Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 25 Juin 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

La France, Start-up Nation ? Pourquoi Emmanuel Macron se trompe dans son objectif comme dans son ambition

Avant de se rendre au salon VivaTech jeudi, Emmanuel Macron reçoit ce mercredi 23 mai les grands noms de la technologie mondiale à l'Elysée, à l'instar du patron de Facebook, Mark Zuckerberg. L'occasion de leur faire part de son projet de faire de la France une "Start-Up Nation".

Start-Up Nation

Publié le
La France, Start-up Nation ? Pourquoi Emmanuel Macron se trompe dans son objectif comme dans son ambition

 Crédit ludovic MARIN / POOL / AFP

Atlantico : Ce mercredi 23 mai, Emmanuel Macron recevra Mark Zuckerberg, patron de Facebook​, et qui sera, derrière la volonté d'une discussion "franche" sur les questions de confidentialité, l'occasion de reprendre le flambeau de la "start-up nation" souhaitée par le président. Pourtant, derrière ce projet pour la France la réalité de la situation semble bien différente. Avec une moyenne d'âge de la population active qui sera de 40.6 ans en 2022 (INSEE), le fait que seuls 35.1% des 25-64 ans avaient un diplôme du supérieur en 2017, et que l'économie digitale ne représente encore que 3.09% (OCDE 2016) des emplois en France, Emmanuel Macron n'est-il pas en train d'oublier une très large majorité des Français pour le projet qu'il souhaite pour le pays ?

Alexandre Delaigue : On peut être un peu partagé par rapport à cette idée de "start-up nation" et sur la focalisation sur les nouvelles technologies. D'un côté, l'aspect positif est qu'il s'agit d'un discours qui, quoi que l'on puisse penser de sa cohérence, dresse quelque chose qui est orienté vers l'avenir. Plus qu'un propos qui serait orienté vers le regret du passé, une forme d'idéalisation de la société française des années 50-60 avec des secteurs d'activité traditionnels, on est au moins sur une vision de l'avenir, beaucoup plus que sur une volonté de préservation du passé. On ne peut donc pas être totalement négatif sur cette perspective.

Maintenant, est ce que l'on peut réellement envisager une économie qui ressemble à cela ? Beaucoup de facteurs montrent que cela va être extrêmement difficile. Le premier est l’exemple de la start-up nation la plus citée, qui est Israël; dont on peut voir les aspects positifs avec le développement du secteur des technologies etc. Mais à côté de cela, on est malgré tout dans une économie extrêmement inégalitaire dans laquelle le secteur développe bien-sur certaines activités mais a aussi pour effet de ne pas bénéficier au reste de l'économie du pays. Donc on risque d'obtenir quelque chose d'assez inégalitaire, au mieux, avec quelques entreprises très performantes. Ou alors, ce que l'on risque aussi, ce serait de développer quelques petites start-up un peu subventionnées et simplement poussées par un gout pour la modernité, et puis au passage, on renonce à quelque chose qui serait beaucoup plus légitime qui serait de dire que l'évolution de l'économie française va consister à rester globalement comme elle est et que ce dont on a besoin serait de la maintenir en l'état et d'améliorer l'existant en se préoccupant par exemple du défi du vieillissement, ou de l'amélioration de la formation. Nous n'avons pas tant besoin de nouvelles technologies et d'entreprises avec des grandes fortunes qui se font sur des nouvelles technologies plus ou moins fumeuses, mais au contraire de bien faire fonctionner l'existant et d'améliorer son fonctionnement tout en s'appuyant sur des technologies qui en pratique peuvent très bien être inventées ailleurs. On n'a pas forcément besoin d'inventer nous même les technologies, on peut tout à fait les utiliser, bénéficier du fait que d'autres pays vont se développer, et se spécialiser dans l'économie mondiale avec nos propres caractéristiques plutôt que d'essayer de produire des caractéristiques qui ne sont pas celles que l'on peut avoir pour la société et l'économie française.  

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 23/05/2018 - 08:16 - Signaler un abus Maintenant, allez-y !

    Comme je sais que vous ne lisez pas les articles avant de les commenter, je vous ai copié deux phrases (bas de la page 2), que vous devriez lire absolument : ''De ce point de vue-là, les débats que l'on rencontre autour du revenu universel, de la garantie d'emploi, sont beaucoup plus propices à l'idée de traiter les questions d'avenir que la focalisation sur une économie de la haute technologie qui ne peut pas assurer l'emploi futur et qui n'a pas vocation à le faire. Ce n'est pas quelque chose de souhaitable sauf si nous voulons aboutir à une économie des 10% et des 90%, avec 10% qui gagnent énormément et les 90% qui n'arrivent pas à s'en sortir''. Maintenant, allez-y !

