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Le G20 de tous les égoïsmes ? Les raisons de la foire d’empoigne entre émergents et pays riches

Le G20 finances de Sydney est le théâtre d'une confrontation entre deux blocs concernant la politique monétaire de la FED, promise à un durcissement sur les prochains mois : les pays émergents s'inquiétant d'une fuite des capitaux tandis que les pays développés reboutent les accusations. Les mauvais résultats économiques de la zone euro sont aussi pointés du doigt...

Du rififi en Australie

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L'objectif affiché de cette rencontre est d'aboutir à une coordination des différentes politiques monétaires. Un projet aussi ambitieux a t-il des chances d'avancer face aux réticences des un et des autres ?

Nicolas Goetzmann : L’Europe ne participe plus à la croissance mondiale et elle importe toujours moins, c’est d’ailleurs la principale raison de l’amélioration de sa balance commerciale. L’Europe n’exporte pas plus, elle importe moins. Et cela fragilise l’ensemble des partenaires. Cette logique mercantiliste de l’Europe est à haut risque car elle consiste à se réfugier derrière les efforts entrepris à l’étranger pour soutenir la croissance, et en devient de fait dépendante. Encore une fois, les Etats-Unis n’ont pas ce type de raisonnement car ils se focalisent sur leur marché intérieur, ce qui leur donne une certaine autonomie.

L’Europe raisonne comme si elle était la Suisse, alors que le monde entier a besoin de voir le consommateur européen se réveiller, ce qui n’est pas au programme. Le G20 va être l’occasion pour l’Europe d’écouter les points de vue de ceux qui sont ses partenaires, et qui sont excédés de voir la zone euro continuer à mettre en place une politique qui ne délivre aucun résultat depuis 7 ans.  L’aveuglement idéologique européen devient un réel sujet de crispation, aussi bien pour les émergents, que pour les Etats-Unis, que pour le FMI.

L'objectif de cette rencontre est de tenter, au-delà des problématiques autour de la Fed, une coordination des différentes politiques monétaires. Un projet aussi ambitieux a-t-il des chances d'avancer face aux réticences des uns et des autres ?

Nicolas Goetzmann : Cela peut être souhaitable, mais cela est hautement improbable. Ceci en raison des deux logiques qui s’affrontent : les Etats-Unis, le Japon, ou le Royaume Uni se focalisent sur leur marché intérieur, notamment pour ne pas permettre une déstabilisation économique qui viendrait de l’extérieur. Chacun balaie devant sa porte ici. De l’autre côté, il y a une logique plus orientée vers l’exportation et la effectivement  il y a un problème. Comme les Etats-Unis considèrent que son marché revient à l’équilibre souhaité, elle ralentit le rythme de soutien, ce qui perturbe ceux qui en dépendent.  Lorsque l’Europe se plaint des opérations monétaires américaines, c’est un peu comme si un auto-stoppeur se plaignait que son chauffeur ralentisse.

Pour qu’il y ait convergence entre les membres du G20, il faudrait une harmonisation de l’approche, et ce n’est pas encore le cas. La croissance mondiale repose sur quelques-uns, c’est bien cela qui ne peut pas durer. L’Europe a une lourde responsabilité ici.

En parallèle, les rivalités commerciales entre la Chine et les États-Unis s'accentuent sur fond de rivalités géopolitiques dans le Pacifique. Ces bisbilles ont-elles une chance de s'inviter dans cette rencontre ?

Pierre Salama : Nous sommes ici dans une phase de tensions sur le temps long, Washington ayant peu à peu a réalisé que l'axe du monde se déplace peu à peu vers Pékin. Les Etats-Unis étant un important débiteur de la Chine, il ne peuvent se permettre de faire n'importe quoi sur le plan politique à l'égard d'un rival pourtant de plus en plus important. Obama a toutefois tablé sur une stratégie d'encerclement commercial en entretenant un réseau d'alliance assez important en Asie du Sud-Est (ASEAN, futur traité transpacifique), bien que cela ne laisse pas la Chine indifférente, son discours diplomatique ayant eu à tendance à se durcir sur les derniers mois.

S'il n'est pas improbable que des "petits succès" soient emportés au sortir du G20 en termes d'apaisement, il faudra à mon avis davantage les analyser comme un retrait tactique plutôt que comme une véritable tendance au retour du dialogue.

Des inquiétudes se font aussi sentir sur la carence des investissements qui paralysent l'économie réelle. Le principal enjeu de ce G20 ne devrait-il pas en conséquence être celui d'un accord autour de la mise en place d'une politique de long-terme qui offrirait une meilleure visibilité à l'économie mondiale ?

Des inquiétudes se font aussi sentir sur la carence des investissements qui paralysent l'économie réelle. Le principal enjeu de ce G20 ne devrait-il pas en conséquence être celui d'un accord autour de la mise en place d'une politique de long-terme qui offrirait une meilleure visibilité à l'économie mondiale ?

Nicolas Goetzmann : Nous revenons à une logique d’harmonisation ici. Pour cela, il faudrait que l’ensemble de la planète se mette d’accord sur le fonctionnement de l’économie, mais chacun a une vue différente, et chacun pense que sa manière est la bonne. Rien de nouveau. Les récentes hausses de taux de l’Afrique du Sud ou de la Turquie se sont faites en dehors de toute logique économique. Pendant ce temps, l’Argentine et le Kazakhstan dévaluent, le Ghana met en place des contrôles de change, et la Russie semble vouloir relever ses taux. C’est dire que chacun réagit d’une façon différente à une crise qui se propage par les erreurs des uns et des autres. D’où l’importance du G20 qui permet au moins d’échanger et de se mettre d’accord sur ce qui se passe réellement, et peut être pour influencer les décisions. La carence des investissements n’est rien d’autre que la conséquence de la faible croissance, notamment en Europe.  

