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François Mitterrand, le Président qui faisait croire qu’il méprisait l’argent, mais qui a pu compter pendant des lustres sur un généreux mécène, Roger-Pelat, le personnage clé de l’affaire Péchiney

Pour la première fois, deux journalistes, Jean-Marie Pontaut et Dominique Torrès lèvent un coin du voile sur les relations entre François Mitterrand et l’argent. On y apprend que son très proche ami, Roger-Patrice Pelat se comportait avec lui comme un généreux mécène. Que ce même Pelat, personnage clé de l’affaire Péchiney, subventionnait des associations proches de Danièle Mitterrand. Le livre révèle encore l’incroyable rôle de Michel Charasse à l’occasion du fameux prêt consenti à Pierre Bérégovoy… par Pelat.

Nouvelles révélations

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François Mitterrand, le Président qui faisait croire qu’il méprisait l’argent, mais qui a pu compter pendant des lustres sur un généreux mécène, Roger-Pelat, le personnage clé de l’affaire Péchiney

Gilles Gaetner : Dans votre livre écrit avec Dominique Torrès, qui vient de paraître, « Un si cher ami », (Editions Michel Lafon) vous évoquez l’affaire Péchiney- qui a éclaté fin 1988- dans laquelle un très proche du Président d’alors, Roger-Patrice Pelat sera mis en cause pour un délit d’initié. Pouvez-vous nous rappeler les grandes lignes de ce scandale qui ébranla la Mitterandie ?

Jean-Marie Pontaut : A la fin de l’année 1988, la justice apprend que Roger- Patrice Pelat a commis un délit d’initié qui lui a permis d’empocher en France et en Suisse, environ 7 millions de francs. Voici de quoi il s’agit : quelque temps auparavant, Péchiney, entreprise récemment nationalisée, négociait le rachat de l’entreprise américaine Triangle. Bien évidemment, ces pourparlers, tant que l’accord n’avait pas été concrétisé, devaient rester secrets. Aucune opération financière n’était permise. Or, juste avant l’accord Péchiney-Triangle, Pelat, visiblement bien informé, bénéficiant d’une information privilégiée, achète un gros paquet d’actions Triangle, réalisant une plus-value de plus de 2 millions de francs.

Quelques temps après, le scandale prend une nouvelle ampleur lorsqu’on découvre que l’ami de François Mitterrand a également acheté des actions Triangle en Suisse. Plus du double de ce qui avait été raflé en France. Autant le dire, cette affaire de délit d’initié ne correspondait pas vraiment aux critères de la politique socialiste de l’époque ! Qui a passé ce tuyau en or à l’ami de toujours de François Mitterrand ? En faisant parler, pour la première fois, des témoins directs et des proches collaborateurs de l’époque de Matignon, nous répondons à cette interrogation. Cette affaire, un scandale d’Etat, je vous le rappelle, a connu un retentissement énorme dans la classe politique et l’opinion, obligeant François Mitterrand, à se justifier à la télévision, lors d’un mémorable 7 sur 7 animé par Anne Sinclair. Mais, comme nous l’avons relaté, le Président n’a pas dit toute la vérité sur ses rapports avec Pelat…

Précisément, qui était Pelat ? Quels liens l’unissaient à François Mitterrand ?

Pendant près de 50 ans, Pelat, dont nous traçons un portrait très fouillé, inédit, a accompagné  François Mitterrand. Tous deux se sont connus dans un stalag en Allemagne en 1940. C’est là que ce dernier a a aidé le jeune François alors qu’a priori, tout les séparait. «  Pat », comme le surnommait Mitterrand, était un ouvrier de chez Renault, bravache et chaleureux, très éloigné du bon élève, intellectuel de province qu’était le futur Président de la République. Dès 1940, les deux amis vont se soutenir l’un l’autre toute leur vie durant. Financièrement et moralement. D’ailleurs, ils dessineront ensemble, leurs portraits de résistants… plus ou moins fantaisistes.

Revenons à Péchiney. Elle semble illustrer toute l’ambiguïté de François Mitterrand. D’un côté, il prône la morale, on pourrait presque parler de République exemplaire et de l’autre, il laisse ses amis s’enrichir indûment. C’est bien cela ?

