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Gaspillage alimentaire : un tiers de la production agricole destinée à l’alimentation humaine n’est pas consommée

À l’aide des données les plus récentes de la science, un médecin nutritionniste et un ingénieur agronome s’allient pour proposer une nouvelle approche globale de l’alimentation, du sol à la table. En apprenant à discerner le bon du toxique, à consommer sain et à cuisiner bien, nous pouvons tous contribuer à mieux vivre ensemble, sur une planète préservée. Extrait de "Alors, on mange quoi ?" du Docteur Laurent Chevallier et Claude Aubert, aux éditions Fayard 2/2

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Gaspillage alimentaire : un tiers de la production agricole destinée à l’alimentation humaine n’est pas consommée

Lutter contre le gaspillage

On estime que, dans le monde, environ ⅓ de la production agricole destinée à l’alimentation humaine n’est pas consommée. Parfois parce qu’elle a été mal stockée, mais plus souvent parce qu’elle est purement et simplement jetée, même lorsqu’elle est parfaitement consommable. Alors qu’on évalue, ne serait-­ce qu’en Europe, à 33 millions le nombre de personnes souffrant de malnutrition, que ce coût pour la collectivité européenne s’élève à 120 milliards d’euros par an (hospitalisations prolongées, morbidité accrue…), on ne comprend pas pourquoi des mesures plus énergiques ne sont pas prises à la hauteur de ces enjeux.

Le coût humain est, quant à lui, non chiffrable. Dans le monde, 6 millions d’enfants meurent chaque année de malnutrition. C’est la première cause de mortalité infantile.

Le gaspillage commence chez l’agriculteur, qui jette la partie de sa production dont il sait qu’elle sera refusée par les grossistes et la grande distribution pour diverses raisons : défaut d’aspect, calibre trop gros ou trop petit, forme ne correspondant pas aux critères de commercialisation en grande surface – cela représen‑ terait 15 % à 20 % de la production. Heureusement, certains agriculteurs transforment ces invendus et une partie est utilisée pour la nourriture animale.

Le gaspillage continue dans le circuit de distribution : produits défraîchis ou abîmés, dates de péremption dépassées, produits jetés à la fin des marchés, etc. 750 000 tonnes de nourriture pour partie encore comestible sont jetées par la grande distribution. Mais les grandes surfaces sont autorisées à donner leurs invendus à des associations. Sous la marque « Gueules cassées », des produits frais ayant un défaut d’aspect sont commercialisées dans plus de 5 000 enseignes.

Autre lieu de grand gaspillage : la restauration – commerciale ou collective. Dans certaines cantines, jusqu’à 30 % de la nourriture servie est jetée. Enfin, le gaspillage alimentaire chez les particuliers est également important : il représente 20 à 30 kilos par personne et par an, ce qui est considérable et correspond à un repas par semaine. Les légumes et les fruits sont responsables de la moitié du gaspillage, suivis par les liquides (24 %) puis les céréales et produits dérivés (pain, pâtes), à 12 %.

Outre le fait qu’un recyclage adapté est bien sûr indispensable, les dates limites de consommation sont-­elles pertinentes ? Comment sont-­elles fixées ? Ne jette-­t‑on pas les aliments un peu trop vite, alors même qu’ils seraient encore consommables ? Première distinction à faire : la mention « À consommer jusqu’à… », pour les produits frais, et la date de durabilité minimale (DDM), pour les produits à faible teneur en eau comme le riz ou les pâtes. Dans le premier cas, la loi condamne toute vente ou don effectué au-­delà de la date de péremption. Or, les yaourts, par exemple, sont des produits fermentés et leur caractéristique est justement de bien se conserver. Leurs dates pourraient être légalement prolongées dans bien des cas lorsqu’une bonne conservation est assurée. Le cas du sel de l’Himalaya est encore plus absurde : lorsqu’il est commercialisé en France, on lui accole une date de consommation (DDM) ; or, il a été formé il y 250 millions d’années, a été transporté à dos de chameau, a pris le bateau et pourrait être conservé quelques dizaines de millions d’années ! Heureusement, l’application de la loi de transition énergétique devrait permettre de modifier certaines règles pour ces produits à date de durabilité minimale. Pour les aliments ayant une date de péremption, le mieux est de ne pas ache‑ ter de trop grandes quantités, de vérifier régulièrement le contenu du réfrigérateur pour ne pas les y oublier et surtout de préférer, parmi les produits laitiers frais, ceux qui ont une date de péremption tardive (yaourts et autres laits fermentés).

Lorsqu’on revient de faire ses courses alimentaires, le premier geste est d’ouvrir le réfrigérateur pour y mettre les aliments les plus fragiles. Mais tous les aliments n’aiment pas le froid ! Certains préfèrent la température ambiante, c’est le cas de plusieurs légumes : ail, oignon, échalote, potimarron, pour une durée certes limitée, ainsi que la plupart des légumes fruits (tomate, poivron, aubergine), surtout s’ils sont cueillis avant maturité. Une tomate cueillie insuffisamment mûre voit sa teneur en lycopène, un caroténoïde, continuer à augmenter à la température ambiante, alors qu’au réfrigérateur elle ne bouge pas. Par ailleurs, même au réfrigérateur, les aliments ne se conservent pas très longtemps et peuvent perdre des vitamines (par exemple, la laitue perd chaque jour 12 % de sa vitamine C).

Extrait de "Alors, on mange quoi ?" du Docteur Laurent Chevallier et Claude Aubert, publié aux éditions Fayard, mai 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

 

 
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Laurent Chevallier

Le docteur Laurent Chevallier, nutritionniste en CHU et cliniques, responsable de médecine environnementale, est l’auteur de plusieurs best-sellers dont Le livre antitoxique (Fayard, 2013), Maigrir sans lutter (Fayard, 2014), Moins de médicaments, plus de plantes (Fayard, 2015) et le coauteur avec Claude Aubert du Guide antitoxique de la grossesse (Marabout, 2016).

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Claude Aubert

Claude Aubert, ingénieur agronome pionnier du bio, est l’auteur de nombreux ouvrages dont, aux éditions Terre Vivante, Une autre assiette (1979 et 2009), Fabuleuses légumineuses (2000), Manger bio, c’est mieux (2012, avec Denis Lairon et André Lefebvre).

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