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My name is Shakespeare, Nicholas Shakespeare

Avec Google, les auteurs de discours des hommes politiques ont tendance à devenir un poil flemmards. Il est temps qu’ils se remettent à lire des livres en papier.

Zone franche

Publié le

J’étais un peu embêté pour ma chronique d’aujourd’hui : je voulais écrire un truc sérieux sur François Hollande face à la presse, évidemment, mais le rédac chef d’Atlantico n’était pas très chaud :

― On a déjà au moins 25 papiers en chantier sur son discours. 26, ça va faire trop…
― Zut alors, je me faisais une fête…
― Bon OK, mais alors un sujet léger et rigolo. En tout cas, rien sur le chiffrage et les 0,5% de croissance qui ennuient tout le monde de toute manière…
― Et la réduction des dépenses publiques à 54% du PIB d’ici à 2017, c’est rigolo, non ?
― Non, c’est pas rigolo.

Du coup, j’ai cherché un peu (pas longtemps) et je suis tombé sur cet article du Guardian de Londres dans lequel on explique que François Hollande a fait son Frédéric Lefebvre en se prenant les pieds dans le tapis d’une citation de Shakespeare.

― Bof, c’était même pas dans le discours d’hier, c’est juste que ça a été repéré en retard…
― Et alors ? C’est rigolo et léger tout de même, tout le monde ne l’a pas déjà lu et ça parle de Hollande, ce qui est bon pour les clics, sans empiéter sur les questions de chiffrage…
― Hum, si tu y tiens. Mais n’oublie pas : il faut que ce soit marrant pour que les gens aient envie de le tweeter et de le facebooker. C’est vendredi, on a envie de décompresser…

Allons-y donc : les types qui écrivent les textes de François Hollande ― qui n'est qu'interprète mais pas auteur-compositeur comme Gérard Lenorman ―, se sont salement plantés en lui faisant conclure son discours de dimanche dernier au Bourget par une citation de William Shakespeare (mais oui, je vous en ai déjà parlé lundi, de ce discours-là).

« Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve », aurait ainsi affirmé le barde de Stratford un jour qu’il était en verve, ce qui signifie sans doute qu’il faut toujours commencer par fantasmer sérieusement sur un truc pour réussir à se le procurer ― ou quelque chose dans le genre…

Guérillero marxiste-léniniste du Sentier lumineux péruvien

D’abord, ça n’est pas complètement vrai parce qu’il y a plein de choses que l’on réussit par inadvertance et sans en avoir spécialement rêvé et qu’il y a même un autre William (Guillaume d’Orange 1626 – 1650) qui a dit exactement le contraire (« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ») et il n’était pas la moitié d’un imbécile non plus.

Mais surtout, le Shakespeare de « Hamlet » ne l’a jamais formulé, l’aphorisme Hollandais.

Non, en fait, c’est un autre Shakespeare, Nicholas de son prénom, romancier on ne peut plus contemporain de son état, qui le fait dire à un guérillero marxiste-léniniste du Sentier lumineux péruvien dans son roman « The vision of Elena Silves » et ça n’a strictement rien à voir avec la fin du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ou la modulation du quotient familial. Strictement rien.

C’est sûr, Raymond, euh, François Hollande n’est guère coupable, dans cette affaire. Et les responsables du pataquès sont plus sûrement les gagmen qui glanent sur le Web les citations qui rendent les politiques intelligents dans les réunions publiques. Mais force est de constater qu’ils n’ont pas fouiné bien longtemps pour celle-ci : dans le Guardian, on fait remarquer que son unique occurrence Google conduit à un site de profs d’anglais et que, si l’on fait un tout petit peu attention, on remarque qu’elle est attribuée à N. Shakespeare plutôt qu’à W. Shakespeare…

Bah tout ça n’est pas si grave puisque le Nicholas, en apprenant ça, s’est bien fendu la poire en expliquant que sa citation « pouvait parfaitement s’appliquer à n’importe quoi ». N’empêche, c’est Guéant qui doit bien se (Guy) Môquet, sur ce coup. Et en tout cas, la prochaine fois, je préempte le papier sérieux sur le meeting parce, comme disait Balzac, « Si tu n’arrives pas le premier à la cantine, il ne reste jamais de céleri rémoulade ». Jean-Christophe Balzac, bien entendu.

