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François Hollande, le président normal qui ne devait pas dresser les Français les uns contre les autres : petit bilan d'une promesse

Le 2 mai 2012, pendant le débat d'entre-deux-tours de la présidentielle, François Hollande tacle Nicolas Sarkozy : "Je vous ai mis devant ce qu'a été votre responsabilité de président, (...) les Français ont été opposés, systématiquement, les uns par rapport aux autres, divisés et donc je veux les réunir." A 14 mois de la fin de son quinquennat, François Hollande est loin d'avoir tenu cette promesse.

Agitateur depuis 2012

Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
François Hollande, le président normal qui ne devait pas dresser les Français les uns contre les autres : petit bilan d'une promesse

Atlantico : Lors du débat de l'entre-deux-tours de la présidentielle de 2012, François Hollande lançait à Nicolas Sarkozy : "Pendant trop d'années, les Français ont été opposés, systématiquement, les uns par rapport aux autres, divisés... et donc je veux les réunir, car je considère que c'est de toutes les forces de la France dont nous avons besoin. C'est ainsi que reviendra la confiance." N'a-t-il pas raté son pari ? N'a-t-il pas tout autant, voire plus, divisé les Français que Nicolas Sarkozy ?

Pierre Bréchon : François Hollande n'a pas réussi à unifier les Français. Cela dit, cette phrase est prononcée dans un contexte bien particulier. Il s'agit en l'occurrence du débat d'entre-deux-tours. A quelques jours d'un second tour d'une élection présidentielle, chacun des deux candidats tiennent de ce point de vue le même message. Ils affirment tous les deux être là pour rassembler tous les Français. Ils critiquent en ce sens l'autre candidat, ce qui ne veut pas dire qu'ils feront l'exact opposé. Au fond un Président dans la Vème République a beaucoup de pouvoir. Il est donc impossible de faire une politique qui contente tout le monde et unisse ainsi tous les citoyens. En l'occurrence c'est un projet impossible. Nicolas Sarkozy avait divisé durant sa présidence. François Hollande, sans surprise, divise lui aussi. Il était inévitable qu'il en soit autrement pour l'un comme pour l'autre.

Nicolas Sarkozy et François Hollande divisent et ont divisé tous les deux sur les mesures qu'ils ont pu prendre. En revanche, ils ont une personnalité différente. L'image du président actuel est plus courtoise et sereine alors que Nicolas Sarkozy aimait être clivant. Sur ce point, comme l'ont relevé plusieurs journalistes, l'ancien chef de l'Etat ressemble davantage à Manuel Valls qu'à François Hollande.

Erwan Lestrohan : Oui mais à la différence de Nicolas Sarkozy qui a divisé sur la base de ses prises de position et de son discours, François Hollande l'a peut-être davantage fait sur la base d'un questionnement autour de sa compétence, notamment sur sa capacité à faire baisser le chômage. Sur le plan politique, on a tout d'abord une grande cassure au sein des Français au sujet du Mariage pour tous qui a été un marqueur très fort de séparation entre les pros et les antis mais aussi entre la gauche et la droite. Cette période a marqué une division entre les Français qui a été une cassure assez forte dans le quinquennat de François Hollande.

Mais il y a aussi une division importante du fait de la difficulté de François Hollande d'obtenir des résultats probants en termes de baisse du chômage mais aussi de relance de l'économie du pays. Cette donnée a entraîné le détachement des catégories populaires notamment et nourri de sérieux doutes sur ses compétences.

Comment François Hollande en est-il venu à diviser son propre camp tout autant que les Français (par quels choix ou non-choix) ?

Pierre Bréchon : François Hollande divise les Français et à l'intérieur même de son camp. Ce constat vaut aussi pour Nicolas Sarkozy qui a aussi par le passé divisé l'UMP au fil du mandat. Encore une fois, compte tenu de la fonction présidentielle, ce constat semble inévitable. Jusqu'à présent en France, les présidents ont toujours été l'un des candidats des deux grands partis de la Vème République. A partir du moment où l'on a des grands partis de gouvernement, à l'intérieur de ces deux grands pôles il y a forcément pas mal de division. Cette division chez le PS ou à l'UMP, dorénavant LR, est structurel. Dans chacun des deux grands camps, il y a des courants différents voire opposés. Il ne peut pas en être autrement. Par ailleurs, au cours d'un mandat présidentiel, il est normal d'assister au sein même de sa majorité à une structuration progressive des mécontents qui sont donc plus visibles et plus enclins à sanctionner le pouvoir et les mesures prises.      

