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Tic tac, tic tac... et s’il était temps pour la France et l’Europe de s’inquiéter de cette sortie de l’Euro que risque bien de produire le gouvernement italien

Alors que le nom du nouveau Président du Conseil italien - Giuseppe Conte - vient d'​être validé par le président, Sergio Mattarella, les premières consultations sont en cours afin de former un nouveau gouvernement, issu de l'accord entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles.

Italie

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Tic tac, tic tac... et s’il était temps pour la France et l’Europe de s’inquiéter de cette sortie de l’Euro que risque bien de produire le gouvernement italien

 Crédit Pixabay - Faumor

Alors que le nom du nouveau Président du Conseil italien - Giuseppe Conte - vient d'​être validé par le président, Sergio Mattarella, les premières consultations sont en cours afin de former un nouveau gouvernement, issu de l'accord entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles. Dans quelle mesure le programme dévoilé pourrait-il aboutir à une sortie de l'Italie de la zone euro ? Quels sont ces éléments qui pourraient provoquer l'étincelle ? Si cette éventualité n'est pas affichée comme un objectif, en quoi le conflit probable qui pourrait s'ouvrir entre Rome et Bruxelles pourrait-il n'être qu'un moyen "déguisé" de cet objectif ?

Christophe Bouillaud : Il convient de rappeler qu’une sortie de l’Italie de la zone Euro n’est pas dans les objectifs immédiats des deux partis qui soutiennent ce gouvernement en formation. Ils n’ont pas d’objectifs d’indépendance nationale au sens fort du terme, et ils ne veulent pas rétablir une monnaie nationale pour affirmer la souveraineté de l’Italie. Par contre, il est dit dans le contrat de gouvernement qu’ils ont établi entre eux, conformément à leurs discours respectifs depuis des années, qu’il faut revoir de fond en comble la manière même de concevoir et de gérer la zone Euro. La volonté de changement est clairement affichée. Ils veulent une rupture nette  au niveau italien d’abord, européen ensuite. C’est pour cette raison que les deux partis, mais surtout la Ligue, insistent encore ce soir pour que l’économiste Paolo Savona soit nommé à la tête du Ministère de l’économie. Ce dernier est présenté par la presse italienne et internationale comme un eurosceptique. C’est à mon sens plutôt inexact : il se trouve que cet économiste de plus de 80 ans, qui a participé au gouvernement Ciampi au début des années 1990, représente plutôt un repenti de l’Euro. Comme il a suivi toute l’affaire de l’unification monétaire européenne depuis les années 1970, en ayant même travaillé à la Banque d’Italie avant de devenir professeur d’Université, et qu’il est certes officiellement critique des critères de Maastricht depuis les années 1990, il représente plutôt la « statue du Commandeur » prêt à entraîner tous les pécheurs de la zone Euro dans l’enfer qu’ils méritent bien selon lui pour ne pas avoir vu les défauts de la construction monétaire dès le début. Paolo Savona, comme l’immense majorité des Italiens éduqués de sa génération qui a connu enfant la fin du fascisme, n’est nullement contre l’idée européenne, bien au contraire. Il est contre la manière de faire l’Euro et de le gérer. De ce fait, le Président Sergio Mattarella, qui n’ignore rien du personnage et qui lui ne veut rien regretter de ce qui a été fait par les dirigeants italiens depuis 1990, veut tout faire pour empêcher sa nomination. Je ne sais pas jusqu’à quel point la direction de la Ligue peut insister pour avoir cette personne – qui ne fait pas partie de l’histoire de la Ligue - à ce poste clé, mais cela pourrait déjà tout remettre en cause.

La première étincelle est donc purement symbolique. Les deux partis en coalition veulent afficher leur vision critique de la zone Euro actuelle à travers le choix de cet économiste. Les autres européens, en particulier les dirigeants allemands et les membres actuels de la Commission européenne, ne veulent surtout pas de ce choix, qui serait une façon pour les nouveaux dirigeants italiens de leur dire clairement qu’ils ont eu tout faux depuis des années.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 25/05/2018 - 09:05 - Signaler un abus Prévisions d'avenir !

