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Grand écart : entre ses promesses et la modernisation de la France, que choisira François Hollande ?

Élu sur le rejet de son adversaire plutôt que sur son programme, François Hollande va pourtant bien devoir le mettre en application, tant bien que mal. Le nouveau président pourra-t-il réformer la France et mettre en place les bases d'une gauche moderne et libérale ? Plusieurs voies s'offrent à lui.

La voie du milieu

Publié le - Mis à jour le 14 Mai 2012

La défaite de Nicolas Sarkozy s’explique sans doute par le désir d’alternance, après dix ans de domination de la droite et par l’impact de la crise de 2008. Elle exprime aussi, quoiqu’on en dise, un rejet par les Français des réformes menées depuis 2007. Il s’agit d’un rejet, classique en France au sein du « peuple de gauche », des politiques « libérales » du sarkozysme : réduction douce du nombre de fonctionnaires, refus des augmentations générales d’impôts, voire baisse de certains d’entre eux (la si décriée loi TEPA en 2007, détricotée ensuite).

Mais, plus profondément, la défaite révèle la déception que ces réformes n’aient pas été plus profondes. Face à la crise, beaucoup de Français étaient prêts, confusément, à des sacrifices qui ne sont pas venus. L’assistanat a pris le masque nouveau du RSA. Les universités sont devenues « autonomes » mais pas comme Harvard. Les « régimes spéciaux » le sont encore un peu. L’âge de la retraite a été élevé mais pas assez pour équilibrer le système. Le marché du travail est resté verrouillé par une réglementation tatillonne et une indemnisation généreuse du chômage. Aucune politique publique n’a été abandonnée, aucune privatisation menée alors qu’abondent les candidats, en commençant par des médias publics dont on a naïvement découvert la partialité pendant la campagne. Nicolas Sarkozy n’a pas été le Thatcher français.

Quant à François Hollande, il se trouve confronté à une double impasse. Le nouveau président peut être tenté d’appliquer un programme qu’il n’a pas eu à beaucoup défendre tant son élection tient, pour l’essentiel, au rejet de son prédécesseur. Le problème est que, si modeste soit-il par rapport aux grandes envolées de 1981 (rompre avec le capitalisme) ou 1997 (mise en place des 35 heures), ce programme est difficilement applicable. L’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire (20 à 40 € de plus par enfant pour une allocation qui pèse tout de même 1,5 Md €), l’accroissement immédiat du nombre de professeurs des écoles (en puisant dans la liste des recalés à l’examen…), la remise en question de la réforme des retraites, constituent de nouvelles dépenses publiques pour un Etat qui, chaque jour, emprunte 500 M € sur les marchés. La mise en œuvre d’une telle politique va à l’encontre des réformes structurelles attendues par ces mêmes marchés, qui risquent de sanctionner la France.

A l’inverse, on peut imaginer que le nouveau président refuse l’isolement du pays, le fameux « la Corrèze plutôt que le Zambèze » (expression du célèbre journaliste de Paris-Match, Raymond Cartier) qui poussa l’opinion française à souhaiter l’abandon de l’empire colonial dans les années 1950. Il se lancerait alors dans les réformes du marché du travail, dans les réductions de dépenses publiques, dans les politiques de libéralisation, de concurrence et d’innovation que listait, en 2008, le rapport Attali. Il ferait alors naître cette fameuse gauche moderne et libérale dont la France était jusqu’alors orpheline. Mais on ne voit guère sur quelle force François Hollande, si tant est qu’il ait lui-même l’ambition d’être un Blair ou un Schröder français, pourrait s’appuyer dans une telle entreprise. Sauf à imaginer que l’état-major de la CGT soit, en réalité, formé de théoriciens libéraux masquant leur agenda caché derrière un discours de gauche radicale, aucune des forces sociales qui l’ont porté à l’Elysée ne souhaite de telles réformes.

Reste une troisième voie, celle de l’immobilisme. Elle fut théorisée par un autre ancien président du conseil général de Corrèze, Henri Queuille, plusieurs fois ministre. Queuille, souvent cité par Jacques Chirac, rappelait que la politique ne consiste pas à résoudre les problèmes mais à faire taire ceux qui les posent. Et qu’aucun problème n’existe dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. Une maxime amusante mais une politique dangereuse dans un pays dont la situation financière est de plus en plus incertaine.

 
Commentaires

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  • Par cube - 11/05/2012 - 09:33 - Signaler un abus faute d'orthographe

    "si tant est qu’il EST lui-même l’ambition d’être un Blair ou un Schröder français, pourrait s’appuyer dans une telle entreprise" Ait et non pas est... merci

  • Par Alex de M. - 11/05/2012 - 09:59 - Signaler un abus @Cube : AVOIR l'ambition de !

    et non pas "être" son ambition ! (tout le monde ne s'appelle pas Bayrou !)

  • Par cube - 11/05/2012 - 10:25 - Signaler un abus @ Alex de M

    c'est exactement ce que je dis il y a une faute dans l'article qu'il serait bon de rectifier...

