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La France, seul pays au monde à avoir encore la haine de l'argent

François Hauter explique, qu'en France, si le gain fascine, la bonne moralité ne tolère pas son étalage et son indécence. Extraits de "Le bonheur d'être français" (2/2).

Hypocrisie nationale

Publié le 12 août 2012
 
La haine de l’argent sert encore de catalyseur à des élites et à des intellectuels issus de la bourgeoisie.

La haine de l’argent sert encore de catalyseur à des élites et à des intellectuels issus de la bourgeoisie. Crédit Reuters

Chez nous, la réussite se cache, et les bénéfices sont décriés. C’est stupéfiant, car dans le reste du monde, sauf peut-être en Chine, le succès matériel est admiré, les milliardaires sont encensés, les patrons sont regardés comme des hommes remarquables et les autodidactes comme des héros. En France, rien de tout cela. Nous nous sommes retrouvés aux tréfonds de La Comédie humaine. L’argent est le personnage principal de ce drame : un habile mondain soustrait des fortunes à une vieille dame. Chez Mme Bettencourt, le personnel jase, enregistre les propos du gestionnaire de fortune, rapporte les cruautés de l’arriviste. Les masques tombent.

C’est à la fois Mme Verdurin au Jockey-Club et la chute de Lucien de Rubempré, en vieux beau crochu. Existe-t-il un autre pays que la France où un immense écrivain comme Honoré de Balzac peut construire toute son oeuvre en confrontant des caractères avec l’argent ? Il lance un personnage devant l’argent, et décrit merveilleusement le bruit que cela fait. La France se vautre dans cette histoire comme aujourd’hui l’Amérique le fait avec M. Strauss-Kahn se défendant contre une femme de ménage du Sofitel de New York. Les affaires Woerth et Bettencourt révèlent notre fascination malsaine pour l’appât du gain.

Contrairement à ce que prétend encore une vaste partie de la bourgeoisie de notre pays, l’argent s’affiche là comme une partie intégrante de notre caractère, de nos traditions, de notre littérature, de notre culture. Il torture les esprits. Moins on en parle, plus il devient obsessionnel. Cela transparaît dans le cinéma et le roman, où le « nouveau riche » est toujours ridiculisé, présenté comme un personnage pathétique, parce qu’il montre cet argent, cet importun qui excite en France des réactions irrationnelles. Car chez nous, on n’existe pas pour ce que l’on est ou ce que l’on offre, mais pour ce que l’on possède. La bonne moralité veut qu’on n’en fasse surtout pas étalage, car cela exciterait les bas instincts des autres, la rancœur des moins talentueux ou chanceux. « L’argent ! Ah, parler de cela toute la journée ! Les bulles, les traders, cela m’a coupé avec beaucoup de gens. Que l’on en ait, bien !

Mais ne penser qu’à cela, c’est épouvantable, cela fait partie des moeurs actuelles ! Cela me terrifie ! C’est d’un casse-pieds ! » s’indigne Charles, 82 ans, à Versailles. Sa réaction n’est pas simplement une question de génération ou de milieu social : la crise financière, les abus et les salaires des traders, ont renvoyé la France à ses habituels schémas de pensée. Les hommes politiques suivent. Sur l’argent, Nicolas Sarkozy écrivait six ans avant son élection, en 2007, dans son livre Libre : le succès « n’est pas ressenti ni accepté comme une valeur positive, au lieu de mobiliser la société au travers de ceux de ses membres qui ont réussi, on préfère l’exciter contre celui qui a plus que l’autre, sous-entendu parce qu’il a pris, volé ou arraché à d’autres ». Mais, après la crise financière, il déclare « fini » le capitalisme libéral. François Hollande en rajoute : il « n’aime pas les riches », déclare-t-il à la télévision. Selon lui, on est riche avec 4 000 euros de revenus mensuels.

