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La France en plein divorce : ce que les électeurs voulaient, ce que les partis proposaient

Alors que tous les regards se tournent vers le duel PS-FN Dans le Doubs, un mouvement de fond est à l’œuvre en France : dans tous les courants politiques, les électeurs ne croient plus en l'offre du parti auquel ils avaient l'habitude de se rattacher. Il est temps de remettre les pendules à l'heure avant qu'il ne soit trop tard.

Un couple qui bat de l'aile

Publié le - Mis à jour le 13 Février 2015
La France en plein divorce : ce que les électeurs voulaient, ce que les partis proposaient

Les électeurs ne croient plus en l'offre du parti auquel ils avaient l'habitude de se rattacher. Crédit Reuters

Atlantico : Selon un sondage CSA pour Atlantico publié en novembre 2014, près de 30% de la population ne se sent représentée ni à gauche, ni à droite, ni au centre. Le vote FN est quant à lui souvent présenté plus comme un signe de protestation que de réelle adhésion. Quelle est la nature et l'ampleur de la déconnexion entre les partis et leur électorat traditionnel ?

Vincent Tiberj : Au-delà de ce seul résultat d’enquête, en remontant le temps on se rend compte que cette déconnexion est ancienne.

Ce type de question est posé dans le cadre d’enquêtes depuis les années 80, et on a toujours obtenu des taux similaires. Quand on demande aux sondés s’ils considèrent que les responsables se préoccupent d’eux, ils répondent à 80 % « peu » ou « pas du tout », et ce depuis le milieu des années 90. La crise est ancienne, et plutôt que de crise d’ailleurs, je parlerais d’une donnée constante de méfiance systémique à l’égard des responsables politiques. Plus largement, il s’agit d’une inadéquation entre un système représentatif de facto élitiste, et des citoyens qui sont capables de jouer un rôle beaucoup plus important dans la politique au quotidien. Pour résumer, au lieu de les intéresser au budget municipal, on se contente d’avoir leur avis sur les pots de fleur…

Parti communiste

Vincent Tiberj : Le Parti communiste est en crise depuis très longtemps, et il y a belle lurette qu’il n’est plus l’incarnation de la gauche de la gauche. Son problème réside dans son incapacité à se renouveler. Son électorat n’a pas disparu, il s’est transformé, quand le PC, lui, reste engoncé dans un état d’inertie idéologique. Plus globalement, à la gauche de la gauche, nous nous trouvons face à des organisations politiques qui restent sur des clivages idéologiques issus du passé communiste et trotskyste. N’oublions pas qu’en 2007, un tiers des gens qui votaient n’étaient pas en âge de le faire en 1988. Pour eux, le communisme, comme l’anticommunisme, ne sont pas des références idéologiques qui comptent.

Jean Garrigues : Le Parti communiste a commencé à perdre son statut de représentant de la classe ouvrière dans les années 70, paradoxalement à cause de François Mitterrand, qui a su conquérir une partie de cet électorat avec son programme commun. L'un des événements politiques les plus importants de ces 20 dernières années tient dans la translation d'une partie de l'électorat populaire (milieu ouvrier et secteur tertiaire) du PC vers le FN. La fonction protestataire exercée par le PC est aujourd'hui presque totalement confisquée par le FN, qui est devenu le premier parti des ouvriers. Quelques bastions communistes perdurent en banlieue parisienne, mais globalement c'est à un véritable transfert de population électorale que nous avons pu assister. C'est pourquoi le PC a tendance à se replier sur une base liée au monde des petits fonctionnaires salariés, qui bien souvent aussi sont liés à la CGT. L'attraction exercée par la figure tribunitienne de Jean-Luc Mélenchon, qui s'appuie sur des catégories intellectuelles qui se retrouvent dans une forme de gauche radicale mais pas dans le PC, a contribué à affaiblir le parti.

Parti de Gauche

Vincent Tiberj : Nous nous trouvons dans un étrange décalage entre d’un côté des logiques héritées du passé, et de l’autre un électorat qui attend autre chose. Lorsque Mélenchon se met à expliquer par exemple que la présence chinoise au Tibet ne pose pas de problème, c’est peut-être le cas dans une logique communiste, mais pas dans une logique post-communiste.

Le NPA et Parti de Gauche peuvent être mis dans le même panier. Le NPA a voulu aller au-delà des clivages idéologiques hérités du passé, sortir des schémas trotskystes pour englober l’ensemble de la gauche mouvementiste, mais de toute évidence cela n’a pas fonctionné.

