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Comment sortir l'industrie française du cercle vicieux de compétitivité défavorable dans lequel elle est enlisée

Répondre aux besoins en fonds propres des entreprises françaises : c'est l'ambition du fonds stratégique d'investissement qui fête aujourd'hui ses trois ans. Que reste-t-il à faire ?

Issue de secours

Publié le 17 novembre 2011
 

Atlantico : Le fonds stratégique d'investissement (FSI), dont la mission officielle consiste à répondre "aux besoins en fonds propres d’entreprises porteuses de croissance et de compétitivité pour l’économie française", fête ce jeudi ses trois ans. Quel bilan peut-on en tirer ?

Denis Ferrand : La mise en place d’une telle structure est pertinente s’il existe un vrai problème de fonds propres des entreprises industrielles. Si l'on considère le FSI comme un outil permettant d’encourager le redéploiement du secteur industriel vers des activités haut de gamme et vers la promotion d’acteurs capables d'apporter des solutions innovantes et solvables à l’échelle mondiale, alors oui le FSI tient complètement son rôle. En d’autres termes, l’intervention du FSI s’articule par rapport à un objectif de redéploiement industriel.

Ce qui est intéressant c’est que le FSI puisse travailler. En l’occurrence, une inspiration pour le développement de l’industrie est réapparue ces derniers temps notamment avec les États généraux de l’industrie. Dès lors qu’un enjeu industriel réapparait à l’échelle française, le FSI peut être un des bras armés, un des leviers qui vient le soutenir. A travers les enjeux sur les investissements à venir, le FSI peut se présenter comme une structure à même d'apporter son concours à des projets industriels qui font sens. En encourageant notamment de nouveaux avantages comparatifs de l’économie française, dans l’économie verte ou encore dans les nanotechnologies… Il s’agit en fait d’identifier des acteurs et des secteurs dans lesquels il y a une performance industrielle forte.

 

L'industrie française est-elle en train de disparaitre ?

Dire qu’il n’y a plus d’industrie en France, c'est aller un peu vite en besogne. En revanche, l'industrie française est fragilisée par une évolution défavorable de sa position compétitive. Ce qui comprend en autre l’observation de ses parts de marché et le poids des exportations françaises de marchandises qui représentent désormais 12,5 % des exportations de la zone euro alors qu’elle en représentait 17% il y a 12 ans. Pour donner un ordre de grandeur, si on avait la même part de marché aujourd’hui qu’en 1998 (date du début du recul des parts de marché), le chiffre d’affaire à l’exportation serait supérieur de 120 milliards d’euros à ce qu’il est observé actuellement.

Donc le problème tient surtout à un problème de compétitivité qui a des effets sur le potentiel de l’industrie. On se trouve dans un cercle un peu mortifère ou par la perte de compétitivité, l’industrie voit reculer sa valeur ajoutée. Son potentiel d’investissement se voit menacé et donc sa capacité à monter en gamme dans les échelles de production se retrouve prise en défaut. C’est un peu l’enclenchement  de ce que l’on appelle un cercle vicieux de compétitivité défavorable aux entreprises industrielles implantées sur le territoire.

 

Quels moyens peut-on envisager pour remédier à cette perte de compétitivité et donc aux "faiblesses" de l’industrie française ?

Il y a des réponses à deux niveaux. Un tournant vers une accentuation de l’innovation et de l’effort en recherche et développement permettrait un autre degré de qualité et une augmentation de la position dans la gamme des produits offerts par l’industrie. C’est l’enjeu fondamental mais c’est aussi une réponse de moyen voire long terme à un enjeu de compétitivité qui, lui, est immédiat. C’est en effet aujourd’hui que l'industrie française est confrontée à cette perte de substance.

Les enjeux en terme d’innovation et de dynamisation sont importants mais ils ne sont pénétrants qu’à partir du moment où il y a une base industrielle qui est à même de pouvoir transformer les avancées de la recherche en produits. C’est sur ce plan là qu’il y a une urgence. Les réponses de moyen terme peuvent être articulées à des enjeux de court terme grâce à ce qu’on appelle notamment un choc de compétitivité.