Le paradoxe évidemment est que la dernière crise financière n’a pas vraiment fait souffrir les Français. Mais elle est un bon prétexte pour retourner aux vieilles habitudes, à la condamnation des « riches », source de tous les maux. On en revient à l’idéologie de 1981, à la mythologie politique de la gauche, « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase », comme le disait François Mitterrand. Réconcilier les Français avec la réussite et la liberté que procure l’argent semble impossible. Lorsque M. Sarkozy veut rendre plus saine, plus naturelle, la relation entre le travail et l’argent (le « travailler plus pour gagner plus ») et promouvoir une société du « mérite » dans laquelle « tout devient possible », et surtout la réussite matérielle, comme aux États-Unis, lorsque, également, il copine avec ceux qui se sont « faits à la force de leurs poignets » pour afficher une « rupture » avec l’« hypocrisie » du pouvoir vis-à-vis de l’argent, il se heurte de plein fouet, à Paris, à un mur invisible. La haine de l’argent, qui liait gaullistes et communistes dans l’après-guerre, sert encore de catalyseur à des élites et à des intellectuels issus de la bourgeoisie. La presse relaie cette indignation, elle s’enflamme, les polémiques sur le Fouquet’s et le yacht de Bolloré disent le rejet de la réussite ostentatoire. Dans le reste du pays, les idées de Nicolas Sarkozy passent mieux. Mais comme elles ne sont pas suivies d’effets, c’est-à-dire d’augmentations des revenus, la crise étant passée par là, le cake du « travailler plus pour gagner plus » finit à la poubelle.

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Extrait de "Le bonheur d'être français" aux éditions Fayard (9 mai 2012)

 


Commentaires

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  • Par bacal - 13/08/2012 - 21:40 - Signaler un abus Sud-Ouest

    Je vous invite à lire l'article paru la 11§08/2012 dans ce quotidien de M où vous verrez que ce qui est dit dans cet article est pure vérité: http://www.sudouest.fr/2012/08/11/au-cap-ferret-en-mehari-on-en-creve-tous-d-envie-792309-608.php

  • Par DEL - 13/08/2012 - 14:36 - Signaler un abus argent roi

    Que l'auteur le veuille ou non, l'univers de l'argent-roi c'est l'univers de la triche, de la magouille et du détournement, et ce ne sont pas les dernières aventures des traders banquiers et autres financiers sur les taux internationaux qui peuvent me contredire. Ceci étant dit, ce n'est pas l'argent que les gens haïssent, mais l'attitude de ceux qui en ont beaucoup, car ils se croient tout permis au nom de leur "réussite" financière, et ce n'est pas l'aventure de D.S.K. qui peut me contredire. De plus ces gens-là se veulent meilleurs médecins que les médecins, meilleurs ingénieurs que les ingénieurs, meilleurs profs que les profs, voire meilleurs balayeurs que les balayeurs, bref ils sont insupportables. Qu'ils apprennent donc que la réussite financière n'est pas la seule réussite qui existe au monde: après tout, une aide soignante qui contribue à sauver un malade par son dévouement est aussi en pleine réussite, professionnelle, cette fois. La différence? les média et ceux qui en orientent les décisions ne s'y intéressent pas car cela ne permet pas de ....gagner de l'argent.

  • Par jean-paul - 12/08/2012 - 23:55 - Signaler un abus le "cake"?

    j'ai bien aimé l'article, il vise bien le problème en france, but what the funk is this bs, "cake", vous savez bien qu'il EXISTE DEJA UN MOT FRANCAIS (GATEAU)?! mais non, il faut effacer le french devant l'english, car l'english est plus cool, funk france baby, funk it good and hard! je m'outrage complètement!!!

  • Par Duffy - 12/08/2012 - 22:30 - Signaler un abus La propriété c'est le vol

    Selon Proudhon, la propriété c'est le vol. Mais cette affirmation implicite dans tout discour de gauche depuis le 19èm siècle porte une contradiction: avant l'invention de la propriété privée, il ne eput y avoir de vol car tout est à tout le monde.
    La vérité observable c'est qu'avant la proriété privée, c'est la jungle qui règne: tout est au plus fort.
    Les gens de gauche se trompent en voulant abolir la propriété privée car ils donnent tout pouvoir économique au plus violents.
    Les gens de droite se trompent en voulant permttre l'enrichissement sans limite car ils provoquent la révolte des moins riches qui se sentent soumis aux richissimes.
    Tout est dans le symbole qui permet au riche de vivre (un peu) cachés et aux pauvres de croire que les richesses sont partagées.
    Vivre en société c'est toujours le compromis (sauf sous les Khmers Rouges).

