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François Hollande saura-t-il
s'affranchir du Parti socialiste ?

Ancien premier secrétaire du parti, François Hollande n'a jamais développé de courant "hollandais" et s'est longtemps contenté d'asseoir son leadership sur sa capacité à assurer la synthèse entre différentes lignes. Comment composer avec les personnalités incontournables du PS avec lesquelles il a parfois nourri des relations complexes et tendues ?

Stratégie

Publié le - Mis à jour le 10 Mai 2012
François Hollande saura-t-il 
s'affranchir du Parti socialiste ?

L'ombre des "éléphants" du PS plane sur le nouveau président de la République.

Atlantico : Pendant ses dix ans à la tête du Parti socialiste, François Hollande a noué de nombreuses inimitié avec quelques uns des cadres majeurs du parti. Des personnalités avec lesquelles il va dorénavant devoir composer pour diriger la France. N'ayant jamais développé son courant au sein du parti, y-a-t-il pour le nouveau président un risque d'être l'otage du PS ?

Jean-François Kahn : Nicolas Sarkozy a perdu l’élection présidentielle. 52% des voix en faveur de François Hollande, mais aussi les votes blancs, répondaient surtout à un référendum contre Nicolas Sarkozy : ce n’est pas en réalité pas une victoire de la gauche ! 52% de votes pour le candidat socialiste, c’est finalement très peu.

Avec la crise économique et le rejet envers sa personne, Nicolas Sarkozy s’en sort plutôt bien… Si un candidat de gauche avait le même bilan : chômage, déficit, dette, déficit commercial, délinquance, immigration augmentée… Il aurait littéralement été écrabouillé ! Même Jospin, avait un meilleur bilan, ne faisait que 16% en 2002. C’est bien la preuve que la France, aujourd’hui, ne veut pas réellement de la gauche.

Sans le gel des voix de Marine Le Pen et le léger report des voix de François Bayrou en faveur de François Hollande, la situation aurait pu être inversée. La droite, sous l’impulsion de deux admirateurs de Maurras, en ayant un discours digne des tendances des années 1930, réalise en réalité un score exceptionnel ! Les querelles entre socialistes ? En comparaison de cette problématique beaucoup plus grave, on s’en fout !

Guillaume Roquette : François Hollande est dans une situation très favorable par rapport au parti socialiste. Il a une légitimité incroyable : il est le premier socialiste depuis François Mitterrand à accéder à l’Elysée. Il a été largement sous-estimé par les leaders du parti et a su prouver de façon éclatante qu’il était le meilleur. L’idée de base, c’est qu’il devait faire la synthèse pour ne faire de l’ombre à aucun courant, et finalement il les a tous eu car il a été le plus malin. Je pense que c’est une position très favorable qui lui permet d’être assez libre, d’un point de vue tactique.

D’un point de vue idéologique, il est très libre par rapport à l’aile gauche du parti, l’axe Aubry/Hamon, dans la mesure où le faible score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour montre qu’il n’y a pas de volonté de gauchisation du discours socialiste. C’est un atout.
Si on reprend les grands candidats à la primaire, il a emmené avec lui Manuel Valls, qui ne représente plus un risque. Quant à Montebourg, il est tout seul : il n’a voulu d’alliance avec personne et son discours est le même que celui de Mélenchon. Comme pour Aubry, le score limité du leader du Front de gauche relativise son importance politique. Ensuite, il y a les grands féodaux des fédérations, mais ils sont relativement affaiblis par les affaires, ce qui fait que François Hollande a vraiment un Parti socialiste à sa main. Et apparemment, Martine Aubry ne veut pas rester premier secrétaire. Il y aura donc un changement, et ça sera lui le faiseur de roi. Il va être dans une position favorable pour avoir un état major qui lui est dévoué.

Maurice Ulrich : Je crois qu’il est désormais exclu qu’il soit l’otage des principaux courants du PS. Il est président de la République, et va nommer le Premier ministre qui constituera le gouvernement avec son accord. Les socialistes sont désormais tous presque « dépendants » de lui, et l’on imagine mal ses « petits soldats » faire leur « cuisine » au sein du gouvernement sans son aval.

La situation d’un président de la République est d’ailleurs très différente de celle d’un chef de Parti, même s’il a l’esprit de synthèse. Nicolas Sarkozy, quoi qu’en aient pensé certains membres de la majorité sur la fin, n’a jamais cessé de tenir les membres de son gouvernement. Je ne dis pas que la gouvernance de François Hollande sera la même, mais les statuts lui assurent la place de chef d’orchestre.

Il constituera d’ailleurs son gouvernement en prenant en considération les différentes sensibilités qui se sont exprimées lors des primaires, et veillera certainement à préserver cet équilibre, mais ne sera pas l’otage de ces différents courants. Ce seront les membres du gouvernement qui seront les acteurs de la politique qu’il définira.