Si l'on prend le quinquennat de Hollande, plusieurs débats ont divisé les Français, ainsi qu'au sein de la gauche – y compris modérée. Autant le Mariage pour tous a fait relativement consensus à l'intérieur gauche, autant la politique économique a pu diviser la majorité. Cette dernière n'est pas dans son application celle que la candidat François Hollande avait annoncée lors de la campagne en 2012. La gauche a pu avoir le sentiment, que beaucoup de mesures libérales ont été prises et peu de décisions sociales. La politique sécuritaire menée ces derniers mois par le président et son gouvernement, notamment avec la déchéance de nationalité, a pu renforcé ce sentiment car certaines mesures ou annonces étaient très clivantes pour la gauche.

En ce qui concerne les "non choix", François Hollande a pu aussi diviser la gauche et les Français. C'est le cas par exemple, si l'on regarde son programme de 2012, de son projet de grande réforme fiscale. Or cette dernière n'a jamais été effectivement menée.

Erwan Lestrohan : Les grands moments qu'on observe dans la popularité de François Hollande, c'est déjà le recul de l'intérêt pour le président des sympathisants du Modem. Ce phénomène se produit dès l'élection. Quand un candidat socialiste est investi pour concurrencer François Bayrou aux législatives en juin 2012, on remarque une première cassure avec les électeurs du Modem qui avait soutenu François Hollande pour la présidentielle. Le retocage de la taxe à 75% pour les hauts revenus par le Conseil constitutionnel en fin d'année 2012, tout comme l'enlisement du débat sur le Mariage pour tous, ont marqué le divorce avec la partie des sympathisants de la droite qui pouvait tout de même avoir une opinion pas trop négative de François Hollande. Donc la cassure avec la droite se réalise assez vite sur fond donc d'absence de main tendue au Modem, de couacs sur la taxation des hauts revenus et d'enlisement sur le débat du Mariage pour tous.    

La division au sein de la gauche est plus progressive. La première rupture, elle assez rapide, intervient avec la gauche du PS. Elle a pour fondement le pacte de responsabilité et se prolonge tout au long du virage "libéral" de François Hollande et des mesures, sinon d'austérité, de rigueur qui ont été menées. Ensuite, il y a une autre étape qui est la scission avec EELV marquée par le départ de Cécile Duflot du gouvernement. Enfin, on a une rupture au sein même du PS avec en point d'orgue le départ d'Arnaud Montebourg et de Benoit Hamon du gouvernement qui témoigne de l'existence de deux lignes au sein même du parti. François Hollande a donc dès novembre 2014 une marge de manœuvre très réduite. A ce moment-là, la cote du président de la République est au plus bas.

François Hollande a réussi à retrouver une forme de légitimité présidentielle après  les attentats de janvier et de novembre 2015. S'il n'a pas convaincu quant à sa compétence, il a montré qu'il avait le charisme d'un chef d'Etat, d'où une hausse de sa cote de popularité qui avait atteint un plancher à la mi-mandat. Pour autant, il n'a pas élargi sa base électorale car il n'a pas donné de gages concrets de réassurance que ce soit aux dissidents du PS, aux sympathisants des Verts ou encore aux électeurs de la gauche du Parti socialiste.          