    Nos deux auteurs se sont vus confier par Atlantico une mission bien ''périlleuse'' : prévoir l'avenir de l'action d'un gouvernement, avant même qu'il ne soit officiellement investi ! Ce qui serait ''hilarant'' serait de voir apparaître, comme ''bouée de sauvetage'', le retour d'un ''serpent monétaire''... formule proposée par Marine Le Pen, lors de son fameux débat ''si lamentablement raté'' ! Personnellement, ce qui va me passionner, c'est la mise en place du Revenu Universel.

  • Par Ganesha - 25/05/2018 - 09:33 - Signaler un abus Bravo les Italiens !

    Une question très intéressante a été soulevée hier, dans le débat sur un autre article au sujet de l'Italie : ''Un peuple peut-il se tromper ?''. Par routine intellectuelle, j'ai aussitôt pensé aux allemands qui ont élu Adolf Hitler en 1933. Mais, en fait, nous avons sous les yeux un autre exemple beaucoup plus proche : regardez le spectacle lamentable du peuple français, qui a élu successivement le gangster Sarko, l'andouille Hollande et le banquier Macron ! Nous sommes vraiment un peuple réduit au niveau de ''bétail d'abattoir'' par des médias crapuleux ! Bravo pour le courage et l'audace des italiens !

  • Par guy bernard - 25/05/2018 - 10:21 - Signaler un abus une situation profondément différente :

    Nous transposons nos problématiques au cas de l'italie alors que la situation est profondément différente : notre dette est détenue par des porteurs etrangers alors que la dette italienne est domestique (BCE + emprunteurs locaux) ils sont préteurs nets alors que nous sommes largement emprunteurs. par contre, la menace de déficits pèse sur les excédents de la zone euro, et c'est en cela qu'ils posent problèmes. Patrick Artus. http://lecercledeseconomistes.fr/litalie-declencher-crise-financiere-zone-euro/

  • Par vangog - 25/05/2018 - 10:31 - Signaler un abus L’UE doit se réformer, et vite!

    Il n’y a plus que les très vieux partis post-marxistes qui défendent cette construction bancale europeiste, qui menace de s’effondrer, après sortie de l’Allemagne, du Danemark...face au mur infranchissable des dette se sudistes, créés par l’incompetence gauchiste (sens large), les pays nordiques ont tout intérêt à se rassembler dans une nouvelle union, sans les boulets sudistes. L’intérêt de l’italie, lui, est de faire une relance Keynésienne, pour sauver son économie du démembrement europeiste, et puisque les dettes gauchistes n’ont servi à rien d’autre qu’a opposer sud et nord...Ces logiques s’affrontent et provoqueront, inéluctablemen, la partition de l’UEentre nordistes-cigales et sudistes-fourmis...

  • Par hermet - 25/05/2018 - 10:32 - Signaler un abus Enfin du spectacle !

    Super, le prochain acte c'est la nomination du ministre de l'économie, j'espère que la ligue va gagner sur ce point et le ton sera donné par M5S et la ligue, ensuite il faut attendre la réponse de la BCE c'est elle qui a les cartes en main, pour la fin ou non de la zone Euro en fonction de son attitude, avec Draghi pas trop de risque mais avec son successeur...C'est pour quand le changement de président de la BCE ??

  • Par kelenborn - 25/05/2018 - 14:05 - Signaler un abus Oh bon dieu

    Que cela fait du bien de lire des gens qui savent de quoi ils parlent!!! un seul exemple: voila des gens qui savent que l'Italie est la ...deuxième puissance industrielle d'Europe!! !!!Ils pourraient pas faire des heures sup? NB j'aime bien l'allusion aux lecteurs pointilleux d'Atlantico partisans de l'ordolibéralisme...Ah je ne sais lequel des deux a écrit ça mais au bac, il mettrait 20 à tout le monde tant il est...indulgent !

  • Par brennec - 25/05/2018 - 16:46 - Signaler un abus Haro sur l'euro

    "La focalisation sur les seules questions budgétaires" cette focalisation tient a la monnaie commune, avant qu'elle soit mise en oeuvre chaque pays pouvait avoir sa propre politique budgétaire. L'euro a été créé par ceux qui imaginaient que ce serait un engrenage qui mènerait au fédéralisme européen sans coup férir. Grosse erreur qui peut entrainer non seulement a la destruction de la zone euro mais a celle de l'europe tout court, quand on voit pointer la tentation de rétablir les droits de douane en cas de sortie de l'italie.

