Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 21 Octobre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Fuite de gaz géante à Rouen : que se serait-il passé s'il avait été toxique (et d'ailleurs en aurions-nous été informés) ?

Alors que du mercaptan, un gaz nauséabond qui peut se révéler toxique à forte concentration, s'échappe depuis lundi de Lubrizol, une usine chimique de Rouen (Seine-Maritime), les opérations de colmatage ont débuté mercredi peu avant 1 heure du matin.

Sortez les masques

Publié le
Fuite de gaz géante à Rouen : que se serait-il passé s'il avait été toxique (et d'ailleurs en aurions-nous été informés) ?

Que se passe-t-il dans le cas où l'on considère qu'il y a un véritable danger pour les populations avoisinantes ?  Crédit Flickr / Marmotte73

Atlantico : L'incident à l'usine Lubrizol de Rouen a été rapidement communiqué dans la presse dès le matin du 22 janvier. Si la situation avait été critique sur le site, comment aurait-elle été gérée ?

Christian Sommade : Dans le cadre d'un accident majeur sur un site chimique classé SEVESO, notamment seuil haut, c'est l'exploitant qui est responsable du déclenchement de l'alerte pour les populations immédiatement avoisinantes, si bien évidemment, il y a danger. Parallèlement, le responsable de l'exploitation déclenche son plan d'opération interne (POI)  pour faire face à l'incident.

Si l'incident provoque un risque au-delà du périmètre de l'installation industrielle, l'exploitant doit appeler les secours, les sapeurs-pompiers qui vont alors déclencher, sous l'ordre du préfet, Directeur des opérations de secours (DOS), le plan particulier d'intervention (PPI). Parallèlement, si la crise revêt une certaine importance, le préfet va activer son COD (Centre opérationnel de défense) qui va rassembler l'ensemble des acteurs concernés par la crise en vue de coordonner les actions de secours, de protection, de sauvegarde des populations. Dans le cas présent, on peut imaginer que le préfet a réuni les responsables en matière de secours : sapeurs-pompiers, services médicaux d'urgence, hopitaux, police, gendarmerie; mais aussi, les responsables de l'environnement tant au niveau du département que la région (DREAL). Pour ce faire il s'appuiee également au sein du COD sur le service interministériel de défense et de protection civile (SIDPC) au sein de sa préfecture, qui assure la coordination des plans de secours niveau départemental, et souvent la conduite pratique du COD. Au plan territorial, au-delà du département, c'est la zone de défense ou les zones de défense concernées qui font le relais et la coordination de moyens supplémentaires qui seraient nécessaires au département. En l'occurrence dans ce cas, c'est la zone de défense de Paris Île-de-France qui a été sollicité.

Au plan national, le centre opérationnel de gestion interministériel de crise (COGIC)  de la direction générale de la sécurité civile de la gestion des crises (DGSCGC) du ministère intérieur assure l'information du gouvernement et la coordination des secours au plan national. Dans le cadre de crise intersectorielles, c'est-à-dire qui touche plus d'un secteur d'activité et qui sont complexes et qui nécessite une coordination interministérielle, le premier ministre peut décider, à sa demande, ou à la demande d'un ministre, le déclenchement d'une cellule interministérielle de crise, qui  se réunira le plus souvent au centre interministériel de gestion de crise du ministère de l'intérieur installé place Beauvau,  si la crise concerne le territoire national. Ce qui est étonnant dans  ce cas,  c'est la réunion de cette "CIC" pour un évènement qui n'a engendré que du désagrément. Certes sérieux, mais sans danger, sans victime, et sans conséquence majeure.  Cela confine peut-être à un réflexe  de précaution ? 

Que se passe-t-il dans le cas où l'on considère qu'il y a un véritable danger pour les populations avoisinantes ? Y'a t-il un seuil qui détermine ou non l'intervention des secours publics ?

Les seuils de danger sur les produits chimiques sont connus font l'objet d'une documentation très abondante que connaissent bien les sapeurs-pompiers. S'il y a un danger immédiat  pour les populations, les sapeurs-pompiers et notamment les cellules mobiles d'intervention chimique ont les capacités de déterminer le type et la nature du danger, au moins pour prendre des actions réflexes. Néanmoins le déclenchement de faire appel aux sapeurs-pompiers est de la responsabilité de l'exploitant.

Comment informe-t-on les populations menacées ? Y a t-il dans ce cas un ordre de priorité et comment évite t-on la panique ?

