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Une galère nommée politique : retour sur le "J’assume" de Virginie Calmels

Virginie "Sisyphe" Calmels a bien du mérite. Il serait injuste et parfaitement stupide de voir dans son livre un nouveau tome de la série Martine, intitulé cette fois "Martine, femme politique". Madame Calmels est de ces personnalités politiques dont les (fameux) "mâles alpha" feraient bien de se méfier.

Critique

Publié le - Mis à jour le 19 Mars 2018
Une galère nommée politique : retour sur le "J’assume" de Virginie Calmels

 Crédit MEHDI FEDOUACH / AFP

Forcément au début on se force. 356 pages d’un texte serré et structuré en 21 chapitres suivis d’une courte conclusion. La lourdeur du pavé fait craindre l’indigestion. On savait Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux, bavarde et souvent trop longue dans ses discours. On a donc la confirmation qu’elle a bien écrit, de la première à la dernière page ce « J’assume » (éditions de l'Observatoire) qu’un très proche d’Alain Juppé, à Bordeaux s’est empressé de rebaptiser « J’assomme ». Pourtant, à force de s’obliger à lire, on s’attache. Et finalement on se prend à comprendre la logique de celle qui est désormais première vice-présidente et vice-présidente déléguée de LR, numéro 2 de la principale formation d’opposition, derrière Laurent Wauquiez.

Femme de droite et fière de l’être, allant même jusqu’à parodier son patron politique bordelaisen titrant l’antépénultième chapitre de son livre « Droite dans mes escarpins. Hiver 2017 » (des escarpins en hiver, c’est au mieux une faute de goût, au pire une probabilité de chute), Virginie Calmels est libérale et parfois acharnée à le rappeler. Voilà pourquoi elle a créé, après l’élimination de Juppé à la primaire de novembre 2016, son propre parti qu’elle a nommé « DroiteLib ».

La dure loi de la politique

Le sous-titre du livre de Virginie Calmels est une question : « Mais que suis-je allée faire dans cette galère ? ». Il s’agit là d’une interrogation plusieurs fois répétée au fil des pages d’un ouvrage commencé à l’été 2017 et présenté par son auteur comme une « catharsis  nécessaire après des mois de campagne pesants ». Ses « amis bordelais », ceux qu’elle désigne sept fois dans son texte comme les « Iznogoud du Palais-Rohan »(comprendre la mairie de Bordeaux) et dont elle dit que la seule « ambition est de devenir (comme le Grand Vizir dans la célèbre BD de Goscinny et  Tabary) « Calife à la place du Calife », ont eu tôt fait de répondre à la place de Virginie Calmels : « Rien ne t’oblige à rester dans cette galère. Repars d’où tu viens ». Virgjnie Calmels, qui ne lâche rien et n’a pas la langue dans sa poche, comme on dit trivialement, va répondre à cela par un courriel direct et cash, bien dans son style et dans celui de son livre, repris par sudouest.fr le 15 mars : « La « galère » que je mentionne est celle de la folle campagne des présidentielles, et ne fait absolument pas référence ni à Bordeaux ni à notre équipe ni à la mission d’élue de terrain ». Rendre coup pour coup : telle est désormais sa devise.

En réalité tout le livre de Virginie Calmels le montre : s’investir en politique quand on dit (de manière trop forcée et répétée pour être totalement sincère) qu’on n’a pas les codes, qu’on n’est pas du sérail, qu’on ne connait que le monde de la finance et du top management, qu(on se revendique « femme d’entreprise » c’est une vraie galère. Le constat revient comme une sorte de leitmotiv, à moins qu’il ne faille y entendre une plainte continue. En substance cela donne : « la violence en politique est incroyable, la haine y règne en permanence (surtout de la part de ceux que l’on croit être des amis et des proches), le jeu de go des tactiques politiques est, en fait, un jeu d’égos ». S’ajoute à cela l’inévitable constat, très « main stream » en ce moment : « Si je n’étais pas une femme je ne serais sans doute pas traitée ainsi ».  On aurait envie de rappeler à Virginie Calmels que le monde d’où elle vient (« son » monde), celui de la finance mondialisée, des « cost-killers », des « LBO » (qu’elle évoque à plusieurs reprises), des « business angels » qui ressemblent davantage dans leurs pratiques aux « Hell’s Angels » des Seventies, est réputé pour être un monde d’une rare quiétude, où les petits meurtres entre amis sont rarissimes et où les rumeurs n’ont absolument pas droit de cité. Le business ne connait pas le stress. C’est connu. Tout comme Martin Scorsese a-t-il sans doute tout inventé quand il montre dans « Le Loup de Wall-Street » un Caprio fou de fric, de poudre, de jalousie et d’ambition.

 
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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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