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Les campagnes anti-gaspillage d'eau sont-elles inutilement alarmistes ?

Couper systématiquement le robinet entre deux tâches, prendre des douches et non pas des bains, autant de précautions véhiculées par les diverses campagnes écologiques. Mais si la réalité était autre et que l'eau n'était pas si en danger que cela ?

Tout en nuances

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Les campagnes anti-gaspillage d'eau sont-elles inutilement alarmistes ?

De nombreuses campagnes écologiques incitent les Français à économiser l'eau. Crédit Flickr / esquimo_2ooo

Atlantico : Les français sont entourés de marqueurs, d’annonces, de campagnes écologiques qui les poussent à économiser et les alertent sur la qualité de l’eau. Vous nuancez très fortement ces positions. Alors qu’en est-il réellement, comment l’eau est-elle gérée en France ?

Jean de Kernasdoué : Je n’irai pas jusqu’à dire que ces campagnes sont des tissus de mensonges, il faut éviter d’employer des termes trop forts.

En revanche on peut dire qu’il n’y a pratiquement jamais nulle part, en France, de problèmes de ressources en eau. Il y a de l’eau dans les fleuves, et dans les rivières. Quand il pleut, 64% de l’eau s’évapore et le reste s’infiltre, qu’il y ait une occupation d’homme sur la zone ou pas. Les nappes phréatiques contiennent 176 milliards de m3 d’eau et 171 milliards de m3 sont perdus car s’en vont dans la mer par le biais des grands fleuves français. L’eau qui s’évapore n’est pas perdue, elle retombera forcément ailleurs sur Terre.

Pourquoi l’alerte est-elle donc tout le temps donnée sur la qualité et la gestion de l’eau en France ?

Il faut se dire que l’eau est bien gérée en France d’une manière générale, c’est un dossier que les communes ont à cœur, même si parfois le traitement des eaux est sous-traité par de grandes entreprises. En général, les règles de salubrité sont scrupuleusement respectées, on met dans l’eau un peu de chlore pour éviter – quand elle stagne dans les tuyaux – que des nuisibles et des bactéries s’y développent. On ne consomme pas l’eau, elle ne fait que passer. Une fois qu’elle a servit, elle repart par les égouts pour y être retraitée et selon les usages soit elle reste dans ce circuit soit elle retourne dans les nappes.

Les zones rurales ont été identifiées comme souffrant d’une qualité d’eau un peu moindre, est-ce vrai ?

Non, je ne suis pas d’accord avec cette position,  l’eau reste excellente. S’il y a une variation c’est en raison de la différence de composition minéralogique. A Paris, l’eau a exactement la même qualité de l’eau Evian, selon moi il n’y a aucun besoin d'acheter de l’eau en bouteille à moins de préférer l’eau gazeuse.

Il faut donc relativiser les campagnes même si elles sont souvent appuyées par des études, mais doit-on aussi minimiser le risque écologique ?

On ne peut pas nier les problèmes écologiques. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de constater à quel point, dans les pays de l’est, il y a une vingtaine d’années, juste après la chute du mur de Berlin, ce qui se déversait des usines vers les cours d’eau, il y avait vraiment des raisons de s’inquiéter. Mais à Paris en réalité, il y a un système d’égout qui ne rejette pratiquement rien dans la Seine que depuis cinq ans, on ne peut pas nier la présence de problèmes écologiques. En revanche, il faut aussi comprendre que les humains souffrent bien plus des excès d’eau – comme typiquement les inondations – que des sécheresses.

De la même manière, il faut nuancer la dialectique de la raréfaction d’eau et de l’économie à tous prix. Quand on analyse, le fameux bain dont on nous parle - et qu'il faudrait éviter par soucis d'économie d'eau, il faut savoir que le bain - c’est 150 litres d’eau, une douche c’est 15 litres. Le préjudice est essentiellement financier mais à proprement parler, on économise pas d’eau, car une fois évacuée l’eau ne va pas disparaître, elle retourne simplement dans le bassin de la Seine. Pour s’évaporer en partie. Les français n’achètent pas de l’eau mais de l’eau propre. C’est tout autre chose.

Vous parlez souvent « d’imposture hydrologique », qu’entendez-vous par là précisément ?

Il y a plusieurs types d’impostures : dans un premier celle de laisser penser que l’on va bientôt manquer d’eau, celle de pointer du doigt le danger d’assèchement des nappes phréatiques, alors que celle de la beauce par exemple, au rythme actuel peut nous alimenter pendant encore 300 ans, sans compter que les pluies sont plutôt régulières, ou de laisser croire que les plantes prennent de l’eau par leur racines pendant plusieurs mètres alors qu’en réalité il ne s’agit que de quelques centimètres pour la plupart des végétaux. Il faut simplement que les citoyens se rendent compte que le vrai danger c’est la non maîtrise de l’eau. C’est l’excès le problème et non le manque.

 
Commentaires

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  • Par Mani - 18/10/2012 - 09:26 - Signaler un abus A l'évidence, ça dépend des régions.

