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Génération Macron, génération obsession pour le modèle allemand ?

Alors qu'Emmanuel Macron avait obtenu le soutien du ministre des finances allemand, Wolfgang Sch​äuble, figure emblématique des politiques d'austérité en Europe, que Sylvie Goulard, nouvelle ministre des armées revendique également sa proximité avec Monsieur Schäuble, tout comme Bruno Le Maire, une véritable "génération modèle allemand" semble arriver au pouvoir.

Génération Merkel

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Génération Macron, génération obsession pour le modèle allemand ?

Atlantico : Comment est-il possible ​d'interpréter l'arrivée au pouvoir de ce qui ressemble à une "génération modèle allemand", habituée à manier les idées de "compétitivité", de zéro déficit, ou de volonté de mettre l'accent sur les résultats de la balance commerciale du pays ? Peut-on parler d'une forme d'hégémonie culturelle allemande sur nos gouvernants ?

Edouard Husson : Vous avez raison de souligner le rôle joué par Wolfgang Schäuble, la personnalité politique la plus influente d'Allemagne après Angela Merkel. Son aura vient, entre autres facteurs, de ce qu'il a été ministre d'Helmut Kohl. Pour les Français, il est plus accessible qu'Angela Merkel; apparemment plus facile à déchiffrer; et Schäuble lui-même en joue énormément pour imposer son autorité à cette jeune génération de politiques français que vous appelez "génération modèle allemand". Mais il ne faut pas inverser les facteurs, Macron, Le Maire ou Sylvie Goulard pensent comme ils pensent parce qu'ils sont disposés à écouter M.

Schäuble et parce qu'ils ont depuis longtemps perdu presque tout sens critique vis-à-vis de  l'Allemagne. Nous sommes une bien curieuse société: au plan individuel nous nous gargarisons de notre côté "je franchis la ligne blanche si je veux"; et puis les mêmes individus peuvent être d'un conformisme total, s'en remettre à des gourous et des pensées uniques.

C'est le cas concernant l'Allemagne. Regardez l'influence qu'a exercée pendant des années Alfred Grosser, depuis son magistère de Sciences Po, pour imposer un discours sur l'Allemagne gentille organisatrice de l'Europe des bisounours. Son discours était totalement creux (ouvrez un livre de Grosser aujourd'hui, il ne reste rien sinon une compote de bons sentiments) mais revenait à poser pour seul horizon une relation franco-allemande sans aspérités. Par exemple Grosser détournait de faire de la recherche sur le nazisme - parler d'une Allemagne contre-modèle aurait risqué de casser la construction franco-allemande prétendait-il. Critiquer Grosser a relevé longtemps de la lèse-majesté parce que cet homme avait un seul talent: faire croire qu'il était la référence française sur l'Allemagne; en fait il commentait toujours "Le Monde" et la "Frankfurter Allgemeine Zeitung" de la veille.... Grosser n'est qu'un des facteurs d'explication mais il est important parce qu'un certain nombre de ses anciens élèves de Sciences Po préparaient ensuite l'ENA. Il faudra un jour écrire l'histoire de la conversion au "modèle allemand" de l'inspection des Finances. C'est à Bercy que tout s'est joué, en 1990-1991, lors de la réunification: la Bundesbank, en désaccord avec le gouvernement Kohl sur le taux de change "un mark de l'Est pour un mark de l'Ouest" a décidé de remonter les taux d'intérêt drastiquement. Contrairement à ce que l'on croit, les responsables de la. Bundesbank ne voulaient pas imposer leur volonté aux Français: ils ont prévenu leurs partenaires de ce qu'ils allaient faire et ont proposé une réévaluation du mark. C'est Bercy et la Banque de France qui ont refusé, criant à la dévaluation du franc! Entre 1983 et 1990, la politique du franc aligné sur le mark était devenue un dogme. Le Maire, Sylvie Goulard, Macron sont les héritiers de cette histoire récente mais oubliée. Le plus frappant dans l'attitude de la "génération modèle allemand", c'est le fait qu'ils continuent à parler de compétitivité alors que l'enjeu de la troisième révolution industrielle est l'innovation; de "déficit zéro" alors qu'il s'agit d'investir massivement dans l'ère numérique. Nos jeunes gouvernants nous parlent encore de l'économie du siècle dernier.  

