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La France peut-elle être entraînée dans la spirale d'un déclin économique européen ?

Selon un article du Guardian, le Royaume-Uni serait actuellement en plein déclin économique. Ceci serait dû à une production insuffisante pour relancer l'économie et à un défaut d'innovation. Qu'en est-il de la France ?

Tous dans le même sac ?

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La France peut-elle être entraînée dans la spirale d'un déclin économique européen ?

La France pourrait bien se retrouver entraînée dans la spirale d'un déclin économique européen. Crédit Reuters

Atlantico : Absence de stratégie productive et d'infrastructures, déficit d'innovation : une tribune publiée le 8 mars dans le Guardian accrédite l'idée d'un réel déclin économique britannique. Une idée qui n'est pas nouvelle mais la situation britannique est-elle aujourd'hui particulièrement préoccupante ? Quels indicateurs en attestent concrètement ?

Philippe Moreau Desfarges : Il est vrai que l'on remarque plusieurs signes préoccupants dans l'économie britannique. A long-terme, le handicap le plus grave est clairement, comme vous l'avez mentionné, son déficit d'infrastructures. L'autre problème de taille est évidemment la concentration des richesses et des activités sur la CIty, choix qui n'est pas aussi absurde que l'on peut souvent le décrire mais qui s'avére coûteux dans un contexte de crise économique. Le Royaume-Uni, quel qu'en soit son opinion, appartient à l'Europe de fait et son déclin vient s'inscrire dans le déclin général du Vieux Continent. 

Pierre-François Gouiffès : Il me semble important de regarder ce processus sur longue période.

Après un XIXème siècle exceptionnel dans tous les domaines (économique, militaire et diplomatique), le Royaume-Uni connaît tout au long du XXème siècle un déclin relatif quasi continu - notamment par rapport aux Etats-Unis, au Japon, à l’Allemagne et à la France - s’éloignant chaque jour un peu plus de son statut initial de « top dog ».

La situation change après les années Thatcher et jusqu’à la crise de 2008 : 3,2% de croissance annuelle de 1997 à 2007, grâce notamment à l’industrie financière (5% de la valeur ajoutée, 1 millions d’emplois, excédent extérieur supérieur à 1,6% du PIB en 2005).Il apparaît toutefois après coup que ce taux de croissance a été dopé par le déficit public, la hausse de l’immobilier et de la consommation alimentés par le crédit.

2009 est donc une année de choc brutal avec une baisse de PIB de 4% jamais compensée depuis. Les recettes des années 1990 sont mortes, et l’économie se trouvent dans une très grande difficulté marquée par deux tendances angoissantes citées par le Guardian : une « régression » économique liée à la baisse de la productivité, une incapacité à générer des excédents commerciaux quelle que soit la valeur de la monnaie.

Y'a t-il des points communs aux faiblesses britanniques françaises  ? L'Hexagone est-il aussi menacée de déclin ? 

Philippe Moreau Desfarges : Bien qu'ils aient optés pour des stratégies très différentes, la situation des deux pays est comparable, et ce de manière très nette sur au moins deux points :

Tout d'abord le déclin industriel, qui s'est opérée dès le début des années 60 en Grande-Bretagne (environ vingt ans avant la France, NDLR). Si vous analysez l'évolution de secteurs-témoins comme l'industrie anglaise et son équivalente française, on remarque que malgré des choix différents, la situation à l'arrivée est plus ou moins la même. Idem pour les défis à relever.

 Enfin le fait que le poids de l'Etat-providence pèse sur le potentiel économique. Contrairement aux idées reçues sur le libéralisme britannique, le pays a construit au fil du temps un welfare state substantiel qu'il a conservé aujourd'hui. Même Madame Thatcher,connue pour être prête à tout bouleverser, aura quitté le pouvoir sans avoir touché au fameux National Health Service. Comme en France, il s'agit d'un système de santé qui est un lourd facteur de charges économiques, donc de handicap relatif dans la compétition mondiale, la question des déficits publics devenant peu à peu un problème structurel. 