    Faire croire que quand on prend un bain, on assèche le Sahel ou bien qu'on tue des ours blancs, c'est d'une rare bassesse, ça joue sur la crédulité des gens. Il est évident que l'eau qui part dans les canalisations ne disparait pas ! Au pire, elle s'évapore, pour se retrouver dans le cycle des pluies. Il y a des problèmes réels, et on se fait culpabiliser pour plein d'âneries...

  • Par sbgf43 - 18/10/2012 - 10:03 - Signaler un abus Mensonges

    Avec les Ecolos bobos c'est toujours l'arbre qui cache la forêt...et il faut toujours culpabiliser le lecteur qui est aussi électeur....en utilisant tous les mensonges possibles et plus c'est gros mieux cela fait de l'effet...

  • Par Nicolas31 - 18/10/2012 - 10:08 - Signaler un abus Economie en général

    L'eau potable est traitée en amont, les eaux usées sont traitées en aval et tous ces traitement ont un coût en particulier énergétique. Et les mettre en œuvre a un impact sur l'environnement. Intuitivement on comprend bien que potabiliser puis traiter les 150 litres de l'eau d'un bain a plus d'impact environnemental que les 15 litres de l'eau d'une douche. Ne serait ce que la dépense énergétique à toutes les étapes.

  • Par freud - 18/10/2012 - 11:05 - Signaler un abus l'excès

    Il est évident que la problématique de l'eau n'est pas la même entre la france et la mauritanie, entre l'avant pays niçois ou la bretagne... Par contre comme le souligne nicolas31, les traitements de l'eau sont couteux (financièrement et écologiquement) et plus on consomme d'eau plus la qualité de celle ci se dégrade ! Qui plus est, j'habite dans une région où tous les hivers nous subissons un stress hydrique sévère du a une surconsommation de cette ressource. Alors ce genre d'article me fout un peu les boules parce qu'à vous lire on se dit : haaaa bon bah c'est tout bon on fait ce qu'on veut, toutes ces histoires sur la flotte c'est du pipo, vive le gaspillage ! Et dans une société qui a fait du gaspillage son moteur de croissance, Mr Kervasdoué vous êtes le chien de garde rêvé du laissé faire libertaire !

  • Par freud - 18/10/2012 - 12:21 - Signaler un abus mieux vaut en rire qu'en pleurer

    http://www.scoplepave.org/8-l-eau-ca-chie

  • Par freddy - 18/10/2012 - 12:53 - Signaler un abus On ne consomme pas l'eau

    on l'utilise, c'est exactement ce que je dis toujours, malgré les mensonges des organismes d'état qui se servent d'arguments fallacieux pour mieux culpabiliser le peuple et ainsi avoir la mainmise sur lui.

  • Par Le gorille - 19/10/2012 - 05:44 - Signaler un abus Des canards

    Diable, l'eau des fleuves est perdue ! Car elle va dans la mer. Autrement dit, l'océan est une perte sèche. Maintenant "il y a un système d’égout qui ne rejette pratiquement rien dans la Seine que depuis cinq ans, on ne peut pas nier la présence de problèmes écologiques". Qui peut en tirer une substantifique moëlle ? Enfin, on peut pomper dans les nappes phréatiques... C'est ce que l'on fait partout, et dans certaines régions, de France notamment, cela crée quelques soucis. Et je peux vous garantir que le manque d'eau, cela existe ! Même chez moi ! Bon, je crains qu'il ne faille revoir la copie.

  • Par Le gorille - 19/10/2012 - 06:45 - Signaler un abus Mais l'eau reste en danger

    Pour l'eau seule, il y a deux choses à distinguer : l'approvisonnement (captage de surface, par puisage, par pompage, par osmose inverse,...) et le retraitement qui permet soit de réutiliser l'eau soit de la rendre à la nature suffisamment propre. Ensuite, l'aire d'usage, donc les régions, la possibilité de transferts ou non, avec le risque de sécheresse qui existe bel et bien. Enfin, la pollution laquelle est réellement oppressante (Bretagne, vous connaissez ? mais ailleurs aussi : décharges, cimetières, industries, mines, tourisme...). La trame est là, que n'est-elle suivie ? Non, vraiment, l'article n'est pas sérieux. Il est trop craché-jeté, trop vague. Un très mauvais point pour la campagne de sauvegarde de l'eau, qui est en danger si la surveillance se relâche.

  • Par Le gorille - 19/10/2012 - 06:48 - Signaler un abus Le respect de l'eau

    Voilà l'objectif : le respect de l'eau. Tout article doit montrer à la fois la fragilité et le coût. Tout le reste c'est du vent.

  • Par LouisArmandCremet - 19/10/2012 - 17:32 - Signaler un abus Il n'y a aps de secret...

    Il n'y a pas de secrets : la meilleur eau, reste l'eau de vie !

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Jean de Kervasdoué

Jean de Kervasdoué est un économiste de la santé français, titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM)et membre de l’Académie des technologies. Il a été directeur général des hôpitaux.

Ingénieur agronome de l’Institut national agronomique Paris-Grignon il a également un MBA et un doctorat en socio-économie de l’Université de Cornell aux Etats-Unis. Il vient de publier Pour en finir avec les histoires d’eau. Imposture hydrologique avec Henri Voron aux Editions Plon.

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