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Le gaullisme, cette religion devenue en quelques décennies l’opium du peuple français et le bromure de l’imagination politique

Le gaullisme est devenu un passe-partout. La référence à de Gaulle assure au député de gauche un brevet de réalisme et elle tempère l’image réactionnaire de l’élu de droite. Une figure de l’extrême droite veut adoucir son profil ? Elle revendiquera sa de Gaulle attitude. Au fil des années, ces nouveaux adorateurs de la croix de Lorraine ont institué un véritable fétichisme gaulliste. Et gare à ceux qui contreviennent au culte du Général. Extrait de L'obsession gaulliste" d'Eric Brunet (Albin Michel) 1/2.

Bonnes feuilles

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Le gaullisme est devenu un passe-partout, un sésame qui permet à n’importe quel politique de tenir en respect les critiques. La référence à de Gaulle assure au député de gauche un brevet de réalisme (il se dira alors « gaulliste social ») et elle tempère l’image trop réactionnaire de l’élu de droite. Une figure de l’extrême droite veut adoucir son profil ?

Elle revendiquera sa de Gaulle attitude. Un ténor de l’extrême gauche veut gommer son image d’idéologue dogmatique ? Il clamera sa fidélité aux valeurs du gaullisme. Au fil des années, ces nouveaux adorateurs de la Croix de Lorraine ont institué un véritable fétichisme gaulliste.

Et gare à ceux qui contreviennent au culte du Général.

Ce jeu, souvent puéril, s’ornemente d’une mythologie bien connue : le Général payait lui-même ses timbres pour sa correspondance privée ; il réglait l’essence de sa DS pour se rendre en week-end à Colombey-les-Deux-Églises… De Gaulle est sans doute le plus grand Français du xxe siècle, mais fallait-il en faire notre Petit Père du peuple français ?

Combien de fois avez-vous entendu le vieux refrain : « Les Français ont guillotiné leur roi, mais ils ont la nostalgie de la monarchie » ? Ou bien : « Bonaparte, Clemenceau, de Gaulle : la France n’est grande que si elle rencontre l’homme providentiel. »

Le fameux « homme providentiel », sorte de prince éclairé, d’idéal fantasmé…

Comment imaginer sérieusement que la France des Lumières ne puisse prospérer qu’à l’ombre d’un chef autoritaire ? Ainsi, sans patriarche, notre peuple, qui inventa la liberté et la démocratie, serait perdu ? Nous aurions besoin d’épaules galonnées et de coups de cravache pour renouer avec la croissance ? Allons…

Le drame, c’est que beaucoup ont fini par croire à cette métaphore du peuple français, simpliste et infantilisante. Et ça nous tue à petit feu. Près d’un demi-siècle après la mort de De Gaulle, nous n’osons toujours pas toucher aux grands totems institués après-guerre.

Nous craignons de remettre en cause l’échafaudage gaullien. Nous refusons de réformer l’État-providence, de peur de choquer les Français en faisant table rase des mesures « sacrées » votées après la guerre. Cette peur a un nom : la lâcheté politique. Ces réformes, les Allemands, les Britan niques (et tant d’autres) les ont faites. Et l’Histoire leur a donné raison.

Le mythe gaulliste a son Petit Livre rouge : le programme du Conseil national de la Résistance. Certes, ce consensus « gaullo-communiste » établi en 1944 sous la pression du Parti communiste français (PCF) a été bénéfique aux Français dans la période de la reconstruction. Il a permis de mettre en place la Sécurité sociale et le système de retraite par répartition.

De Gaulle créa l’ENA et sacralisa l’interventionnisme d’État en instituant le Commissariat général au plan…

 
Commentaires

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  • Par Leucate - 03/12/2016 - 15:24 - Signaler un abus Le gaullisme ?

    Ce n'est pas une doctrine mais un état d'esprit qui a comme point essentiel un amour de la France, indépendante et forte. Pour le reste, "l'intendance suivra", formule toute militaire signifiant que l'intendance est au service de la stratégie et non l'inverse. C'est d'ailleurs pourquoi le "gaullisme" n'est "ni de droite ni de gauche". Il implique aussi que, devant un choix qui engage l'avenir du Pays, le peuple soit consulté par référendum afin de vérifier que la direction envisagée corresponde bien au choix de ce peuple. Si le chef de l'Etat s'est engagé dans une direction et que le Peuple le désavoue, le chef de l'Etat doit en tirer les conséquences. De Gaulle a démissionné.

  • Par A M A - 03/12/2016 - 18:06 - Signaler un abus Tant de gens de sensibilités

    Tant de gens de sensibilités différentes, souvent totalement antagonistes, souvent internationalistes ou mondialistes, rarement nationalistes, peu patriotiques sinon pas du tout, se réclament du gaullisme que l'on est en droit de se poser la question de la nature de ce fourre-tout. Politiquement, c'est la V° République, et le résultat est là, entre autres avec des Sarkhozy et des Hollande. Psychologiquement c'est l'interdiction d'en penser autre chose que du bien, faute de quoi on se retrouve qualifier des pures déviations intellectuelles. Le gaullisme est la religion populaire laïque par excellence à laquelle il est obligatoire de se référer, surtout pour être élu. Mais au fond, le gaullisme, c'est quoi? Une définition claire, précise, synthétique de la consistance de cette expression grandiloquente qui sert de bannière électorale serait la bienvenue

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Eric Brunet

Eric Brunet est l'auteur de l'Obsession gaulliste aux éditions Albin Michel (2017). Il présente Radio Brunet tous les jours sur RMC de 13 heures à 15 heures

Il a par ailleurs publié Etre de droite, un tabou français (Albin Michel, 2006) et Dans la tête d’un réac (Nil, 2010).

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