 
Commentaires

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  • Par Borgowrio - 27/02/2016 - 09:45 - Signaler un abus Inéluctable opposition

    De toute façon , impossible de réformer efficacement ce pays sans opposer public et privé . Leurs intérêts sont antagonistes . Même les fonctionnaires devraient comprendre que l'augmentation de la charge publique la plus forte de l'OCDE ( Nous avons devancé le Danemark )ne pourra pas continuer. Il faudra s'opposer aux syndicats,aux statuts , aux effectifs pléthoriques de la sphère publique . Hollande en favorisant encore plus les avantages du public , ponctionne encore plus les producteurs de richesse , la base de l'économie . Intenable

  • Par zouk - 27/02/2016 - 11:50 - Signaler un abus Sarkozy puis Hollande

    Certes Sarkozy a divisé plus par un langage souvent fracassant sur le problèmes internes, et déçu une grande partie de la droite pour n'avoir pas tenu nombre de ses promesses, mais son rôle dans la politique étrangère a été important,tant sur l'union européenne que sur la Géorgie. Hollande nous a divisés par son incompétence multipliée par un langage le plus souvent équivoque, il a désormais pour adversaires toute la droite, malheureusement trop divisée, et une bonne partie de la gauche, et même du PS. Le mieux pour nous, et pour les chroniqueurs de tout bord serait d'arrêter tous ces commentaires, vides finalement.

  • Par vangog - 27/02/2016 - 12:35 - Signaler un abus Ah, s'il n'y avait que le chômage...

    peut-être les Français pardonneraient-ils à gras-bide...mais il y a aussi l'explosion du communautarisme, la perversion des valeurs, la corruption des gauchistes, la défaite de l’éducation, de la Justice, la propagande médiatique digne des idéologies d'avant-mur, le capitalisme de connivence, la mort programmée de l'agriculture, la culture des dettes...j'en oublie?

  • Par Mike Desmots - 27/02/2016 - 12:42 - Signaler un abus M.P.Bréchon fait 'il parti du service aprés vente du PS...?

    C'est loin d'être clair, ses explications ..il parle comme le chauffeur de la voiture balais du tour de France ..qui s'excuserait que les leaders ..ne sont pas toujours ceux ...que l'on a choisi.....!

  • Par michoulacolere - 27/02/2016 - 14:40 - Signaler un abus Le jour où la France a fait faillite

    Je recommande à chacun de lire ce livre saisissant (paru en 2006) , et qui vous donne une petite idée dont les VRAIES réformes se réaliseront aux forceps , avec Madame Lagarde qui tiendra le couteau ( N.d.l.r.)

  • Par Liberdom - 27/02/2016 - 14:56 - Signaler un abus Toujours des excuses

    L'érudition des patapolitologues de Science Po est consternante; Seul leur maniement de la novlangue est vraiment professionnel. Ainsi parler du virage libéral du présigland est ahurissant dans un pays communiste où les commerces pourront ouvrir 5 dimanche de plus par an et où on autorisera des dessertes d'autobus privées entre des villes.... Mais il faut bien trouver des excuses à l’échec absolu dans tous les domaines de ce personnage honni.

  • Par Kaliste - 27/02/2016 - 15:37 - Signaler un abus Destruction du mariage et affaiblissement des familles

    Ce Président a tout fait pour diviser les français et ce dès 2012 où il a traité par le mépris et l'arrogance les foules innombrables des manif pour tous.

  • Par kaprate - 27/02/2016 - 17:53 - Signaler un abus Un utile révélateur...

    Hollande n'a pas été bon à grand chose pour la France, nous sommes nombreux à le penser. Pourtant sa personnalité fuyante, dans laquelle, parmi d'autres qualités, le double langage, le mensonge, la trahison, le "goujadisme" et le petit calcul politicien dominent, se révélera probablement avoir été finalement très utile à la France en lui servant de révélateur. Après son passage, les idéologies dangereuses notamment à gauche, les inégalités entre le public et le privé, la faiblesse des instances de sécurité, les clivages au cœur de partis politiques qui n'ont plus de réelle légitimité, l'impuissance et l'apragmatisme pathologique de la plupart des professionnels de la politiques, le gouffre entre les dirigeants et les citoyens, l'effondrement de l'éducation, de la justice, de la grandeur de la France, la gestion désastreuse des finances publiques, les mensonges d'Etat pour tenter de maintenir endormie l'opinion avec l'aide des principaux médias, ont été comme jamais révélés. Et à partir de ce constat qui ne peut plus échapper à grand monde, nous pouvons peut-être espérer un réveil de notre pays, et de la société civile d'abord. Pour cela, nous pouvons le remercier.