 
Commentaires

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  • Par caribou - 23/02/2014 - 10:28 - Signaler un abus Se faire tirer par la croissance mondial.

    C'est la stratégie économique de hollande. OUI, L'EUROPE EST LE NŒUD DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUE MONDIAUX ET LA FRANCE EST LE NŒUD DES PROBLÈMES EUROPÉEN. Il faut que nous recentrions, éclaircissions et diminuions les prérogatives de notre états...etc. Sans sa, point d'économie. Le reste du monde mettra plus de temps pour sortir de cet stagnation, mais pour nous le retard sera difficile a combler et les efforts encore plus douloureux.

  • Par milou - 23/02/2014 - 10:55 - Signaler un abus croissance US

    Quelque chose m'échappe, sans doute ! On vante constamment sur beaucoup de blogs la croissance revenue aux US. Je pense que vous devriez vous faire une idée au travers d'un blog tenu par un Américain, vivant aux USA. En première ligne pour juger de cette croissance. C'est Michael Snyder à travers son blog : http://theeconomiccollapseblog.com/ Mais pas que lui, bien sûr. D'autres nous alertent, aussi, qu'après Detroit, c'est au tour de Chicago, ville aussi emblématique, a faire faillite : http://articles.chicagotribune.com/2014-02-05/opinion/ct-chicago-debt-edit-0205-20140205_1_bond-sales-chicago-public-schools-debt Alors arrêtons avec ce "gonflage de mou", svp !!

  • Par Jean-Francois Morf - 23/02/2014 - 10:57 - Signaler un abus C'est beaucoup plus simple que vous pensez:

    Après s'être enrichit de quelques Téra EUR en inventant l'auto-prophécie PIIGS, puis la story "fin de l'Euro" les trillionaires ont inventé une nouvelle auto-prophétie: le "FF" (Fragile Five). Pour s'enrichir d'un prochain Téra$, au détriment des 5 pays pauvres aux monnaies les plus "Fragiles"... On n'oubliera pas, au bénéfice de l'Euro, que les vagues de spéculation entre monnaies européennes ont cessé grâce à l'Euro!

  • Par vangog - 23/02/2014 - 11:18 - Signaler un abus L'auto-stoppeur qui exige de son conducteur-hôte

    de ralentir pour mieux apprécier le paysage, il se fait virer, au bout de quelque temps... Et là, l'Europe aura tout le temps d'apprécier le paysage, car elle ira à pieds, en rase campagne...

  • Par Gilles - 23/02/2014 - 11:20 - Signaler un abus Mal parti

    Le retour de la croissance n'est pas pour demain en France. Avec un système archaïque datant du siècle dernier...

  • Par kiki08 - 23/02/2014 - 11:41 - Signaler un abus G20

    la vague de la mondialisation a fait le tour ,elle est arrivée au bout , maintenant elle revient. il vas falloir penser a gagner la vie autrement qu'en spéculant cachés derrière des ordinateurs,trop de gens font gagner leur vie par les autres,a commencer par notre gouvernement ,manque de chance pour ces planqués ,les vrais travailleurs s'en sont aperçu ,tellement c'est gros, et ils mettent les pieds sur le frein . la suite est pas difficile a deviner.

  • Par Sniper - 23/02/2014 - 12:12 - Signaler un abus G 20

    un sommet comme beaucoup d'autres qui ne sert à rien. Des mots creux. Cette finance mondiale est pourrie, c'est à elle qu'il faut s'attaquer avant qu'elle ne nous précipite dans les abysses. Donc déconstruire en urgence le système en commençant pas nos banques nationales.

  • Par goufio - 23/02/2014 - 14:56 - Signaler un abus Par Sniper - 23/02/2014 - 12:12 -

    VOUS ECRIVEZ : "Cette finance mondiale est pourrie, c'est à elle qu'il faut s'attaquer avant qu'elle ne nous précipite dans les abysses. Donc déconstruire en urgence le système en commençant pas nos banques nationales." J'aimerais comprendre derrière les mots vos arguments. merci

  • Par prochain - 23/02/2014 - 15:00 - Signaler un abus A chacun son intérêt?

    Ils n'ont pas encore découvert la Répartition - Confiscation saucialiste ...

  • Par prochain - 23/02/2014 - 15:04 - Signaler un abus ON veut voyager en première avec un billet de seconde ?

    C'est fini kamarades, les millions de chômeurs ne peuvent rien pour Vous, il ne reste que le crédit pour financer vos avantages.

  • Par ignace - 23/02/2014 - 22:15 - Signaler un abus Les jeux olympiquess de la dette en milliards d'euros

    Ce n'est plus de la croissance qui est nécessaire , c'est de l'excroissance USA ; 19000 milliards de dollars (13500 milliards d'euros) ZONE EURO : 8750 milliards d'euros a fin Q1/ 2013 LES GAGNANTS SONT : Italie 2034..... Allemagne 2150 .... France 1900....Espagne 930 ........Belgique400.......Irlande 204 .....Portugal 78 Hors zone euro: GB 1650

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Pierre Salama et Nicolas Goetzmann

Pierre Salama est professeur émérite des universités, professeur et chercheur au Centre d'Economie de Paris-Nord où il est spécialiste des économies sud-américaines. Il a publié de très nombreux livres traduits en espagnol et en portugais dont Les économies émergentes latino-américaines : Entre cigales et fourmis aux Editions Armand Colin.

Nicolas Goetzmann est stratégiste macroéconomique et auteur d'un rapport sur la politique monétaire européenne pour le compte de la Fondapol.

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