. Je pense que MLP veut maintenant se débarrasser de Philippot qui a fait perdre le FN et ces 2 comiques recommencent à nous resservir leur salades, celles précisément qui a écarté les français duFN . MMLP et qq dirigeants FN ne seraient pas mécontents de son depart pour Melenchon.

  • Par ajm - 22/05/2017 - 15:39 - Signaler un abus Sortie de l'euro et politique d'accompagnement.

    La sortie de l' euro est défendable mais pour en sortir sans casse il faut accompagner cette sortie d'une vraie politique libérale pour attirer capitaux et investisseurs dans l'économie Française comme le font les conservateurs Anglais. Ce n'est pas la voie choisie par le FN et encore moins par les "indoumis" de Mélanchon.

  • Par g16 - 22/05/2017 - 16:09 - Signaler un abus Les Allemands ont eu les mêmes chances

    Au départ de l'Euro, et c'est nous et les pays de la Méditérannée qui avons

  • Par g16 - 22/05/2017 - 16:21 - Signaler un abus Les Allemands ont eu les

    Les Allemands ont eu les mêmes chances au départ de l'Euro, et c'est nous et les pays de la Méditerranée qui avons gaspillés vers une économie malsaine et repoussante pour l'industrie toutes les chances de déboucher sur le travail. Le pari du social fait par Mitterrand en 81, à dérouté l'industrie sidérurgique et vidé plusieurs milliers d'emplois. Nos jeunes ministres ont raison de regarder vers l'Allemagne pour préserver ce qui peut encore servir à l'avenir.

  • Par Carl Van Eduine - 22/05/2017 - 17:26 - Signaler un abus Pestel, FfOM, subsidiarité et bon sens.

    Si la France veut s'en sortir, il faut commencer par faire un constat lucide sur le contexte global, Politique, Economique, Environnemental, Légal, Economique (un "Pestel"), et estimer ses perspectives d'évolutions. A partir de là, nous devons faire un scénario qui s'appuie sur nos Forces, tempères nos faiblesses, et s'emploie à saisir les Opportunités en contenant les Menaces (un "FfOM"). Le président l'a sans doute déjà en main, mais la performance restera contenue car c'est un jacobin (l'intelligence ET donc l'autorité est à Paris) là où il faudrait un girondin : l'intelligence est partout, et la responsabilité donc l'autorité est répartie en fonction du principe de subsidiarité. C'est là qu'il est en danger, donc nous tous. Ceci étant dit tous les Diafoirus du monde qui glosent sur l'Allemagne comme objectif ou repoussoir ont tort, car la problème majeur, c'est la France. Si chez nous, les dépenses sont plus grandes que les gains, la consommation supérieure à la production, la richesse investie beaucoup dans l'administratif, un peu dans le logement, très peu dans l'entreprise, et qu'on mutile l'enseignement, sacrifiant ainsi demain, la faute est chez nous.

  • Par Deudeuche - 22/05/2017 - 21:32 - Signaler un abus @g16

    vous vivez dans un pays méditerranéen...en France??? Ok pour les 10 % du territoire concernés mais tous les autres franchement non! rien mais rien à voir avec la Méditerranée et ses tropismes. Bis bol liewwe frind!

  • Par elvin - 22/05/2017 - 22:25 - Signaler un abus deux plus deux

    Ridicule. Le jour où nos politiques (et nos journalistes) comprendront enfin que deux et deux font quatre, en économie comme partout ailleurs, les accusera-t- on toujours de se conformer au "modèle allemand" ? Il n'y a pas de "modèle allemand" et de "modèle français". Il y a la réalité économique. Point barre;

  • Par essentimo - 26/05/2017 - 07:18 - Signaler un abus SI nous

    avions envoyé nos jeunes faire des apprentissages en Allemagne qui avait besoin de main d'oeuvre, nous aurions gagné sur 2 tableaux : moins d'allocations diverses et variées et une relève qualifiée

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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