  • Par ajm - 25/05/2018 - 18:04 - Signaler un abus Euro et libre-échange

    Il n'avait pas de droits de douanes entre les nations de l'union européenne avant l'euro, on ne voit pas pourquoi il y en aurait après. Dans les années 70 et 80 il y avait des ajustements monétaires fréquents ( réévaluations du DM, dévaluations du FF, de la Lire etc..) dans un système de liberté des échanges. . Entre la GB , la Suisse et la zone euro, le libre-échange est toujours la règle. Par ailleurs, il y a les règles de l'OMC qui fixent un cadre libre-échangiste aux échanges internationaux.

  • Par vangog - 26/05/2018 - 03:53 - Signaler un abus @ajm que vous arrive-t-il?...

    Vous mutez?...

  • Par gerint - 26/05/2018 - 09:23 - Signaler un abus Bien des monnaies ont péri dans le passé

    Souvent dans la violence il est vrai mais pas systématiquement et sortir de l’Euro ne déclencherait pas la guerre. Il faudrait en payer le prix et commencer par confier cette sortie à des gens compétents mais même si cette sortie coûte des efforts importants pour quelques années, efforts qu’il faudrait en grande partie faire je pense même avec l’Euro qui nous a anesthésiés, moi je signe et je serre les dents le temps qu’il faut en remontant les bras de la chemise. Tant pis si je bosse jusqu’à 70 ans. La liberté n’à pas de prix et n’empêche pas de s’adapter aux changements du mond. Avant l’Euro et l’UE et depuis l’Antiquité bien des pays s’adaptaiwent très bien notamment par le commerce

  • Par winnie - 26/05/2018 - 10:27 - Signaler un abus Quelques petites reflexions sur l Europe.....

    je suis presentement en vacances au Portugal, habitant le sud de la France j ' ai pris mon vehicule. Frontiere Franco Espagnole pas de douaniers, meme pas appercu que j 'etais en Espagne. Frontiere Portugaise avec l Espagne : douane controle des camions et des auto extra europeenes! un exemple parmi tant d autres! En europe il y a ceux qui disent amen a tout et qui enplus font du zele et ceux qui prennent ce qui est bon et disent " nao " a ce qui ne les interresse pas!

  • Par Benvoyons - 26/05/2018 - 11:27 - Signaler un abus Tout peut être dit pour se faire plaisir pour alimenter le débat

    pour se faire peur pour faire croire que l'UE peut éclater ! Mais le seul constat viable est qu'aucun pays de l'UE ne peut faire cavalier seul. Car présenter l'Allemagne comme étant seul pour imposer une discipline économique viable est faux. C'est un ensemble de pays qui le veut ainsi & les Italiens ne peuvent faire sans eux. En effet si l'Italie relance seul & bien cela profitera plus à ceux qui sont solides économiquement & dont l'industrie est au top de son efficacité. L'Italie comme la France ne peuvent que faire des réformes de structures pour réduire la charge de l’État. Toutes relances sans ses éléments ne pourront qu'engendrer plus de richesse pour les pays qui sont déjà préparés.

  • Par ajm - 26/05/2018 - 12:42 - Signaler un abus Sortie de l'euro , les conditions.

    Vangog : non je n'ai pas muté . Dès le départ j'etais contre l'euro mais je considére que la sortie de l'euro est un processus à haut risque, très délicat dans l'exécution et le "timing" , la communication etc...Elle ne pourrait être réalisée sans trop de casse que par un gouvernement libéral ( en économie ) très compétent et sérieux. En France, le risque est que la sortie de l'euro soit au contraire le réceptacle et l'occasion de toutes les démagogies imaginables, refoulées ( partiellement) par les règles Européennes depuis longtemps.

  • Par vangog - 26/05/2018 - 12:58 - Signaler un abus @ajm je pense que l’Euro est possible...

    dans le cadre d’une coalition de Nations qui cöntrolent leurs frontières, qui se battent pour un patriotisme économique européen, et après une grosse grosse réforme des institutions europeistes. Le post de @winnie est très instructif. Avec les technocrates Bruxellois actuels, avec des Présidents laxistes et mondialistes comme Macrouille, avec les juges rouges et roses de la CJUE et CEDH, avec des commissaires sectaires comme Moguerrini, Mosco-le-vicieux...l’Euro va à sa perte avec fracas. La seule porte de sortie honorable (et pacifique) pour l’UE est l’Europe des Nations ENL!

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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