  • Par Geolion - 27/02/2016 - 18:23 - Signaler un abus Sur des chimères !

    Hollande a été élu sur des mensonges et des chimères ! Et il le sait ! Seulement, il n'a pas prévu que ces chimères l'amèneraient aussi loin sur la route de l'infamie !!

  • Par Jean-Benoist - 27/02/2016 - 18:33 - Signaler un abus Le plus clivant fut

    Hollande...mariage gay, medecins, avocats, taxis, enseignants, parents,.....incompétence et mepris envers les eleveurs, les sans dents, mais se peoccupe lus des clandestins que dew travailleurs pauvres ou chômeurs. Sarko a entamé des reformes pour relever le pays retraite, autonomie des universités, absentéisme scolaire, justice, bourses au merite, fonctionnaires etc...mais fut empêché a cause de la crise de 2008 et des oppositions dans son propre camp par certains énarques. Le general de gaulle fut rappelé alors pourquoi pas Sarkozy? Mais une certaine presse ne se résout pas a admettre le desastre de hollande

  • Par padam - 27/02/2016 - 19:21 - Signaler un abus un grand rassembleur!

    Messieurs les "politologues", commentateurs patentés et zélés du quinquennat en cours, votre champion, l'inénarrable Hollande non seulement n'est effectivement pas clivant ni même diviseur, mais bien au contraire le plus grand rassembleur de la 5ème république, puisqu'il est parvenu à réunir la quasi totalité du peuple français, toutes tendances confondues, contre lui. Chapeau bas, Il fallait quand même le faire!...

  • Par vangog - 27/02/2016 - 20:27 - Signaler un abus La honte Hollande!

    Le pays qui inventa la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, s'est transformé en pays qui vénère les "droits de l'homo et du clandestin", grâce à Duschmoll, le President que le monde ne nous envie pas...dehors, l'anti-France!

  • Par mymi - 28/02/2016 - 09:20 - Signaler un abus Bravo Kaprate

    Excellente synthèse

  • Par genbea75018 - 28/02/2016 - 09:50 - Signaler un abus "F. Hollande, le président normal qui ne devait pas dresser les

    Français les uns contre les autres" - Il n'a fait que ça, à commencer dès le début de son mandat, avec le mariage pour tous. Il y avait bien d'autres sujets importants à faire passer en premier, c'est pour cette raison que nous sommes à la traîne pour trouver des solutions à des sujets essentiels. FH est plus que clivant, il est plus qu'anxiogène. Son mandat est une catastrophe, il est grand temps de s'en séparer.

  • Par Ganesha - 28/02/2016 - 09:51 - Signaler un abus Sarko

    Unanimité absolue contre Hollande ! Ce qui est plus surprenant, ce sont les quelques commentaires qui essaient, malgré tout, de venir ici défendre Sarko ! Diminuer le nombre des policiers, des infirmières, des enseignants : c'était vraiment ''très malin'' ? Renoncer à séparer les banques de dépôt et leur département ''spéculation boursière'', c'était une attitude courageuse en 2008 ?

  • Par Mike Desmots - 28/02/2016 - 11:55 - Signaler un abus Dommage qu'en France il n'y est pas de poste de vice-président..

    Normal 1er, aurait fait merveille dans ce rôle... , inaugurations des chrysanthèmes, cérémonies en tous genres, voyage tropicaux , célébrations d'anniversaires , sponsors de match de foot, commémorations et discours pour tout et n'importe quoi ...au final un vrai job de vice président .! .pendant que le Président lui gouverne....

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Pierre Bréchon

Pierre Bréchon est professeur émérite de science politique à l’IEP de Grenoble, chercheur au laboratoire PACTE, directeur honoraire de l’IEP de Grenoble, et auteur notamment de "Comportements et attitudes politiques", aux Presses universitaires Grenoble. Il a également dirigé l'ouvrage "Les élections présidentielles sous la Ve République" (Documentation française)

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Erwan Lestrohan

Erwan Lestrohan est directeur d'études à l'Institut BVA.

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