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Front commun patronat- syndicats face à Emmanuel Macron : trop peu, trop tard pour échapper à leur étouffement programmé

Syndicats et patronats se réunissaient ce 11 juillet afin de montrer un front uni avant le sommet social de mardi prochain.

Convergence

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Par ailleurs, le résultat de l’agrégation des scores enregistrés par les organisations syndicales aux élections professionnelles sur la période 2013 - 2016, montre qu’au niveau national et interprofessionnel, cinq organisations syndicales (CFDT, CGT, CGT - FO, CFE - CGC, CFTC) ont recueilli plus de 8% sur plus de 5 millions de suffrages valablement exprimés. La CFDT, dont la ligne est ouvertement sociale-démocrate alors que la CGT est plutôt adepte d’une ligne contestataire, est devenue, au niveau national, le premier syndicat de France auprès des salariés du privé.

Ceci est historique car ce résultat fait basculer, sans le bouleverser, un paysage syndical et social, jusqu’ici dominé par la CGT, qui a toutefois conservé son leadership dans les TPE mais qui a perdu du terrain dans plusieurs de ses bastions entre 2014 et 2016 (Fonction publique, SNCF, Orange...).

En fait, la vraie mutation est, depuis 2008, le nouveau calcul de la représentativité. Pour être désormais représentatif dans une branche, un syndicat doit y avoir recueilli 8% des suffrages alors que jusqu’à une époque récente, il suffisait que ce syndicat, même s’il avait recueilli moins de 8% dans cette branche, soit affilié à l’une des 5 organisations représentatives au niveau national. Il s’agit d’un vrai changement démocratique car ceci a rendu les syndicats tributaires de leur audience et a mis fin à la présomption « irréfragable » de représentativité dont bénéficiaient les cinq confédérations, même si celles-ci ont été reconduites dès 2013.

Or, certaines études ont montré que cette loi a fortement augmenté le taux de présence de délégués syndicaux, celui de syndicalisation et les opinions favorables à l’égard des syndicats, tant de la part des employeurs que des salariés. Il semble donc que l’introduction d’une dose de démocratie locale ait été bénéfique au syndicalisme.

Cependant, outre la barre des 8%, un syndicat, pour être représentatif au niveau national, doit d’une part, l’être aussi dans des branches de l’industrie, de la construction, du commerce et des services et d’autre part, remplir plusieurs autres critères de représentativité (ancienneté minimale de 2 ans, indépendance, respect des valeurs républicaines, transparence financière...). Dès lors, être représentatif permet à un syndicat de participer aux négociations et de conclure des accords au niveau national ou interprofessionnel.

Or, en poids « relatif », c’est-à-dire en prenant en compte le seul périmètre des syndicats représentatifs, la CFDT a recueilli plus de 30% des suffrages, ce qui lui permet désormais de signer, seule, un accord à la différence de la CGT, qui n’a pas franchi ce seuil. C’est ce poids relatif qui est pris en compte lors des accords interprofessionnels, comme celui sur la formation en 2014 ou sur la sécurisation de l'emploi en 2013.

Dès lors, les élections professionnelles de la fin d’année seront celles de la « mandature Macron ». Au regard des précédents résultats, si l’audience de la CGT est en baisse, celle de FO est également un peu en recul. Ceci signifie que la confiance des salariés se porte vers les syndicats qui négocient. Ceci n’est pas sans incidence car la CFDT et la CGT s’étaient notamment opposées à l’occasion des débats sur la loi Travail. Alors que la CGT était largement mobilisée lors des manifestations pour demander le retrait du texte, la CFDT avait marqué sa différence en défendant « un gouvernement qui voulait bouger », tout en demandant des évolutions du texte, et qu’il était « hors de question que celui-ci renonce à ses engagements, que ce soit en retirant la loi ou en la vidant de sa substance ».

 
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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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