 
Commentaires

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  • Par Karamba - 27/01/2012 - 10:16 - Signaler un abus Pas saisi

    On nous a pourtant bassiné comme quoi Hollande, littéralement enfermé dans son boudoir; écrivait lui même ses discours en se foutant de Sarkozy illettré et de son Guaino corvéable. Donc Hollande écrit ses discours sauf quand il y a des erreurs dedans? Là effectivement il a un stagiaire qui a une connexion Internet. En même temps dans le principe ce n'est plus rédibitoir, près tout Houellebecq a bien eu le Goncourt en puisant dans Wikipedia...

  • Par Ravidelacreche - 27/01/2012 - 10:27 - Signaler un abus qu’ils se remettent à lire des livres en papier

    Savent-ils lire au moins? après correcteur d'orthographe il faut vous recycler en Professeur de littérature :o) Transcendance de Von Neumann L’erreur est humaine mais un véritable désastre ne peut être qu’informatique.

  • Par NicoleA - 27/01/2012 - 10:48 - Signaler un abus L'anecdote est très amusante

    L'anecdote est très amusante j'en conviens mais avant d'envoyer votre post, please, relisez -le : " rendent les politiques intelligent " C'est vrai ça arrive à tout le monde de faire des fautes mais bon ... quand on se moque des autres ... je n'ai même pas "fouiné bien longtemps" pour trouver votre tendon d'Achille à vous, qui n'est pas shakespearien, mais c'est bête quand même de prêter le flanc à un commentaire moqueur mais pas méchant ! Sans rancune ! Promis je ne tweete pas ni n'envoie ça sur les murs de facebook ! Blogamitiés !

  • Par Mani - 27/01/2012 - 10:48 - Signaler un abus De toute façon, la citation

    De toute façon, la citation c'est l'art de ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-mêmes. Et c'est Voltaire qui le dit, hein, alors vous voyez.

  • Par LaPetiteBete - 27/01/2012 - 12:17 - Signaler un abus Faudrait peut-etre lire le discours ...

    Il est nullement fait mention de W. ou William Shakespeare dans le discours de Hollande, seulement "Sharespeare" (source: )... donc il peut tres bien s'agir de Nicolas Shakespeare. Evidemment ce n'est pas le premier qui vient a l'esprit, mais c'est seulement du au manque d'erudition de l'auditeur et non a l'auteur qui ne commet aucune faute ici (a part un manque de precision peut-etre) ;-). Je surestime peut-etre mais on ne peut rien dire a partir du texte ...

  • Par JackB - 27/01/2012 - 13:37 - Signaler un abus On oublie tout....

    Twitter, FB, Myspace...on communique à tout va... ...et on oublie tout. Y compris Shakespeare. Et pire : Sartre et Montaigne. Et tous les autres. Vive les livres ! Merci pour cet article.

  • Par Dubitator - 27/01/2012 - 14:40 - Signaler un abus L'arroseur arrosé

    Il a l'air de quoi, l'énarque distingué pontifiant narquois, magistrat à la cour des comptes, lecteur du Monde depuis qu'il ne chipe plus Minute à ses parents, habitué à envoyer ses seconds couteaux se gausser d'un président bling-bling qui n'aime pas la Princesse de Clèves et qui lit des discours tout fait ?

  • Par le Gône - 27/01/2012 - 14:49 - Signaler un abus Vous allez voir...Hugues

    Vous finirez par voter "Sarko"..et non pour un imitateur de Mitterand puis de jeune slimfast qui qui se teint en brun...qui s'y voit déjà avec ainsi que sa "deuxieme dame du twite"..Moi le capitaine de pédalo plus on avnce dans le temps plus je sens qu'il prend l'eau de toutes parts..

  • Par Le gorille - 28/01/2012 - 04:20 - Signaler un abus Un peu dur votre article

    Dur à écrire à ce que je vois ! Rigolo ? Bon j'ai souri, mais pourriez-vous faire un petit mieux la prochaine fois ? Ceci dit, les citations... faut s'en méfier ! Des fois que votre interlocuteur les connaisse ! Merci Mani : vous m'avez réhabilité Voltaire que je vouais aux gémonies. Il est vrai que c'est le sort que je réserve à tous les philosophes modernes et "post" modernes, ces derniers surtout. J'en apprends, et heureusement, tous les jours.

  • Par zelectron - 28/01/2012 - 11:26 - Signaler un abus Hollande se déjuge constamment

    Les bonnes lectures de Hollande : "les dires d'un guérillero marxiste-léniniste du Sentier lumineux péruvien dans son roman « The vision of Elena Silves» édifiant

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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