Alexandre Delaigue : Cette hégémonie culturelle existe très clairement. Elle correspond à toute une génération baignée dans le « tournant de 1983 ». Avant cette période, la politique économique en France était largement fondée sur un système de changes fixes et la capacité, pour récupérer de la compétitivité, de négocier des dévaluations du franc. Cette période a été vue comme celle de tous les péchés (dette publique, perte de compétitivité, etc) et il fallait trouver un modèle de substitution, qui a été celui du pays auquel on quémandait ces dévaluations : l’Allemagne. De là est né ce complexe de l’Allemagne qui réussit tout et de la France qui doit devenir allemande. Le parcours d’un Jean-Claude Trichet est exemplaire de ce point de vue.

Un autre ouvrage a synthétisé ce point de vue : celui de Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, qui décrivait l’opposition entre un capitalisme « rhénan » fondé sur la politique industrielle, les bonnes relations travailleurs-dirigeants, la poussée vers la qualité, la réticence envers la finance, et un capitalisme « anglo-saxon » orienté vers le contrat et la finance. Le livre en lui-même est intéressant, mais la leçon qu’il suggère : la France devait selon lui, suivre le « modèle rhénan » est criticable et a eu des conséquences néfastes. Cela fait des décennies qu’à coup de subventions et d’aide à la compétitivité on essaie de faire monter en gamme l’industrie française, sans succès notable.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/05/2017 - 09:51 - Signaler un abus Pensée schizophrène!

    Vous stigmatisez Marine Le Pen et Melenchon pour faire allégeance à la pensée unique (et gagner le droit d'écrire sur Atlantico?), mais vous daignez à Marine Le Pen le droit d'avoir dénoncé, parmi les premiers, cette politique monétaire dogmatique d'Euro-fort et d'arrimage au Mark allemand. On peut discuter des solutions apportées, mais reconnaissez à Marine Le Pen Le pragmatisme d'avoir réalisé ce diagnostic, bien avant vous, , bien avant les analystes qui s'extasiaient sur les politiques Mitterrandiennes (aucune critique pensant quatorze ans!), puis sur les politiques suivantes...après avoir déchanté, ils commencent à chanter avec les patriotes. Tant mieux!

  • Par Ganesha - 22/05/2017 - 09:57 - Signaler un abus Lecteurs d'Atlantico, faites un effort !

    Lecteurs d'Atlantico, faites un effort ! Avant de venir caqueter vos sornettes habituelles, lisez donc cet article, ou, au moins son dernier paragraphe ! En fait, je demande si les perroquets médiatiques qui continuent à venir sur tous les plateaux de télé nous affirmer combien Marine Le Pen fut ''mauvaise lors du débat'', confuse et incompétente, reçoivent-ils un petit chèque dans les jours qui suivent ? Cet article vous explique que le fonctionnement actuel de l'Euro est nuisible pour une majorité de pays européens, et que la réforme présentée par Marine face à la marionnette d'Attali, Minc et autres énarques, va, de toutes façons, se révéler indispensable dans les prochains mois !

  • Par ISABLEUE - 22/05/2017 - 10:33 - Signaler un abus Oui Vangog

    on veut bien dire des choses, mais pas que MLP les disent... Schizos, ils sont tous schizos. On ne veut pas du modèle allemand, avec des de contrats à 1 €. Mais on veut bien des super formations en France... mais ne changeons rien, les formations en France, pas pour ceux qui sont au bas de l'échelle, non non non..... Tant que ce sera comme ça, la France n'avancera pas / C est un choix politique français de fabriquer du bas de gamme et de ne pas payer ses salariés...

