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France : les entreprises gagnent-elles trop ou pas assez ?

Les entreprises du Cac 40 ont gagné 94 milliards d’euros en 2017, pas loin des records de 2006 (97 milliards) et de 2007, avec 95 milliards, l’année de l’avant crise.

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Trop d’usure ? Non : de plus en plus ! En effet, l’usure actuelle n’est pas seulement physique, mais de plus en plus technologique. Le taux d’utilisation des capacités de production atteint 86,7% selon l’Insee, ce qui est un record, après des années à 80% et une moyenne à 83%. Ce taux implique plus de modernisations, de mises à jour et d’embauches plus qualifiées. A croissance un peu plus forte, il faut plus d’investissement matériel, qui suit avec peine, et immatériel, qui patine, d’autant que la France a sous-investi pendant des années.

Et le futur est plus gris encore. L’investissement des entreprises devrait continuer à croître plus vite que le PIB dans les années qui viennent, mais l’écart entre ces deux progressions va se réduire : 2,1% (2015), 2,5% (2016), 2,3% (2017), 2,2% (2018), 1% (2019) et 0,8% (2020). La moindre progression de l’investissement physique par rapport au PIB est très problématique, avec un taux de marge à peine à 31,7%, grâce au CICE. Avec ce taux, la France est toujours au-dessous de l’Allemagne, avec son taux de marge à 35-37%.

Un investissement en France qui ne permet pas de compenser l’usure technologique ? Oui, car les entreprises industrielles françaises sont moins nombreuses, moins grosses et moins rentables que leurs concurrentes allemandes, et leurs salaires horaires vont plus vite qu’elles ! En 2000, le salaire horaire allemand dans l’industrie est de 28,5 euros contre 24 en France, soit inférieur de 26%. L’écart actuel est de 17%, avec des salaires horaires allemands à 41,8 euro et français à 38,7. La France « rattrape » ! Quand on entend ici les demandes de hausses de salaires, parce que la reprise en cours vient butter sur les compétences disponibles et sur les équipements, on mesure le danger : celui d’un ralentissement économique, notamment à l’export, faute de marges, d’investissements sophistiqués et de main d’œuvre qualifiée – dans cet ordre.

Notre capital technique stagnera si les entreprises sont forcées de s’endetter pour l’augmenter, autrement dit pour investir en nouvelles technologies et embaucher des ingénieurs, codeurs et spécialistes plus chers. Les entreprises gagnent trop peu, notamment dans l’industrie, surtout les petites, dans la concurrence commerciale et technologique actuelle pour assez investir, former et embaucher. Un cercle vicieux démarre en France : l’insuffisance de profit d’hier fait la faiblesse de l’investissement aujourd’hui et demain, il fera la faiblesse de l’emploi de demain et d’après-demain. Il ne faut pas que les arbres du Cac 40 cachent la forêt.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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