  • Par Deckard - 12/08/2012 - 22:00 - Signaler un abus Oui, les pauvres haïssent les

    Oui, les pauvres haïssent les riches mais voudraient tous le devenir.

  • Par Rhytton - 12/08/2012 - 20:06 - Signaler un abus L'argent, c'est le diable!

    On oublie souvent que baîller la main devant la bouche sert à se prémunir d'une possession par quelconque démon malin qui voudrait entrer par là.
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    On oublie souvent que le droit canonique interdisait l'usure. La France étant la Fille Aînée de l'Église, il y a des réflexes qu'on ne perd pas même en claquant la porte en 1905!
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    On sait que l'argent est une commodité. Quiconque contrôle le flux d'une commodité est le maître du monde.
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    Les Français ont été marqué pas la Révolution, cette envie de rester libres et de ne jamais se soumettre à un tyran... comme l'Angleterre.
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    Suppression de l'usure sous Henri VIII, reserves fractionnaires légalisées par la charte de la Banque d'Angleterre en 1694: la Perfide Albion mérite son surnom et son présent calvaire.
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    On néglige à tort que l'Angleterre a affronté les USA de 1812 à 1815, pour gêner la France... En 1815, Waterloo n'est pas la défaite d'un seul homme, c'est la victoire d'un empire et de son idéologie financiariste.
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    Argent... Banques... La City... La Perfide Albion... Le diable...
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    La boucle est bouclée, mes chers compatriotes!
    .
    http://www.youtube.com/watch?v=6ept8YJcd-c

  • Par a340 - 12/08/2012 - 18:17 - Signaler un abus dernier pays

    La France n'aime pas la fortune, elle n'aime pas les gens qui réussissent, elle ne sait jamais passionné pour le monde de l'entreprise, elle n'aime pas les gens dynamiques elle préfère les mous,elle n'aime pas le risque, elle préfère l'attentisme la France a attrapé une maladie incurable en Mai 1968, la France va mourir et c'est bien comme ça.

  • Par ohlala - 12/08/2012 - 16:03 - Signaler un abus les français détestent l'argent facile

    l'argent que gagne un maçon ne choque personne, mais la rente de situation choque. Et c'est ainsi qu'est ressenti l'auto cooptage des grands patrons, ou des hauts fonctionnaires.
    mais surtout les français se fient aux apparences, l'argent est rarement là où on croit, l'éducation et le système D composent beaucoup de chose.

  • Par ntzsch - 12/08/2012 - 15:31 - Signaler un abus L'idée largement répandue par la lutte des classes

    que l'enrichissement ne peut se faire que par la spoliation... Je la trouve un peu bizarre, votre lutte des classes, M. Vinas Veritas, Vous avez dû lire Marx en diagonale ou sans doute pas du tout. La lutte des classes ne peut répandre aucune idée.

  • Par ntzsch - 12/08/2012 - 15:20 - Signaler un abus Les riches pourraient se passer des pauvres très facilement.

    Cela m'étonnerait. Je ne les vois pas prendre la pelle et la brouette.

  • Par ntzsch - 12/08/2012 - 15:16 - Signaler un abus La haine de l'argent

    Ne pas vouloir mettre l'argent au-dessus de toute chose n'est pas haïr l'argent, c'est seulement le garder à sa place.
    Les choses les plus précieuses ne s'achétent pas.

