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Le risque "financier" impose une révolution de la pensée
économique et politique

Désormais accordés sur les moyens d'une sortie de crise, les regards des pays membres de la zone Euro se tournent vers la Présidence française du G20. Y aura-t-il assez de volonté politique pour répondre à la nécessité d'une régulation économique et financière ?

Talon d'Achille

Publié le

Les évènements se succèdent, à un rythme rapide. Les annonces des uns et des autres au sujet des banques, ou des États entretiennent une inquiétude maximale.

Où va-t-on ? « Est-ce  une émeute ? Non, Sire, une révolution ».

Ainsi le propre des crises est de briser les certitudes. Le futur est incertain. Le temps est nécessaire. Il faut attendre, malgré l’angoisse, pour voir ce qui va se dessiner, une fois le brouillard dissipé. Temps et incertitude avec la crise ont été ainsi réintroduits de force dans le système économique mondial.

Et pourtant, maîtriser les risques, c'est-à-dire éliminer le facteur temps, était et est encore le but prométhéen que se sont donnés les designers des systèmes internationaux, bancaires, financiers, de changes, et du commerce. Il leur faut tout contrôler et s’assurer qu’aucun retournement conjoncturel ne viendra remettre en cause la croissance et la prospérité du « doux commerce ».

Doit-on vivre cette crise comme une anomalie qui finira bien par se corriger ?

Ce serait fort dommage, car c’est une occasion de faire un point sérieux sur ce qui a conduit le système mondial à une pareille situation. Il y a à dire car des diagnostics pertinents ont été portés ici et là. Il faut lire, par exemple pour l’Europe, le rapport du groupe d’experts présidé par Jacques de Larosière (2009). Mais l’inertie est grande et les décisions prises restent limitées.

Tous les acteurs de la crise de 2008 sont encore là, et les avancées réglementaires, réelles certes, n’ont pas entamé les principes directeurs des organisations actuellement en déroute.

Il est trop facile aujourd’hui de concentrer les critiques sur les politiques, trois ans après les avoir sollicités. L’endettement est général et tous, ménages, entreprises, banques et États y ont cédé. 

Or, la désorientation est réelle car les outils intellectuels largement utilisés sont apparus insuffisants. Avec des scientifiques de diverses disciplines, depuis 2008, nous avons pu le mettre en évidence. Ces montagnes de dettes ont été jugées gérables par l’introduction, comme ADN des dispositifs, d’une conception de l’incertitude trop simpliste, structurant un futur lisse et sans rupture, qui permet de mesurer le risque.

Que reste-t-il de la crédibilité des solutions scientifiques apportées à la crise ?

Aujourd’hui, pas grand-chose face à la demande de stress tests, c’est à dire de l’évaluation des effets de ruptures sur les banques. Il serait donc inquiétant qu’après la tempête on en revienne aux habitudes antérieures.

Ce n’est pas qu’un débat de scientifiques. Les politiques et les citoyens demandent aux experts des certitudes scientifiquement établies sur la qualité de leurs dispositifs.

Or la façon actuelle de concevoir l’incertitude fonde, par exemple, la légitimité du Marché comme dispositif de valorisation. Aujourd’hui, peut-on soutenir sans rougir que les prix des actions observés en janvier 2007 intégraient les Krach de septembre 2008 et 2009, comme le dit la théorie ?

De même, cette représentation a justifié la révolution des normes "prudentielles" bancaires. Avec Bâle 2, on a reconnu que chacun pouvait mesurer son risque. De fait, la sécurité du système financier n’a plus été pensée globalement mais comme l’addition de celle de chaque établissement. Conséquences directes : la normalisation et la concentration. En effet, le contrôle dans un tel cadre impose d’aligner les comportements. Le conformisme arrive par le jeu de la préconisation des best practices ou de la règle dite « de la personne prudente », vite assimilée à la moyenne. Il n’y a plus de frein alors à la concentration au sein d’ensembles de plus en plus grands.

Les aléas financiers actuels doivent permettre l'établissement de nouvelles normes

Au total le système financier, aux acteurs concentrés et synchronisés, cumule les deux caractéristiques majeures des systèmes fragiles. Tout est alors en place pour faciliter l’amplification des chocs qui surviennent régulièrement, et imposer aux états d’intervenir pour encaisser les pertes.