Exactement. C‘est la manifestation même de la duplicité étonnante de François Mitterrand. Elle a lieu dès les premiers jours de son accession à l’Elysée en mai 1981 où il condamne fermement le capitalisme, tout en ordonnant à ses collaborateurs de faciliter les affaires de son ami de toujours. L’Elysée ira jusqu’à fausser la concurrence lors d’un marché public pour faire plaisir à Pelat. Cette anecdote nous a été racontée par Jean Peyrelevade, ex- patron du Lyonnais et ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy. Insaisissable Mitterrand ! Il méprise l’argent – « cet argent qui corrompt »- et se fait volontiers entretenir par ses amis.

Pensez-vous que Pelat a informé son ami François de son achat illicite d’actions Triangle ? Pour aller plus loin, François Mitterrand était-il au courant de toutes les activités de Pelat ?

Nous ne le pensons pas. Aucun élément n’accrédite cette thèse. Par contre, selon un témoignage incontestable, au mois de décembre 1988, la veille de la révélation publique des achats d’actions Triangle par Pelat ce dernier en a informé le président de la République. Nullement offusqué, ce dernier avait simplement averti son ami : « Ils ne vont pas te lâcher », faisant allusion aux journalistes et à la justice. Lors de leurs longues promenades, les deux amis n’évoquaient pas seulement leurs bonnes fortunes sentimentales – sujet favori de leurs conversations-. Ils parlaient aussi travail et affaires. Il est acquis, à nos yeux, à la suite de notre enquête, que Mitterrand a su très tôt que son ami industriel franchissait souvent, sans état d’âme, la ligne rouge de la légalité. Pour être complet, nous sommes convaincus que si «  François » avait désapprouvé les dérives de «Pat », ce dernier n’aurait jamais été aussi loin. Si, par exemple, le Président avait demandé à Pelat de ne pas placer une partie de sa fortune en Suisse, ce dernier aurait sans doute obtempéré.

 
Commentaires

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  • Par Paul Emiste - 17/01/2016 - 11:08 - Signaler un abus Vive le multicartisme républicain!

    Nos bons socialos-écolomunistes, pépère le premier, n´aiment pas les riches mais ils adorent la richesse, mais attention pas n´importe laquelle, celle que l´on gagne sans prendre de risques, les millions de la république si généreuse avec ses élus multicartes.

  • Par vangog - 17/01/2016 - 15:17 - Signaler un abus Est-ce utile de revenir sur la vie de ce faux-cul?

    Même ses amis gauchistes, qui semblent le connaître mieux que les Français, n'en parlent plus, de peur de déterrer les détritus du passé corrompu du plus hypocrite des gauchistes...pas de commémoration cette fois-ci, par notre grand commemorateur-en-chef! Les Français ont commis la redoutable erreur d'élire deux fois de suite cet être fétide. Souhaitons qu'ils ne recommencent pas la même erreur, indéfiniment avec ses successeurs, Flamby-le-menteur, Valls-la-führer, Sarko-le-tricheur, Juppé-l'immigrationiste...

  • Par l'enclume - 17/01/2016 - 15:48 - Signaler un abus Tous pourris, certains plus que d'autres

    Quand on fait partie de la mafia, on se soutient à la vie à la mort. J'en déduis que Mitterrand et Pelat étaient des mafieux patentés. Putain, quand je pense qu'ils nous ont cassé les burnes pendant des jours et des jours afin de commémorer les 20 ans de la disparition de cette crapule.

  • Par Anguerrand - 17/01/2016 - 18:00 - Signaler un abus Mitterrand avait l'habitude d'aller ans les plus grands restos

    Il n'avait jamais son porte feuille sur lui, pratique non? , et avait la réputation d'être tres radin, en tout cas avec son propre argent. Il ne manquait pourtant pas de résidences secondaires comme à Latché ( Landes), résidence toujours gardée nuit et jour, à nos frais et surtout dans quel but. Ce radin notoire néanmoins voulait laisser des traces de son passage, c'est ainsi qu'il a fait réalisé pas moins de 9 projets ruineux par des architectes copains, comme l'opéra Bastille, la pyramide du Louvres, la Grande Arche dans l'axe de La Défense, la ruineuse grande bibliothèque et j'en passe. Radin dans la vie, depensier outrageusement avec l'argent de nos impôts. Chez les socialistes, on dépense, l'argent n'est pas un problème sauf pour la dette de la France. Hollande nous fait la même chose depuis qq semaines il distribue des milliards qu'il n'aura pas à assumer.