  • Par CN13 - 12/08/2012 - 14:11 - Signaler un abus Ah ! les 35h les ont empêché(e)s...

    de s'enrichir en travaillant beaucoup plus que leurs parents ou grands-parents qui ont commencé avec rien et qui sont devenus des grands groupes, chefs d'entreprises...
    Mais voilà, depuis une bonne trentaine d'années, et des allocations à gogo distribuées en veux-tu, en voilà, la société a créé plus d'assisté(e)s que de créateurs d'entreprises.
    On devrait leur dire : Faites comme vos parents ou vos grands-parents qui, eux, se levaient à 5h du matin pour aller au charbon et, sans se plaindre, en plus.
    Mais ils comptent sur Hollande pour les assister encore plus... avec l'argent des autres.

  • Par phidias - 12/08/2012 - 13:30 - Signaler un abus Logique...

    Les pauvres ont besoin des riches, alors que les riches pourraient se passer des pauvres très facilement.
    A partir de là comment voulez-vous qu'il n'y ait ni rancœur, ni haine ni un quelconque ressentiment de la part des frustrés de l'argent ?
    De tous les riches que je connais, aucun ne veut devenir pauvre.
    Tous les pauvres que je connais ne rêvent que d'une chose : devenir riches.
    S'ils restent pauvres c'est que quelque part ils n'ont pas eu ni l'intelligence, ni la volonté de devenir riches.
    Il faut comprendre leur désillusion et leur amertume...

  • Par laraboisse - 12/08/2012 - 12:46 - Signaler un abus N importe quoi

    Quel empilage de niaiseries et de contre vérités ! Viens chez moi à la campagne et tu vas voir si les idées de Sarkozy passent mieux qu à Paris !

  • Par Vinas Veritas - 12/08/2012 - 11:22 - Signaler un abus riche et coupable

    L'idée largement répandue par la lutte des classe que l'enrichissement ne peut se faire que par la spoliation a grandement contribué à cet état de fait bien Français.
    La révolution de 1789 a aboli les privilèges de la noblesse qui comptait aussi la majorité de le richesse mais cette noblesse qui a perdu ses privilèges avait conservé la majeure partie de ses propriétés. ce n'est que le 20e siècle de l'industrialisation qui a déplacé la richesse vers la classe bourgeoise entrepreneuriale à partir d'une nation rurale et agricole. les mentalités sont bien plus longues à évoluer d'autant plus que notre occupation de 1940 à 45 avec la collaboration, l'appropriation et le marché noir n'ont pas arrangé la compréhension. Maintenant que l'économie souterraine et ses trafics en tout genre créé des richesses indues, la perception d'une richesse bien acquise chez les Français s'éloigne de plus en plus dans un climat de défiance prononcée au plus haut stade de l'état.

  • Par Ravidelacreche - 12/08/2012 - 11:09 - Signaler un abus La haine de l’argent, qui liait gaullistes et communistes

    Je ne l'avais pas vu venir celle la !

  • Par fgaman - 12/08/2012 - 10:40 - Signaler un abus Pas besoin d'écrire un livre

    Pas besoin d'écrire un livre pour comprendre qu"un riche qui secoue ses billets devant les pauvres ou même les classes moyennes, c'est indécent !!!

  • Par LECANDIDE - 12/08/2012 - 10:20 - Signaler un abus Une précision

    Ce q'aurait pu ajouter l'auteur de l'article c'est que quand M. Hollande expliquait qu'il n'aimait pas les riches, et que riche c'était plus de 4000 euros par mois, il en gagnait avec Ségolène plus de 20 000 par mois selon des calculs faits à l'époque.
    Et ce sans tenir compte des différents avantages de nos élus.
    A ce stade l'hypocrisie devient grandiose.

  • Par carredas - 12/08/2012 - 09:55 - Signaler un abus En France

    la réussite est suspecte et l'argent nécessairement gagné au détriment des "pauvres"
    Il serait temps de sortir de la lutte des classes qui encourage les conflits et les rapports de force pour passer au partenariat gagnant-gagnant qui caractérise les avancées sociales des pays scandinaves, mais ce n'est pas François Hollande et sa haine des riches ( dont il fait lui même partie ) qui va changer la donne...

François Hauter

Journaliste et écrivain, François Hauter est l'auteur du livre "Le bonheur d'être français" aux éditions Fayard.

Il a obtenu le prix Hachette et le prix Albert-Londres.

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