  • Par Anguerrand - 22/05/2017 - 15:09 - Signaler un abus Ganesha et vangog

    Meme MLP a reconnu avoir été mauvaise et ne pas avoir su expliquer le retour au franc. Elle semble ne pas très bien comprendre elle meme ce qu'elle dit quand elle parle économie . La preuve, elle a reçu une belle raclée quand ces deux rigolos nous affirmaient qu'elle serait élue à coup sûr. Je pense que MLP veut maintenant se débarrasser de Philippot qui a fait perdre le FN et ces 2 comiques recommencent à nous resservir leur salades, celles précisément qui a écarté les français duFN . MMLP et qq dirigeants FN ne seraient pas mécontents de son depart pour Melenchon.

  • Par ajm - 22/05/2017 - 15:39 - Signaler un abus Sortie de l'euro et politique d'accompagnement.

    La sortie de l' euro est défendable mais pour en sortir sans casse il faut accompagner cette sortie d'une vraie politique libérale pour attirer capitaux et investisseurs dans l'économie Française comme le font les conservateurs Anglais. Ce n'est pas la voie choisie par le FN et encore moins par les "indoumis" de Mélanchon.

  • Par g16 - 22/05/2017 - 16:09 - Signaler un abus Les Allemands ont eu les mêmes chances

    Au départ de l'Euro, et c'est nous et les pays de la Méditérannée qui avons

  • Par g16 - 22/05/2017 - 16:21 - Signaler un abus Les Allemands ont eu les

    Les Allemands ont eu les mêmes chances au départ de l'Euro, et c'est nous et les pays de la Méditerranée qui avons gaspillés vers une économie malsaine et repoussante pour l'industrie toutes les chances de déboucher sur le travail. Le pari du social fait par Mitterrand en 81, à dérouté l'industrie sidérurgique et vidé plusieurs milliers d'emplois. Nos jeunes ministres ont raison de regarder vers l'Allemagne pour préserver ce qui peut encore servir à l'avenir.

  • Par Carl Van Eduine - 22/05/2017 - 17:26 - Signaler un abus Pestel, FfOM, subsidiarité et bon sens.

    Si la France veut s'en sortir, il faut commencer par faire un constat lucide sur le contexte global, Politique, Economique, Environnemental, Légal, Economique (un "Pestel"), et estimer ses perspectives d'évolutions. A partir de là, nous devons faire un scénario qui s'appuie sur nos Forces, tempères nos faiblesses, et s'emploie à saisir les Opportunités en contenant les Menaces (un "FfOM"). Le président l'a sans doute déjà en main, mais la performance restera contenue car c'est un jacobin (l'intelligence ET donc l'autorité est à Paris) là où il faudrait un girondin : l'intelligence est partout, et la responsabilité donc l'autorité est répartie en fonction du principe de subsidiarité. C'est là qu'il est en danger, donc nous tous. Ceci étant dit tous les Diafoirus du monde qui glosent sur l'Allemagne comme objectif ou repoussoir ont tort, car la problème majeur, c'est la France. Si chez nous, les dépenses sont plus grandes que les gains, la consommation supérieure à la production, la richesse investie beaucoup dans l'administratif, un peu dans le logement, très peu dans l'entreprise, et qu'on mutile l'enseignement, sacrifiant ainsi demain, la faute est chez nous.

  • Par Deudeuche - 22/05/2017 - 21:32 - Signaler un abus @g16

    vous vivez dans un pays méditerranéen...en France??? Ok pour les 10 % du territoire concernés mais tous les autres franchement non! rien mais rien à voir avec la Méditerranée et ses tropismes. Bis bol liewwe frind!

  • Par elvin - 22/05/2017 - 22:25 - Signaler un abus deux plus deux

    Ridicule. Le jour où nos politiques (et nos journalistes) comprendront enfin que deux et deux font quatre, en économie comme partout ailleurs, les accusera-t- on toujours de se conformer au "modèle allemand" ? Il n'y a pas de "modèle allemand" et de "modèle français". Il y a la réalité économique. Point barre;

  • Par essentimo - 26/05/2017 - 07:18 - Signaler un abus SI nous

    avions envoyé nos jeunes faire des apprentissages en Allemagne qui avait besoin de main d'oeuvre, nous aurions gagné sur 2 tableaux : moins d'allocations diverses et variées et une relève qualifiée

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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