Il y a donc effectivement deux situations de déclin, mais la Grande-Bretagne a aussi fait des choix spécifiques. En optant pour une stratégie d'internationalisation des entreprises, le pays à certes perdu les champions nationaux qui nous sont si chers de ce côté de La Manche, mais a réussi a sauver des niches de l'économie. Aujourd'hui en 2013, il se trouve que le Royaume-Uni ne s'en sort pas merveilleusement, mais que sa situation est dans les faits meilleure que celle de la France.

Pierre-François Gouiffès : De 1890 à 1990 le taux de croissance français a été systématiquement supérieur à celui du Royaume-Uni, jusqu’à deux points de plus pendant les Trente glorieuses. La situation s’est inversée dans les années 1990 en faveur du Royaume-Uni mais sur des bases dont on peut désormais douter du caractère répliquable à l’avenir.

Mais aujourd’hui la France et le Royaume-Uni sont tous les deux dans des situations très difficiles, avec quelques points communs (contribution négative du commerce extérieur à la croissance, perte du AAA) –mais aussi des différences majeures, avec la participation de la France à la zone euro. La très délicate situation britannique prouve d’ailleurs que la récupération par la France de sa souveraineté monétaire - prônée par certains - semble loin d’être la baguette magique permettant de régler tous les problèmes économiques.

 
Commentaires

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  • Par brennec - 16/03/2013 - 10:47 - Signaler un abus fauxs problème

    A mon avis le problême est mal posé. Ce devrait être la france peut elle entrainer l'europe dans une spirale de déclin économique? La réponse est oui.

  • Par Gringo Nedromi - 16/03/2013 - 18:09 - Signaler un abus Quelle Galère!...

    Sortir de l'Europe, S'en prendre plein la gueule sur 3 ou 4 ans Reprendre notre destin en main (et notre monnaie aussi) Nous remettre au boulot Et nous nous en sortirons Rester dans l'Europe c'es mourir, à petit feu. Aucun avenir dans cette galère, même pas pour les pays du Nord, croyez moi.

  • Par Yves Montenay - 17/03/2013 - 14:52 - Signaler un abus L'avantage de parler anglais ne justifie pas n'importe quoi

    Philippe Moreau Desfarges évoquant l'avantage qu'a la Grande-Bretagne à parler anglais a raison sur ce point : la simple observation le confirme et le rapport Grin le chiffre à nombre de milliards de dollars rien que pour les rapports avec Bruxelles. Mais pourquoi rajoute-t-il que les Français refusent cet avantage ? Presque tous les responsables pour qui l'anglais est indispensable le possèdent bien, voire très bien, notamment chez les diplômés des grandes écoles depuis maintenant nombre d'années. Peut-être, comme beaucoup de personnes ayant une vie professionnelle internationale, confond-t-il SAVOIR parler anglais (ce qui est indispensable pour certains et utile pour tout le monde) et l'UTILISER quand ce n'est pas indispensable mettant ainsi beaucoup de Français en position d'infériorité et de frustration entraînant un gigantesque gâchis de compétences et de créativité. Voir mes innombrables analyses de cette question et notamment : http://lecercle.lesechos.fr/presidentielle-2012/221145764/suprematie-langlais-debat-oublie

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Philippe Moreau Defarges et Pierre-François Gouiffès

Philippe Moreau Defarges est chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI) et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. Spécialiste des questions internationales et de géopolitique, il est l'auteur de très nombreux livres dont Introduction à la géopolitique (Points, 2009) ou 25 Questions décisives : la guerre et la paix (Armand Colin, 2009).

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po Paris (histoire & économie politique). Il a notamment publié "Margaret Thatcher face aux mineurs" (Privat, 2007) et "réformes: mission impossible ?" (Documentation française, 2010). Il tient un blog sur pfgouiffes.net .

 

 

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