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Front commun patronat- syndicats face à Emmanuel Macron : trop peu, trop tard pour échapper à leur étouffement programmé

Syndicats et patronats se réunissaient ce 11 juillet afin de montrer un front uni avant le sommet social de mardi prochain.

Convergence

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Cette méthode de concertation est critiquée tant par le patronat que par les syndicats car il y a un problème de vitesse : le gouvernement va très vite, propose énormément de réformes et les syndicats ont du mal à suivre. Difficile pour eux, dans ces conditions, de garder l’initiative avec un président qui ne les laisse pas souffler.

Paradoxalement, en quoi Emmanuel Macron est-il en train de parvenir à ouvrir le dialogue sur ces questions entre les différents syndicats patronaux et salariaux ? Qu’est-ce que cela révèle de la situation ?

L’objectif du président est triple dans le dialogue qui vient de s’installer.

Tout d’abord, Emmanuel Macron souhaite renouer le fil de la discussion avec des partenaires sociaux qu’il malmène. En effet, il a acquis la conviction que la France n’a pas vraiment besoin de corps intermédiaires et qu’il pourrait un jour, peut-être, gouverner en se passant d’eux. Il les considère plus comme des freins à la réforme que comme des accélérateurs des transformations dont le pays a besoin. Ainsi, même s’il n’a aucunement envie de se dédire, il a bien l’intention de montrer concilient et retourner, à son avantage, une situation qui commence à se tendre.

Ensuite, avec la réunion du 17 juillet, il escompte également reprendre l’initiative en envoyant un signe clair et attendu de sa volonté réformatrice, notamment à la CFDT qui ne cesse de critiquer sa politique sociale depuis 1 an. Par exemple, Emmanuel Macron pourrait envisager que certains points, qui n’ont pas encore été arbitrés et qui représentent un enjeu budgétaire pour la rentrée, pourraient être traités lors d’une rapide concertation, en septembre, avec les partenaires sociaux pour tenir les délais de préparation des textes budgétaires. Une concertation mais pas une négociation.

Enfin, il entend aussi, par cette rencontre, « faire vivre » l’agenda social que les partenaires sociaux s’apprêtent, avec plus ou moins de facilités, à bâtir en plus de celui que l’exécutif entend leur confier. Là encore, Emmanuel Macron est pleinement dans sa stratégie de responsabilisation des syndicats et du patronat qui doivent démontrer, par eux-mêmes via le dialogue social, le bien-fondé de leurs actions en négociant ou en participant, de manière constructive, à des concertations liées aux réformes lancées par l’exécutif.

Comment anticiper la suite de la situation pour les syndicats dans l’optique des élections professionnelles qui se tiendront à la fin de l’année 2018 ?

Tout d’abord, dressons un rapide panorama de la situation syndicale en France.

Dans un monde du travail beaucoup moins homogène que le monde ouvrier de la fin du XIXème siècle, le syndicalisme conçu comme un fait social de classe peine à asseoir sa légitimité auprès du plus grand nombre. Le syndicalisme en France est l’exemple le plus emblématique de ce qu’on appelle le « syndicalisme de représentativité » : il réalise le double exploit de couvrir davantage de salariés que tous les autres pays développés tout en ayant moins de syndiqués que la grande majorité d’entre eux (9% dans le privé).

 
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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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