  • Par Vincennes - 17/01/2016 - 18:23 - Signaler un abus @Anguerrand concernant la dette que "Mitterand" a laissée sans

    qu'elle ne soit JAMAIS remise en cause alors qu'à son départ elle représentait 665 milliards avec les intérêts qui depuis courent....lesquels ajoutés aux suivants coûtent actuellement plus d'UN MILLIARD/an....... sans perdre de vue les fonctionnaires embauchés EN MASSE pendant 14 ans (et l'autre qui recommence les mêmes conneries), par cet ignoble personnage que les merdialeux "aux ordres" veulent imposer comme l'égal du Gal de GAULLE alors qu'il ne lui arrive même pas à la cheville. Vous écrivez que Mitterand n'avait jamais d'argent sur lui ....c'est vrai et Hollande fait de même comme d'offrir à DRAY pour son anniversaire un GRAND CRU venant direct ds caves de l'Elysée (à notre bonne santé) comme Mitteux qui, lui, offrait sans csse des livres de grand prix!!!!!! + ceux qu'il achetait pour lui et ses familles !! A t'on fait l'inventaire de tous les livres achetés par Mitterand !!!

  • Par samsuffit - 17/01/2016 - 18:29 - Signaler un abus Les Français ont commis la redoutable erreur d'élire deux fois .

    Ce fut mon cas, à l'époque et j'en fait mon mea culpa. A ma décharge il faut dire que j'étais alors bien jeune et pas au courant de toutes ces "affaires". Il faut dire aussi que les médias n'en parlaient pas beaucoup et internet n’était pas dans tous les foyers. Depuis je suis vacciné de la gauche quelle qu'elle soit. merci pour cet article qui rafraichit les mémoires.

  • Par Vincennes - 17/01/2016 - 18:29 - Signaler un abus parti trop vite......sont ils bien restés à l'Elysée ??? vue la

    mentalité......j'en doute. Les Français sont TRES TRES GENEREUX et ne sont bons qu'à payer les TURPITUDES des socialos. Je ne comprends même pas qu'ils puissent garder ce nom de Socialistes !!! le nom d' OPPORTUNISTES serait plus judicieux

  • Par JG - 17/01/2016 - 22:35 - Signaler un abus Faites ce que je dis, pas ce que je fais

    une maxime socialiste depuis l'origine. les médias, 4ème pouvoir, sont complices et récipiendaires de cette "générosité" sur le dos des français. Tant que les français se laisseront manipuler par les médias (cf dossier de Valeurs Actuelles de la semaine dernière) ce n'est pas demain la veille que les socialistes quitteront le pouvoir...

  • Par Bretondesouche - 18/01/2016 - 07:00 - Signaler un abus Mitterrand avait promis en 1981

    Un million d emplois dans l année. 36 ans après on attend toujours. Quel farceur

  • Par Vincennes - 18/01/2016 - 10:30 - Signaler un abus J'espère que J.M PONTAUT et D.TORRES....MERCI MESSIEURS

    vont continuer à "lever le voile" sur ct horrible personnage car il y a, également, "l'affaire DE GROUSSOUVRE" autre Mécène sans oublier M.BETHECOURT auquel Mitterand doit beaucoup. Quand je pense à tout l'argent dépensé pour ses obsèques (merci Chirac) alors qu'il est difficile de se souvenir de ce qu'il a vraiment fait pour la France...... à part s'occuper de lui même et de son petit confort!!!!

  • Par jurgio - 18/01/2016 - 14:55 - Signaler un abus Toute cette gabegie de pingres a un postulat :

    L'électeur français qui pense qu'il ne sentira pas la facture puisque ce sont les nombreux autres qui paieront (avec le secret désir qu'il pourra un jour en profiter) Pourquoi s'étonner que la république gauchiste continue comme elle a commencer à la fin du « siècle des lumières » (celle des malins qui ont su éblouir les simplets) en pillant les châteaux ?

  • Par jurgio - 18/01/2016 - 15:00 - Signaler un abus Mitterrand avait trouvé l'astuce suprême

    Pourquoi amasser de l'argent, pourquoi devenir riche alors que le denier public est inépuisable ? Dépenser sans payer. Hollande est un fier héritier. Attention : héritier de rien ! Mais il a su comme lui où se faire asseoir, où plonger les mains...

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à l'Express, chargé de l'investigation.

 

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée et La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut), et La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014).

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Jean-Marie Pontaut

Jean-Marie Pontaut est journaliste d'investigation.

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