Audrey Pulvar : Les sujets d’inquiétude pour lui ne sont pas là. François Hollande a quand même passé dix ans à la tête du Parti socialiste en réussissant à plusieurs reprises - il était connu pour ça - la synthèse. Certains ont parlé de synthèse molle, je ne sais pas si c’est une synthèse molle mais en tout cas, elle a vécu. Il a eu le mérite de réussir, en dépit des foucades des uns et des autres, à réaliser cette synthèse, à faire en sorte que les congrès, à part le congrès de Reims bien sûr, débouchent sur quelque chose de constructif même après la tempête du référendum de 2005. Et puis, surtout, il a prouvé avec cette campagne qu’il était capable de se détacher de tout ça puisqu'il a bien laissé le parti à Martine Aubry. Cette dernière a pris des décisions, comme par exemple l’accord avec Europe Ecologie Les Verts, alors que François Hollande dit lui-même qu’il ne se sentait pas lié par cet accord, que ça concerne le parti, pas lui. Il a quand même eu un mode de fonctionnement très autonome dans cette campagne. On a bien vu que pendant des semaines, aussi bien dans son entourage que parmi ses partenaires politiques, on lui reprochait de ne pas être assez à gauche, de ne pas faire assez de propositions, de s’en tenir à son programme et de n’avoir pas fait de propositions à part les 75 % tout au long de sa campagne. Lui, manifestement, avait décidé de cette stratégie-là et s’y est tenu en dépit de tous les conseils, tous les avis.

Et puis François Hollande a quand même réussi avec les primaires à fédérer autour de lui tous les candidats. Il n’y a pas eu une voix discordante. Déjà entre premier et le second tour de la primaire, je crois qu’il a été rejoint par quasiment tout le monde. Une fois élu, on se souvient de l’image de François Hollande et Martine Aubry à Solférino. Ils ont tous fait campagne pour lui, même Ségolène Royal qui avait des motifs de lui en vouloir, notamment pour sa campagne de 2007. Or, cela n'a pas toujours été le cas. En 2002, tout le monde n’était pas d’accord avec la façon dont Lionel Jospin menait sa campagne et certains l’ont dit très ouvertement. Quant à 2007, très clairement, une bonne partie du parti socialiste et des ténors socialistes n’ont pas fait campagne pour Ségolène Royal.

 
Commentaires

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  • Par Maison Blanche - 09/05/2012 - 08:47 - Signaler un abus La manipulation continue

    Est ce que le type pour lequel j'ai voté est-il bon. Mais bien sûr, Monseigneur ! C'est le meilleur !

  • Par Septentrionale - 09/05/2012 - 10:15 - Signaler un abus s'affranchir le gros nain !

    c'est de l'humour violant

  • Par Ravidelacreche - 09/05/2012 - 10:21 - Signaler un abus François Hollande a noué de nombreuses inimitié

    Avé l'aurtographe aussi !

  • Par Mani - 09/05/2012 - 10:45 - Signaler un abus François Hollande saura-t-il s'affranchir du Parti socialiste ?

    C'est pour moi LA grande question de ce quinquennat. Les caciques du PS prennent Hollande pour un pantin, ça saute aux yeux. S'il se prête au jeu, ce sera une catastrophe pour le pays, l'intérêt général n'étant qu'un slogan de campagne pour bon nombre de dirigeants du PS. Par contre, si Hollande montre du caractère, tient tête à son parti et bon la barre, alors l'espoir est permis.

  • Par Mani - 09/05/2012 - 10:46 - Signaler un abus "52% de votes pour le candidat socialiste"

    "52% de votes pour le candidat socialiste, c’est finalement très peu." C'est tellement peu que c'est encore moins : 51,62% !

  • Par sam84 - 09/05/2012 - 11:30 - Signaler un abus Flamby ne dirigera rien

    C'est le parti, qui a conclu un accord avec les verts et c'est avec M Aubry que Mélenchon veut faire un front anti FN ...Le petit notaire de province ira valser avec sa douce avec autorisation du parti

  • Par Petit Poucet - 09/05/2012 - 12:53 - Signaler un abus Flamby appellation AOC

    L'appellation Flamby commence a disparaitre depuis l'élection. Tenez bon et continuez a la diffuser !

  • Par Ann O'nymous - 09/05/2012 - 16:05 - Signaler un abus C'est vrai qu'après Sarkozy...

    il est souhaitable que le président cesse de diriger son parti.

