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Freud avait raison : essayer d'évincer des souvenirs de son esprit les fait resurgir dans les rêves

Longtemps, les théories freudiennes sur le rêve ont été méprisées par la science. Depuis la parution d'une étude menée par un professeur d'Harvard, la donne a changé. Retour sur la progressive reconnaissance de ces idées osées.

Dream big

Publié le - Mis à jour le 2 Septembre 2016
Freud avait raison : essayer d'évincer des souvenirs de son esprit les fait resurgir dans les rêves

Atlantico : Un lieu commun fréquemment entendu prétend que la pensée freudienne - très souvent critiquée - est dépassée en psychanalyse. Pouvez-vous nous expliquer cette aversion habituelle ?

Sophie de Mijolla-Mellor : Sur le plan scientifique, "dépassé" veut dire que de nouvelles découvertes ont rendu banales voire caduques des notions  qui avaient pu apparaitre auparavant comme une avancée révolutionnaire. En ce qui concerne la psychanalyse, il faut d’abord rappeler que la méthode que Freud propose pour investiguer les faits psychiques et traiter les troubles psychopathologiques est loin d’avoir fait l’unanimité  au début et donc l’aversion en question a d’abord été une méfiance vis-à-vis d’une méthode explicative (qui pour cette raison se déclarait "scientifique") et qui rompait avec les procédés alors en vogue comme les traitements électriques, l’isolement des malades ou même la pratique de l’hypnose.

Par ailleurs, le fait de qualifier quelque chose de "dépassé" implique que ce qui a pu correspondre à la sensibilité d’une époque passée ne nous touche plus aujourd’hui parce que la réalité de la société évolue au même titre qu’un sujet, qui a avancé en âge, ne jouit plus de la même manière de ce qui lui plaisait autrefois. La mode en est passée même si l’on peut en garder un souvenir nostalgique. Or, la psychanalyse a eu en France et ailleurs un développement très important si l’on considère qu’elle a profondément modifié la manière de soigner, celle d’éduquer et plus profondément l’appréhension qu’un sujet a de lui-même et de sa place dans la société. Ce faisant plus d’une de ses notions sont devenues à certains égards évidentes, ce qui est toujours dangereux car on risque alors d’en faire une vérité dogmatique et non plus le résultat d’une recherche. Pourtant la psychanalyse est inséparable d’un mouvement d’investigation sur soi-même. Cela a été le travail initial de Freud sur ses propres rêves qui l’a conduit à en poser les bases et les premières cures consistent, en partant du symptôme, à faire retrouver au patient les circonstances de sa première manifestation et à les communiquer au psychanalyste.

La première critique à l’égard de la psychanalyse - et la plus fondamentale - c’est en fait du patient lui-même qu’elle vient, soit la résistance qu’il oppose à livrer des faits qu’il ne souhaite pas s’avouer à lui-même et qu’il pense avoir oubliés ou dont il dénie l’importance ou l’intérêt. Mais en même temps, il y a la souffrance psychique qui l’a conduit à demander une analyse, souvent après avoir essayé d’autres méthodes sans succès en particulier toutes celles qui relèvent de la suggestion et de l’autosuggestion. Malgré son aversion naturelle voire sa méfiance relative, le patient va donc accepter de jouer le jeu, c’est-à-dire d’ exprimer sans restrictions ce qui lui vient à l’esprit, c’est la dite "association libre". La possibilité pour l’analyste de lui proposer alors des rapprochements pertinents auxquels le patient n’avait pas pensé lui-même est fondamentale pour la suite : c’est l’interprétation analytique, laquelle repose sur une méthode mais aussi sur une compétence acquise par l’analyste avec sa propre analyse et celles qu’il a menées avec de précédents patients.

La question de la scientificité de la psychanalyse a été beaucoup débattue. Pour Karl Popper et d’autres épistémologues, les énoncés de la psychanalyse n’étant pas "falsifiables" et la théorie n’étant pas "réfutable", il ne peut s’agir d’une science. Le débat ne me semble pas très fructueux à cet égard car il ne prend pas en considération que Freud n’a cessé précisément de remettre en question ses propres hypothèses afin de faire avancer sa théorie. D’autres psychanalystes ont fait de même, la pensée freudienne constituant une sorte de socle à partir de laquelle ils ont proposé des approches nouvelles en particulier dans le domaine des psychoses mais pas seulement. Est-ce que ces avancées ont rendu caduques les découvertes de Freud ? Non, elles les ont développées et ont fait avancer la psychanalyse comme ensemble théorico-clinique.

 
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Sophie de Mijolla-Mellor

Sophie de Mijolla-Mellor est psychanalyste et professeur émérite à l'université Paris-Diderot. Elle est présidente de l'Association Internationale d'Interactions de la psychanalyse et dirige la revue Topique.

Elle a écrit La mort donnée, essai de psychanalyse sur le meurtre et la guerre (PUF, 2011).

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