L’lectorat de la gauche de la gauche est globalement le même que celui du PS, la seule variation se trouvant dans le degré d'exigence : plus d’Etat, plus de redistribution, plus d’égalité, plus de collectif… Autant les partis de la gauche de la gauche proclament ces principes, autant le PS s’en éloigne aujourd'hui. Quoi qu’on dise, dans la majorité des cas le PS représente pour les électeurs de la gauche de la gauche le vote du second tour. Cependant le PS d’aujourd’hui est plus proche du centre, voire de la droite, sur ces questions-là. La Loi Macron, la mise en place d’autocars, le Pacte de responsabilité, ce n’est pas vraiment ce qu’attend l’électorat de gauche.

Jean Garrigues : La Parti de Gauche n'a pas d'électorat traditionnel, contrairement au Parti communiste qui s'appuie sur une géographie de base liée aux "banlieues rouges", ainsi que sur des influences locales, au travers de "barons". Le Front de gauche s'est construit autour d'un homme, à partir d'une dissidence avec le PS. Jean-Luc Mélenchon a rallié à lui une partie du monde de l'éducation, de la culture, mais aussi de l'électorat communiste traditionnel salarié qui avait besoin d'un chef charismatique. Ce qui est sûr, c'est le Front de gauche ne peut pas prétendre incarner les classes populaires dont il se veut le porte-parole, car il est beaucoup trop minoritaire.

 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 08/02/2015 - 10:18 - Signaler un abus LE CATECHISME

    récité par un prof de science popo, aucun intérêt.

  • Par abracadarixelle - 08/02/2015 - 10:30 - Signaler un abus On peut donc....

    ..être spécialisé dans " le comportement électoral....( etc voir l'encadré de gauche) et être rémunéré à ce titre . ?. Les niches sont encore nombreuses et bien garnies de titulaires qui ne lâcheront pas leur os de sitôt !

  • Par ocean5 - 08/02/2015 - 10:39 - Signaler un abus iL n'y a pas....

    Il n'y a pas que les politiques qui s'éloignent des électeurs, quand on lit les inepties que raconte cet âne de Sciences Po, on reste sans voix !!!

  • Par Ex abrupto - 08/02/2015 - 11:18 - Signaler un abus Je cherche...

    une tendance politique qui soit colberto-libérale à tendance identitaire pan-europeenne... Quelqu'un a ça en magasin???

  • Par Anguerrand - 08/02/2015 - 12:03 - Signaler un abus L'absention massive à des raisons

    Beaucoup d'électeurs, comme moi ont du mal à se retrouver dans la ligne politique des partis actuels, d'autant que les partis politiques ont des courants internes qui sont parfois très divergents de la ligne officielle. Personnellement j'aurais assez envie de " faire mon marché" dans les partis dit de droite. Le problème c'est que pour se faire élire les candidats sont obligés de mentir, sans mensonges le candidat ne sera pas élu. Donc on sait d'avance, à moins d'être obnubilé par un parti, que le vote ne sera pas suivi d'effet. Contrairement aux avis précédents, je trouve l'analyse de Tiberj assez juste.

  • Par fbastiat - 08/02/2015 - 12:15 - Signaler un abus UMP une Union sans idées

    L'UMP est en voie de disparition parce qu'elle n'a aucun projet.

  • Par vangog - 08/02/2015 - 12:38 - Signaler un abus Faut-il déconstruire Science-Pipo?

    On peut se poser la question, en voyant les exercices compliqués de ces deux pipologues cherchant à mesurer qui a dérivé le plus vers sa gauche ou vers sa droite et de combien de centimètres?...exercice de double-décimètre totalement irréaliste, et inapproprié à la réalité de la politique française! Consacrer un dernier paragraphe maigrichon et subjectif au premier parti de France, démontre l'incapacité des politologues à dépasser le stade de leurs parti-pris et enseignements passéistes. Ils sont restés dans une construction française totalement archaïque, qui a prouvé autant son danger que son inefficacité...espérons que l'incapacité de ces politologues à analyser objectivement la nouvelle donne politique française, ne soit pas le révélateur du marasme des études secondaires françaises, inadaptées à la globalisation et irréductiblement passéistes?...

  • Par EREC56 - 08/02/2015 - 13:59 - Signaler un abus Crise des partis politiques

    Les partis n'assurent plus leur rôle : ils ne pensent plus la société, son environnement et son évolution probable et souhaitable; ils ne fournissent plus d'idées; ils ne créent plus de lignes de parti, condition de la discipline elle-même nécessaire à l'action; ils ne représentent plus le peuple. Cela commence à faire beaucoup !

  • Par bjorn borg - 08/02/2015 - 14:33 - Signaler un abus @Anguerrand

    pourquoi ne pas voir la droite forte? Quelqu'un du genre de Philippe De Villiers?

  • Par jurgio - 08/02/2015 - 15:18 - Signaler un abus Vouloir démonter la Gauche et prendre sa place

    est déjà un beau projet politique. Malheureusement, comme il est dit, l'électeur votera pour ce qu'il aime entendre et qui ne sera jamais fait mais qu'il trouve si bon d'entendre !