  • Par laurentso - 11/05/2012 - 10:29 - Signaler un abus C'est fou le nombre d'éditorialistes,

    d'économistes distingués et de grands penseurs pas du tout subjectifs qui nous expliquent depuis lundi que Hollande sera un grand Président de Gauche s'il fait un politique de Droite...

  • Par FLNQA46 - 11/05/2012 - 13:37 - Signaler un abus L'immobilisme est le plus probable

    Compte tenu du fait que Francois Hollande n'est pas un dangeureux gauchiste type 1981, le plus probable des scenarios est malheureusement le pire. A savoir qu'aucun des changements structurels necessaires ne soit fait pendant 5 ans et qu'Hollande se cantonne a donner du pouvoir d'achat a son electorat tout en essayant de donner l'impression de faire une gestion moderne (mariage homosexuel, vote des etrangers non communautaires, ...) et serieuse du pays. Pendant ce temps, les autres pays feront des reformes structurelles pour s'adapter au monde tel qu'il est. Et la France sera dans 5 ans encore plus en retard. D'ou la realisation d'un scenario moins probable mais certainement plus souhaitable pour ceux qui pensent que la France ne peut pas garder ce statu quo. Les marches attaquent la France forcant Hollande a laisser les renes a un gouvernement de technocrates qui fera les reformes douloureuses que meme Sarkozy n'a pas osees. Notre beau pays fonctionne par rupture et revolution. Sarko ne l'a pas fait. Elle va donc s'imposer a nous. A bon entendeur ...

  • Par Benvoyons - 11/05/2012 - 16:14 - Signaler un abus La problèmatique de Nain Pays Bas c'est avec qui qu'il fait quoi

    Sa vice présidente Elena Trierweiler? avec la CGT marxiste qui a la main mise sur les organismes de l’État ? Avec FO et CFDT qui sont homéo marxiste? Mais son programme est inapplicable et en plus incompatible avec les autres pays d'Europe. L’Allemagne même si cela lui coûte n'aura pas d'autre moyen que de revenir au DM ( la solution est déjà dans les cartons Allemand )et Nain Pays Bas devra choisir où transformer la France où revenir au Franc avec de toutes les manières transformer la France mais avec beaucoup plus de dureté et à marche forcée.

  • Par De France et de plus loin - 11/05/2012 - 19:57 - Signaler un abus Choisir? Le président

    Choisir? Le président français decide des petites choses, pas des grandes. Pourquoi pense t on qu on s emmerde à construire l Europe depuis 50 ans?

  • Par pir rescator - 11/05/2012 - 21:59 - Signaler un abus FAIRE DES REFORMES DE COMPLAISANCE

    on autorise le mariage homo une partie de l'électorat on autorise le droit de vote aux étrangers une autre partie on promet l'augmentation constante du smic sur la croissance la plus belle promesse de la connerie pas de croissance donc pas d'augmentation mais ca marche on critique les riches qui ont travaillés mais faut travailler pour etre pauvre sauf hollande lui il encaisse depuis 30 ans , il a fait quoi ? RIEN et surtout on critique SARKO et oust on devrait faire le plein quant à l'antisarko il va se transformer en PRO SARKO de masse et la revanche sera terrible ! quels choix il fera aucun il n'a pas le choix et se sera la faute à SARKO s'il croit qu'on est con il se trompe, il parle aux faibles mais les 49% il va en faire quoi des anes surement pas ils l'attendent.

  • Par Geolion - 12/05/2012 - 11:17 - Signaler un abus Une promesse à tenir par F.Hollande

    F.Hollande a déclaré que, président de la république, il ne s'entourerait pas de personnes ayant été condamnées, visant encore une fois et de façon voilée N.Sarkozy... J'espère donc que J.M.Ayrault, condamné à 6 mois de prison avec sursis en 1997, ne fera pas partie de son équipe gouvernementale, sans quoi ça serait un mensonge de plus !

  • Par castrofidel - 12/05/2012 - 12:48 - Signaler un abus Grand timide ce Lagane

    Un Grand Timide, ce Guillaume Lagane qui écrit : "L’assistanat a pris le masque nouveau du RSA. Les universités sont devenues « autonomes » mais pas comme Harvard. Les « régimes spéciaux » le sont encore un peu. L’âge de la retraite a été élevé mais pas assez pour équilibrer le système. Le marché du travail est resté verrouillé par une réglementation tatillonne et une indemnisation généreuse du chômage. Aucune politique publique n’a été abandonnée, aucune privatisation menée …" Ose mon grand : supprimer le SMig, les allocations chômage, monter l'âge de la retraite à 70 ans, supprimer le RSA, supprimer les CDI et même les CDD, contrat de travail à la journée pour en finir avec cette réglementation "tatillonne". Privatiser tout, en commençant par la Poste et les télévisions publiques. Lagane, personne ne t'a dit que tu étais sur Atlantico et que tu pouvais t'exprimer librement ?

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Guillaume Lagane

Guillaume Lagane est un haut fonctionnaire spécialiste des questions de défense.

Il est également maître de conférences à Science-Po Paris. 

Il est l'auteur de  Questions internationales en fiches (Ellipses, 2013 (deuxième édition)) et de Premiers pas en géopolitique (Ellipses, 2012).

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