 

Comment expliquer que l'industrie allemande s'en sorte mieux que l'industrie française ?

Cela est dû à tout un ensemble d’éléments qui participe du choix allemand. Il y a en effet des phénomènes qui sont structurels dans le cas de l’Allemagne. En l’occurrence, entrent en ligne de compte, la taille moyenne des entreprises, la capacité à voir réorganisé son tissu de production en intégrant un hinterland qui se trouve dans les pays d’Europe de l’Est, une articulation entre le financement et l’entreprise plus performante, une articulation entre le monde de la recherche et le monde industriel plus adaptée...

L’industrie française, on le sait, a moins d’entreprises de grande taille que les entreprises allemandes ; cette caractéristique reste structurelle. On n’a toutefois pas toujours perdu des parts de marché par rapport à l’Allemagne, quand bien même on avait déjà il y a vingt ans des entreprises plus petites que les entreprises allemandes. Ce handicap structurel que pouvait connaitre la France, était compensé par le fait que l’on avait des prix et des coûts plutôt inférieurs. Or en l’espace de douze ans, cet écart c’est atténué voire gommé. Notamment parce que la progression des couts salariaux en France a été supérieure à celle de l’Allemagne. A tel point d'ailleurs qu’aujourd’hui les coûts salariaux des deux pays se retrouvent à parité alors qu’il y avait un retard entre 10 et 15% il y a une dizaine d’année. Cela peut être un élément d’explication.

 


Commentaires

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  • Par vangog - 18/11/2011 - 00:17 - Signaler un abus Intéressant mais il faut aller plus loin!

    La perte de compétitivité qui a débuté en 1998, est-elle en rapport avec les deux septennats Mitterrandiens et le doublement du nombre de fonctionnaires, le triplement des budgets sociaux, le remplacement d'une immigration de travail par une immigration d'allocations, les 35 heures et les lois sociales prohibitives, toutes mesures dont nous subissons encore le poids aujourd'hui?

  • Par fms - 17/11/2011 - 20:33 - Signaler un abus privatisations nécessaires...? lesquelles ?

    les postes les plus couteux du budget de l'état son l'éducation et l'armée. Lequel des deux doit être supprimé ? les deux ?
    Sinon il faut privatiser quoi ? la Sécu ? Pour refiler notre protection sociale au privé comme aux USA ? moins couteux ?
    La liberté s'exprime dans la sécurité donnée par la société, pas dans l'insécurité et la fragilité organisée contre les citoyens !

  • Par Gilles - 17/11/2011 - 12:26 - Signaler un abus Fable

    Pour sortir l'industrie de ce mauvais pas, faudrait-il encore qu'il existât. Ces 30 dernières années de "folies sociales" ont paralysée le pays. Il faut relire La Cigale et la Fourmis.
    "Que faisiez-vous au temps chaud ?
    Dit-elle à cette emprunteuse.
    - Nuit et jour à tout venant
    Je chantais, ne vous déplaise.
    - Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
    Eh bien! dansez maintenant."

  • Par FIGAROCB - 17/11/2011 - 10:15 - Signaler un abus Sortir l'industrie Française du cercle vicieux actuel !

    Ce n'est pas en créant des "machins" étatiques que nous pourrons sortir de cette ornière ! Non, c'est, au contraire, sortir de l'étatisme qui se mêle de tout pour remettre la liberté d'entreprendre au coeur du sujet.
    Baisse des charges et des impôts sur les entreprises, sur les particuliers, avec en contrepartie une baisse importante des fonctionnaires avec les privatisations nécessaires.

Denis Ferrand

Docteur en économie de l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, Denis Ferrand est Directeur Général de Coe-Rexecode depuis décembre 2008. Il a notamment participé aux études prévisionnelles pour l'économie mondiale en 2012 - 2013. Il est également directeur de la Conjoncture et des Perspectives. 

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