Reconnaître que les aléas financiers ne sont pas des processus continus même en période calme, et admettre que les ruptures sont « normales », imposent un renouvellement profond des concepts fondateurs des organisations et des pratiques auquel il est urgent de s’atteler vraiment.

 

 
Commentaires

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  • Par gmilady - 31/10/2011 - 08:25 - Signaler un abus ce que le risque financier impose...

    il faut supprimer le pouvoir des traders et autres spéculateurs qui mettent le monde sans dessus dessous, rétablir le pouvoir des états sur les marchés, taxer toutes les opérations spéculatives, en somme réformer ce système capitaliste qui nous opprime tous...

  • Par sanglier intrépide - 31/10/2011 - 11:25 - Signaler un abus Analyse intéressante.

    Il est flagrant de constater que les comportements ne changent pas d'une crise sur l'autre. Ils empirent-même. Le défi, c'est surtout de mettre un terme au cynisme de rigueur de ceux qui jouent la vie de foules d'êtres humains au casino-bourse.

  • Par bobocleaner - 31/10/2011 - 12:19 - Signaler un abus ouhlala si je puis me permettre

    Il y a des raccourcis un peu olé olé du genre : "L’endettement est général et tous, ménages, entreprises, banques et États y ont cédé. " ... a ce niveau de généralité le café du commerce est enfoncé. Ménages Allemands ou Texans Banque Suisses , singapour ou SocGen ? banque grecque ? L'état australient a t il un budget en déficit ( à suivre )

  • Par bobocleaner - 31/10/2011 - 12:23 - Signaler un abus oulala ( suite)

    alors aprés on se dit qu'on va se marrer grave et on est pas décu l'auteur nous parle de "science" : "Que reste-t-il de la crédibilité des solutions scientifiques apportées à la crise ?" ben RIEN c'est de la politique et de l'économie . pour la science priére de repasser. et "les regards des pays membres de la zone Euro se tournent vers la Présidence française du G20" c'est de la science ..FICTION

  • Par cappucino - 31/10/2011 - 16:16 - Signaler un abus Si j'ai bien compris

    Le directeur général de la Banque de France l'a bien précisé. La recapitalisation des banques est issue de Bâle 3. Juste une épargne supplémentaire de précaution (en capital). En clair, on se protège des excès de la finance mais on n'y met pas bonne ordre. Au contraire, cela va permettre de faire encore plus de folies. ça c'est fort.... On ne va pas couler les fonds de pension quand même !!!!

  • Par DEL - 31/10/2011 - 23:58 - Signaler un abus Ah, l'humain!

    L'économie est faite par des humains, c'est-à-dire qu'elle est soumise comme les humains à des aléas génétiques indétectables à temps: personne ne maîtrise l'ensemble! De plus, l'humain est un joyeux rigolo imaginatif qui rêve d'introduire le grain de sable qui enrayera tout et lui rapportera un maximum! alors, prévoir? mouais, à court terme peut-être!

  • Par GBCKT - 01/11/2011 - 09:18 - Signaler un abus Qu'est ce que gérer le risque?

    Pour une société, un état c'est être en mesure de faire face à l'inacceptable. Encore faut-il définir ce que l'on ne veut pas. Pour un dirigeant de société anonyme c'est être ruiné: il diversifie ses risques personnels. Rien à attendre de Bâle 3. Le citoyen et les élus doivent apprendre à compter.

  • Par kaptanoglux - 01/11/2011 - 11:27 - Signaler un abus Tant que les politicards ne

    Tant que les politicards ne changeront pas leurs façons de pressurer tout le monde, en gardant leurs avantages honteux, mais légaux... Bien qu'ils soient nos employés (c'est nous qui les payons avec les impôts et les taxes) nous n'avons aucune prise sur leurs prébendes. Je suggère une règle simple : Un politicien = un seul salaire (retraite comprise) payé par le contribuable

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Hubert Rodarie

Hubert Rodarie est Directeur Général Délégué d'un groupe de compagnies d'assurance (SMABTP), en charge des finances et de l’activité d’assurance de personnes.

Son dernier ouvrage est paru aux éditions Salvator, Dettes et monnaies de singe, un système économique à renouveler (2011).

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