  • Par Ogo - 09/05/2012 - 18:39 - Signaler un abus Faire l’expérience du

    Faire l’expérience du sarkozysme, c’était comme prendBenjamin Lancar, le patron des Jeunes populaires, l'aile jeunesse de l'UMP, a donné mardi soir sur France Culture, dans l'émission "Du grain à moudre", une définition non orthodoxe du sarkozysme. Il s'agissait de dresser un premier inventaire de ce qui restera de l'exercice du pouvoir du président sortant : "Des idées ? Une forme de pragmatisme ? Une façon de gouverner ?" "C'est cette conception du volontarisme. Je peux vous dire que les quelques fois où j'ai eu la chance d'être reçu dans son bureau… quand vous en sortez, vous n'êtes pas loin d'avoir pris un rail de coke. Vous êtes avec une surmotivation. C'est un homme qui vous dit ce qu'il va faire dans les semaines et les mois qui viennent et vous adhérez, parce qu'il y a une vision, un engagement très fort. C'était des expériences extraordinaires à chaque fois."re « un rail de coke » http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/05/09/motive-faire-lexperience-du-sarkozysme-cest-comme-prendre-un-rail-de-coke/#xtor=RSS-3208 Et comme le dit très justement Madeleine De Proust : "Le volontarisme c’est privilégier l’action à la réflexion. CQFD" HAHAHAHAHAHAHA.....

  • Par bobocleaner - 09/05/2012 - 18:57 - Signaler un abus Bingo !

    cet article gagne la palme de la question le plus stupide , un appartachik depuis 30 ans d'un parti politique qui en a été le secrétaire national et en réve la nuit peut il s'en affranchir ? le pape est il catholique ? voila la prochaine passionnante question du genre ....

  • Par ZOEDUBATO - 09/05/2012 - 19:33 - Signaler un abus Non il reste un chef de clan

    Sans aucun soutien populaire, tout son programme favorise son clan qui veut vivre et s'enrichir du travail des autres A titre d'exemple sa 1ère mesure à l'Education clanique socialiste : est de supprimer l'évaluation des enseignants car Cette mesure remettait les citoyens au coeur de la vie publique ce qui n'était pas admissible pour les corps intermédiaires qui avaient usurper ce pouvoir Elle rétablissait l'égalité des chances des enfants en supprimant l'égalitarisme qui a fait tant de dégâts Elle privilégiait la compétence sur l'appartenance au clan (à titre indicatif des enseignants en gèographie embauché par le pouvoir socialiste précédent ont rédigé et mis en place publique des panneaux d'informations situant une ville du BUGEY en plein Massif Central et ces panneaux existent toujours) L'intérêt du clan passe avant l'intérêt général

  • Par ciceron - 09/05/2012 - 22:39 - Signaler un abus Un article çà ?

    Avec de pareils commentateurs ? Même pas la peine de lire....... Ah au fait, le troussage de domestiques se porte bien ?

  • Par oliveur0005 - 10/05/2012 - 03:34 - Signaler un abus un président élue par défaut?

    Les Français ont donc élu le 6 mai dernier un nouveau président. Mais peut-il faire une autre politique que celle de Nicolas Sarkozy compte tenu des menaces que les spéculateurs font peser sur la dette française ? Il devra donc au bout du compte faire la même politique d’austérité que Nicolas Sarkozy et en termes de pouvoir d’achat , d’emploi il ne pourra pas faire grand chose… Et en Europe, le socialiste François Hollande ne pèsera de toute façon pas grand-chose face à Angela Merkel et à tous les gouvernements de droite qui l’appuient

  • Par pifou76 - 10/05/2012 - 08:47 - Signaler un abus Censure

    ça commence bien ! Pierre Salviac viré de RTL pour avoir OSE envoyer un tweet ou il disait "chères consoeurs, baisez utile et vous serez 1ère dame de France !". Ca n'a pas plus à qui vous devinez ! Pourtant Sarko et Carla en on prit des bien pires !!!

  • Par bacal - 10/05/2012 - 09:33 - Signaler un abus Audrey Pulvar

    Qu'est-ce qu'elle a affaire ici cette "madone" des plateaux télé ? Est-ce en raison de ses qualités professionnelles ou de celles qui lui valent d'être la maitresse de "Monte-Boure" ? Nous pourrions en faire l'économie et lui réserver les colonnes de Médiapart, ou de Libé.

  • Par bacal - 10/05/2012 - 09:38 - Signaler un abus Jean-François Kahn

    Et celui-ci qui se prend pour le Pique de la Mirandole du commentaire politique ! Dire qu'il a été soutien du traître Bayrou ! Braillard avec sa voix de fausset, on peut aussi le dégager. Trois commentateurs de gauche et extrême gauche pour un pauvre isolé de droite, le combat n'est pas loyal: vous auriez pu inviter Laurent Geofrin (?) du NO, Serge Moati et Yves Calvi à la rescousse pour rétablir l'équilibre.

  • Par ACL - 10/05/2012 - 15:04 - Signaler un abus Les frères Kahn

    Ils délirent, mais ça fait vendre.

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Audrey Pulvar, Maurice Ulrich, Jean-François Kahn, Guillaume Roquette

Audrey Pulvar est journaliste. Elle présente le 6-7h de France Inter et est chroniqueuse pour l'émission On n'est pas couchés.

Maurice Ulrich est journaliste et éditorialiste politique pour le quotidien L'Humanité.

Jean-François Kahn est un journaliste et essayiste. Il a été le créateur et directeur de l'hebdomadaire Marianne.

Guillaume Roquette est journaliste. Il est Directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Valeurs actuelles.

 

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