  • Par Ganesha - 23/05/2018 - 08:57 - Signaler un abus Asile politique au Panama ?

    La grande question, c'est : combien de temps reste-t-il à Emmanuel Macron avant de se fracasser sur le mur de la réalité ? D'ici un an, le niveau de chômage aura augmenté de façon dramatique, et la situation économique sera catastrophique ! Grève générale, révolution, ou simplement victoire électorale écrasante des partis de Marine Le Pen (et de Mélenchon ?) aux européennes ? Que fera Macron ? Dissoudre l'Assemblée Nationale, ou s'enfuir (avec un solide petit magot) demander l'asile politique au Panama ? Un aspect important de la question, sera l'évolution de la situation politique et économique en Italie...

  • Par Atlante13 - 23/05/2018 - 09:21 - Signaler un abus Il suffisait de lire le pedigree de l'auteur

    de cet article, Professeur d'Economie à l'Université de Lille. Découvrir que l'économie des entreprises des start-up était inégalitaire, quel exploit intellectuel! Horreur, il faut couper ces têtes qui dépassent, ces affreux capitalistes qui ne pensent qu'à s'enrichir! Ensuite asséner que nous n'avons besoin de rien d'autre, que tout va bien en France, il suffirait d'emprunter ou copier ce que les autres pays ont déjà inventé. Incroyable, rétablissons vite l'industrie des moines-copistes du Moyen-âge! Désolant article, l'auteur n'est qu'un bon exemple de ces enseignants socialistes, accessoirement franc-maçons (ça peut aider...), fonctionnaire dans l'âme et trouvant normal de se faire entretenir toute sa vie par les travailleurs et les impôts. On peut alors comprendre son obsession de l'égalitarisme, et sa nostalgie du passé. Out.

  • Par Ganesha - 23/05/2018 - 10:02 - Signaler un abus Panique chez les papys-Atlantico !

    Panique chez les papys-Atlantico, ''supporters du club Capitaliste libéral'', avec des arguments aussi judicieux et convaincants que s'ils soutenaient une équipe de football ! Il exact que la monnaie existe depuis des millénaires, et il y a très peu de chances pour qu'elle disparaisse ! Par contre, les actions et la Bourse sont des créations beaucoup plus récentes, et ce système a déjà connu beaucoup de vicissitudes... et même quelques monstrueuses catastrophes ! Quant à l'Assouplissement Quantitatif, qui réussit encore provisoirement à retarder le prochain méga-Krach ! Ce qu'il vous faudrait essayer d'intégrer, c'est que des notions innovantes sont en cours de mise en place : par exemple, le Revenu Universel, le plein emploi garanti pour tous, et la limitation des revenus et des patrimoines à un éventail de 1 à 20.

  • Par GP13 - 23/05/2018 - 10:29 - Signaler un abus Vive la RDA ?

    @Ganesha. Les notions innovantes en cours de mise en place, selon vous, ne ressemblent-elles pas à ce qui existait dans l'Allemagne de l'Est et dont la disparition a produit de nombreux nostalgiques ? Pourquoi cette utopie, en principe généreuse, n'a pas réussi et comment pourrait-elle réussir demain ?

  • Par Ganesha - 23/05/2018 - 11:06 - Signaler un abus GP 13, ''Point Honecker''

    Je reconnais que j'ai souvent la faiblesse de me laisser aller à un ''Point Godwin'' et de faire des comparaisons avec Adolf Hitler ! Mais, il est encore plus lamentable, stupide et grotesque d'essayer de nous faire croire que le prochain gouvernement italien risque de mettre en place une politique inspirée par Erich Honecker ! Essayez-donc de faire preuve de plus d'invention, d'imagination, de créativité : vous serez beaucoup plus convaincant !

  • Par vangog - 23/05/2018 - 11:44 - Signaler un abus L’égalitarisme et le nivellement (gauchiste) par le bas!

    Decidemment, avec ce type de professeur biberonné au très vieux lait marxiste, on n’en sort pas! Pour ces idéologues archaïques qui hantent nos facultés, l’excellence est le danger, car elle pourrait pousser les jeunes vers le haut, quelle horreur!... Non, Mr Delaigue! plutôt que partir de conclusions inegalitaristes à la Piketty, que vous érigez en dogme marxiste infranchissable, vous feriez mieux de partir de la réalité, et de faire le constat qu’un président qui a fait prendre un pont de PIB aux prélèvements obligatoires, en un an (excusez du peu...) ne fera jamais décoller la creativite d’une Nation, dont les nouvelles technologies- si elles émergent un jour de cloaque néo-marxiste, seront vampirisées par des Nations plus libres, moins dispendieuses, moins archaïques, moins corrompues par la grande finance internationaliste...