  • Par arcole 34 - 08/02/2015 - 16:12 - Signaler un abus @Ex abrupto - 08/2015 - 11:18 - CONCERNANT LE COLBERTISME

    Si je me souviens , c'est Dominique de Villepin qui avait prôné le retour à un Colbertisme tempéré par l'état dans un livre qu'il avait écrit il y a quelques années . Quand au pan-europeisme il suffira de vous rappeler le slogan du génral de Gaulle , l'Europe de l'Atlantique à l'Oural ( avec Poutine , ce qui ne va pas faire plaisir à Vangog ) .C'est revenir à de vieux concepts de Géo - politiques concernant la constitution de vastes empires par les continents . Je suppose que l'Europe réunifiée d'un point de vue continental serait une sacrée puissance .face aux blocs américains et asiatiques . voir le livre du géo-politique du général Joris Von Lohausen : Les Empires et la Puissance ( si je me souviens bien).

  • Par Anguerrand - 08/02/2015 - 21:53 - Signaler un abus À bjorn borg

    Vous avez raison, je me sent assez proche de la droite forte, mais ce n'est qu'un courant à l'UMP, j'ai aussi de la considération pour De Villiers, mais il veut comme MLP sortir de l'€, ça c'est la ruine assurée de notre pays. Nous avons peut être eu tord de rentrer dans l'€ mais c'est une autre affaire d'en sortir avec un franc dévalué mais une dette libellée en € qui va donc exploser.

  • Par Henrik Jah - 08/02/2015 - 23:05 - Signaler un abus Qui sait

    C'est possible qu'avec la baisse récente de l'euro, l'dée de quitter l'union monétaire pour par la suite dévaluer une nouvelle monnaie nationale devienne moins attractive qu'auparavant. Je pense que l'abstention est proportionnelle au degré de conscience des électeurs quant à la démagogie de nos dirigeants.

  • Par von straffenberg - 09/02/2015 - 00:31 - Signaler un abus A Bjorn ,Anguerrand....

    Je pense , j'en suis même sur le PS, la gauche militante ne représente que 15% des Français . mais elle a confisqué le pouvoir elle en use et en abuse .Je suis pour un parti avec de vraies valeurs non galvaudées plutôt a droite et surtout pas socialiste.Quelque soient les résultats en 2017 Il faudra redonner la parole au peuple et surtout que certains de mes compatriotes ouvrent un peu plus leurs quinquets et ça c'est pas gagné

  • Par Leleuco - 10/02/2015 - 08:45 - Signaler un abus Metier.

    Pas plus de deux mandats. La politique ne doit pas être un métier.On verrait des gens neufs qui ne feront pas trop de dégâts, encore dans la réalité, ils feraient attention, à ce qu’ils font, pas de travaux pharaoniques. Pas plus de 65 ans. Salaire et retraite du régime générale, pas de rente à vie par l’état, chômage de tout le monde,pas d’imposition privilégiée. En somme des citoyens normaux avec les préoccupations de tout le monde. Rien que cela, tout irait beaucoup mieux.

  • Par Leleuco - 10/02/2015 - 08:45 - Signaler un abus Metier.

    Pas plus de deux mandats. La politique ne doit pas être un métier.On verrait des gens neufs qui ne feront pas trop de dégâts, encore dans la réalité, ils feraient attention, à ce qu’ils font, pas de travaux pharaoniques. Pas plus de 65 ans. Salaire et retraite du régime générale, pas de rente à vie par l’état, chômage de tout le monde,pas d’imposition privilégiée. En somme des citoyens normaux avec les préoccupations de tout le monde. Rien que cela, tout irait beaucoup mieux.

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Vincent Tiberj

Vincent Tiberj est chargé de recherche à Sciences Po. Diplômé et docteur en science politique de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, il est spécialisé dans les comportements électoraux et politiques en France, en Europe et aux Etats-Unis et la psychologie politique,

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Jean Garrigues

Jean Garrigues est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique. Il a notamment publié l'Histoire secrète de la corruption sous la Vème République (Nouveau Monde éditions, 2014), La République des hommes d'affaires 1870-1900 (Aubier, 1997), Le Général Boulanger (Perrin, 1999), Les Patrons et la politique. De Schneider à Seillière (Perrin, 2002) et La France de la Vème République (Armand Colin, 2009). Son dernier ouvrage " Chaban. L'ardent" (La Documentation française).  

 

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Olivier Rouquan

Olivier Rouquan est docteur en science politique. Il est chargé de cours au Centre National de la Fonction Publique Territoriale, et à l’Institut Supérieur de Management Public et Politique.  Il a publié en 2010 Culture Territoriale chez Gualino Editeur et "Droit constitutionnel et gouvernances politiques", chez Gualino, septembre 2014.

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