Les populations sont informées, si elles sont dans la zone de danger immédiat,  par les sirènes mises en place par l'exploitant. Ces sirènes sont complétées éventuellement par des sirènes mobiles des sapeurs-pompiers. Il existe également des conventions avec Radio France  et les radios locales pour diffuser l'alerte. Si le risque dépasse les zones de danger prévus dans le PPI, l'alerte aux populations doit être réalisé par les maires, sur information des préfectures. La France a malheureusement aujourd'hui un système d'alerte ancien et obsolète. Ce qui fait que beaucoup de mairies n'ont absolument aucun moyen d'alerter directement les populations, se remettant finalement aux médias. Depuis déjà plusieurs années, un nouveau programme est en cours de gestation ministère de l'intérieur appelé  SAIP  (systèmes d'alerte et d'information des populations). Malheureusement, des coupes de crédits font que ce programme a beaucoup de mal à se mettre en place. Il est basé sur des  technologies qui ne sont pas aujourd'hui opérationnels vis-à-vis de l'alerte sur téléphone portable, nommé "Cell Boradcast", et n'intègre pas la dimension nouvelle et majeure des réseaux sociaux.Néanmoins, d'autres moyens d'alerte sont possibles au niveau des collectivités, soit par des campagnes de SMS en masse, ce qu'offre certains opérateurs  de télécommunications, soit par d'autres moyens notamment par des panneaux à messages variables, via les radios avec le système RDS. Tout cela relève simplement aujourd'hui d'une volonté politique propre à chaque maire  de vouloir faire ou non de la sécurité civile une politique municipale. Notamment avec l'adoption d'un plan communal de sauvegarde (PCS) encore trop peu développé dans notre pays, bien qu'obligatoire pour de nombreuses communes. Le PCS connue de la population permet à chacun de connaître son rôle dans le cadre d'une catastrophe et d'éviter ainsi tout mouvement de panique. Le Haut Comité Français pour la Défense Civile récompense chaque année plus de 40  villes dans leurs efforts de préparation aux situations d'urgence et de crise au travers de son label pavillon orange (www.pavillon-orange.org).

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ravidelacreche - 24/01/2013 - 10:22 - Signaler un abus que se serait-il passé s'il avait été toxique

    Ben... On serait mort !? désinformé, :o))

  • Par Thomas78 - 24/01/2013 - 11:40 - Signaler un abus S'il avait été toxique?

    C'est de l'humour, ou bien? Ce gaz n'est pas dangereux à faible dose! Quand un nuage de gaz s'étend de l'Angleterre à Paris, vous pensez que la dose est faible, vous? Moi pas!

  • Par ADB - 24/01/2013 - 12:59 - Signaler un abus Oh la la ....

    Voila qu'Atlantico verse dans le catastrophisme ! Même l'eau à haute dose est toxique et dangereuse ......

  • Par princhon - 24/01/2013 - 13:31 - Signaler un abus Paranoïa?

    J'avais émis l'hypothèse de l'échappement d'un gaz de type sarin (sur un autre site) par inadvertance bien sûr , de son traitement en cette période de vigie pirate rouge vif et ses conséquences mais cette idée n'a pas eu l'air de plaire et l'on passe plutôt pour des paranos! Tant mieux l'histoire de Florence Cassez va effacer toutes les mauvaises interrogations !

  • Par scyrius - 24/01/2013 - 13:32 - Signaler un abus Le problème de ce gaz est

    Le problème de ce gaz est qu'il est odorant à très très faible concentration. Donc, tout le monde pense qu'il est très présent. Il y a dans l'air des composants beaucoup plus dangereux, regardez la fumée de cigarette ou des pots d’échappement.

  • Par ZOEDUBATO - 24/01/2013 - 13:39 - Signaler un abus Tout est dans la désinformation

    Aujourd'hui sur TF1 un reportage sur l'évolution du nombre de tués sur la route a donné les chiffres de 1960, de 1970 puis est passé directement à 2000 Il faut rappeler que la période 1980 - 2000 a été une catastrophe pour le nombre de tués car les Socialistes s'occupaient uniquement de quadriller le pays afin de pérenniser leur pouvoir et de s'enrichir grâce aux impôts des autres que de la sécurité des Français dont ils se fouta..nt . comme de leur première chemise C'est beau le totalitarisme socialiste

  • Par kettle - 24/01/2013 - 13:49 - Signaler un abus VME pour 8h: 0,5 ppm

    [..] toxique à hautes concentrations par inhalation et affecte le système nerveux central [...] il peut provoquer une dermatose avec la peau. Il est donc recommandé de laver abondamment la peau et les yeux en cas de contact à de fortes concentrations [...] En France, ainsi qu'aux États-Unis, en Allemagne et en Grande-Bretagne, la VME (Valeur Moyenne d'Exposition pour 8 heures) est de 0,5 ppm. La CL50 pour 1 heure (Concentration Létale 50 %) est de 1 350 ppm. https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thanethiol

  • Par kettle - 24/01/2013 - 13:50 - Signaler un abus On sera mort

    @Ravidelacreche - 24/01/2013 - 10:22 - Signaler un abus que se serait-il passé s'il avait été toxique Ben... On serait mort ! -- Non, les maladie se declancheront d'ici quelque années...

  • Par Ravidelacreche - 24/01/2013 - 15:24 - Signaler un abus @kettle

    Merci pour l'information ! ...:o))) je jette illico mon stock de boules puantes.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christian Sommade

Christian Sommade est délégué général du haut-comité français pour la défense civile (HCFDC) chargé de gérer les situations à risque

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€