  • Par cloette - 23/05/2018 - 17:26 - Signaler un abus Start-up Nation

    No comment !

  • Par Atlante13 - 23/05/2018 - 19:20 - Signaler un abus Il semble

    qu'il y ait encore des personnes nostalgiques de l'ère stalinienne collectiviste, cette pensée grandiose de l'égalitarisme à tout crin, pour ne pas dire à coups de goulags.

  • Par alam - 23/05/2018 - 22:21 - Signaler un abus Désespérant

    M. Delaigue renie tout ce qui a fait de la France une nation qui compte : le goût de l 'effort avant tout et se sentir responsable de son destin. Il nous propose une société d ' assistanat dans laquelle on a abdiqué toute ambition pour profiter des miettes que nous laissent l ' hégémonisme américain.

  • Par gerint - 23/05/2018 - 23:10 - Signaler un abus Que Macron se foute son projet au cul

    Car il veut la mort de la Nation et le pouvoir pour ses amis et commanditaires. Mais bien sûr oui aux hautes technologies du moins celles dont nous avons grand besoin et la Santé par exemple en réclame et oui à un pays qui a autant conscience de ses racines et en même temps une capacité d’effwort et d’innova qu’Israel.

  • Par vangog - 24/05/2018 - 00:59 - Signaler un abus Macrouille s’est déjà pris une tôle par les 154 économistes

    allemands, qui ont déjà jeté son projet de budget européen commun et de mutualisation des dettes (Miam-miam, Goldmann-Sachs et Rothschild!), et il est en train de se prendre une autre tôle, avec sa start-up avortée...du grand-guignolesque Macron!

  • Par ajm - 24/05/2018 - 01:16 - Signaler un abus Tarte à la crème

    Le thème à la mode des start-up, c'est un peu l'occasion de dire n'importe quoi. Après tout, les grandes economies fonctionnent d'abord avec des entreprises souvent anciennes et solides financièrement, qui perfectionnent des technologies éprouvées, et ne réinventent pas la poudre tous les jours. On le voit bien avec les exportateurs Allemands, Japonais, Coréens, Suédois ou Suisses et même Français, par exemple dans le luxe. Tout miser sur une economie de micro structures capitalisant sur des algorithmes malins via internet, semble dangereux et pas si prometteur.

  • Par Carl Van Eduine - 24/05/2018 - 07:53 - Signaler un abus Déclinisme assumé

    La vie est belle : aux autres l'inventivité, à nous l'application. Comme ça, on restera égalitaire : au lieu d'avoir 10 % de riches, on aura 100 % de pauvres. Maintenant, c'est sûr, on va développer les "industries de main d'oeuvre", aux vieux que nous devenons massivement. Mais comment financer cette activité extraordinairement chère si on ne fait pas "en même temps" des profits quelque part ? Et comment croire que la santé, la chirurgie réparatrice vont se développer par miracle dans un pays qui s'est résigné à abandonner l'aventure économique d'ordre intellectuel, ou si vous préférez l'aventure intellectuelle d'ordre économique. Ce n'est pas un article de fond ici, c'est un article qui touche le fond du défaitisme intellectuel, économique et social. Le Rousseau de la II-ème Révolution Industrielle vient de naître ...

  • Par gerint - 24/05/2018 - 08:37 - Signaler un abus Sous Macron la France va continuer à s'engluer

    Plutôt que de vouloir s'appuyer sur quelques "start-up" en espérant qu'elles vont entraîner le pays entier (n'appartient pas aux GAFA qui veut), il vaut mieux lâcher du lest lest pour tous ceux qui veulent bosser dans la population générale, à tous ceux qui ont un savoir-faire solidement établi, sans que l'Etat veuille mettre son nez partout mêmes si certaines procédures ne paraissent pas catholiques à des énarques pourvu qu'elles fonctionnent sur le terrain à la satisfaction des acteurs directs, sans chercher à ponctionner à l'excès leurs bénéfices pour les laisser libres d'investir plus utilement pour la santé de leur activité et partant des gens qui travaillent avec eux, en se contentant de fixer des règles pour éviter des dérives inadmissibles et les activités carrément illégales. Je pense que quand on augmente la liberté d'un entrepreneur avide de réussite, ce qui est le propre d'une entreprise aussi modeste soit-elle, il va l'utiliser le plus souvent pour se perfectionner et pour répondre aux voeux de ses clients, et il sera meilleur que l'Etat pour motiver ses collaborateurs avec les efforts nécessaires pour garder ceux dont il a besoin.

  • Par vangog - 25/05/2018 - 02:37 - Signaler un abus @gerint un seul point sur un post de quatorze lignes...

    j’adore! On dirait un plan-séquence de Wells...bravo!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€