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Le Sahel, symbole de cette Afrique
qui attend un nouveau "deal"
avec la France

La coopération entre notre pays et l'Afrique francophone nécessiterait-elle un second souffle ?

Vieux démons

Publié le 15 février 2012
 

Des grandes heures de la décolonisation au malaise actuel, le fossé s’est peu à peu creusé entre la France et l’Afrique. Côte d’Ivoire, Sénégal, aujourd’hui Mali, le cœur de l’Afrique francophone se porte mal. Les causes de fractures sont multiples : guerres de succession, dérives autocratiques, corruption, conséquences indirectes de la crise en Lybie… Les solutions ne peuvent être les mêmes. Mais le mal est profond, et les errances de la diplomatie sarkozyste portent atteinte lourdement à la confiance que les Africains peuvent avoir en la France.

Ce n’est pas d’hier que les tribus touaregs du Nord Mali revendiquent leur autonomie. Mais a-t-on mesuré l’impact sur cette région des suites de la guerre en Lybie ? Khadafi est mort. Mais beaucoup de ses partisans ont quitté le pays. Armes, trafics en tous genres, exode de population… Le Sahel est devenu une zone de non droit et un champ de manœuvres en tous genres dont l’objet est de déstabiliser les pays voisins (Mali, Niger, Burkina), dont les richesses et les territoires deviennent autant d’enjeux. La visite récente courtoise, mais bien timide, de Monsieur de Raincourt à Bamako n’a servi à rien.

La France a pourtant toutes les cartes en mains, pour proposer à l’Afrique, un nouveau « deal ». Elle y répond par l’indifférence ou pire, par le mépris. Le 26 juillet 2007, au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy s’exprimait ainsi :

« le drame de l’Afrique est que l’homme africain n’est jamais entré dans l’histoire. Jamais il ne s’élance vers l’avenir. Le problème de l’Afrique est qu’elle vit uniquement le présent dans la nostalgie du paradis perdu de son enfance… »

Maladresse ou provocation ? Le moins que l’on puisse dire est qu’il est difficile, quand on est africain, de ne pas se sentir bafoué par de tels propos. Tendre la main à l’Afrique et repartir avec elle sur de nouvelles bases est moins une question de budget que de méthode : chasser les vieux démons du clientélisme et de l’assistanat pour proposer une coopération équilibrée où chacun puisse gagner. C’est la priorité, et il y a urgence. Les pays d’Afrique attendent d’abord de la France qu’elle soit actrice de leur développement.

Les marchés sont énormes. Deux exemples : 80 % du territoire africain n’a pas d’électricité. Les routes goudronnées sur tout le continent représentent moins de km que celles de la seule Pologne. En Afrique comme ailleurs, la stabilisation de la démocratie et la paix civile passent par la croissance économique. Les restrictions de visas imposées par la circulaire Guéant aux étudiants africains les poussent à faire leurs études au Canada et aux Etats-Unis. La France ferait mieux de mobiliser ses entreprises en direction des secteurs où les besoins des pays africains sont les plus cuisants : les infrastructures, l’eau, l’énergie, l’agriculture…

Fédérer PME et grands groupes, mobiliser les capacités d’expertise, développer les outils de formation professionnelle et de télé-enseignement sont les meilleurs moyens pour que les enjeux d’exportation comme d’investissement soient gagnés par la France plutôt que par les concurrents (Chine, USA…) et qu’enfin renaisse la confiance entre notre pays et l’Afrique.

 


Commentaires

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  • Par lebriard - 15/02/2012 - 22:35 - Signaler un abus A la place de la Françafrique .....

    Maintenant il y a la Chinafrique sans démocratie et sans droits de l'homme ...c'est la cata pour les africains ...

  • Par sam84 - 15/02/2012 - 19:51 - Signaler un abus Laissons l'Afrique aux chinois

    Nous avons donné et en retour nous n'avons que haine , ingratitude et immigration de masse La francophonie a bon dos pour continuer cette politique qui ne nous même a rien Faisons du commerce avec l'Afrique comme avec d'autres continents ,se sera nous rendre service et aussi a l'Afrique

  • Par luc.b - 15/02/2012 - 19:19 - Signaler un abus Il y a 10 millions d’habitants de plus par an dans cette région.

    Il y a 10 millions d’habitants supplémentaires par an en Afrique de l’ouest (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Nigéria..). C'est autant que la croissance démographique de la planète en 1910.

  • Par MONEO98 - 15/02/2012 - 16:39 - Signaler un abus et le réalisme?

    manque l'essentiel comment financer tout cela? subventions Etatique ? non merci ,on a déjà donné et les coffres suisse sont déjà pleins à ras bord
    les chinois font du business en Afrique et sont en train de nous virer,en faisant fi des droits de l'homme (normal ils ne savent pas ce que c'est)
    nous avions la" françafric "les chinois sont passés à la vitesse supérieure... et contre cela socialiste ou pas on a déjà perdu

  • Par Nanard10 - 15/02/2012 - 16:29 - Signaler un abus non merci

    on a déjà suffisamment donné

  • Par lebriard - 15/02/2012 - 15:32 - Signaler un abus Il faut rompre avec la Françafrique ...

    La Françafrique a été crée par De Gaulle pour entretenir des relations privilégiées avec les anciennes colonies résultat il n'y a que des pouvoirs autoritaires dans ces pays ....
    Pourquoi la France ne pourrait pas louer une partie du territoire du Mali et de la Mauritanie comme les anglais avaient loué Hong-Kong .
    On pourrait leur montrer ce qu'est une vraie démocratie et servir d'exemple aux pays voisins ....

  • Par L Etudiant - 15/02/2012 - 14:35 - Signaler un abus Bonnet blanc et blanc bonnet (sans jeu de mot !)

    Quelle différence y-a-t-il entre les politiques de gauche ou de droite en Afrique ces 30 dernières années?
    Quelle différence y-a-t-il entre les programmes de Sarko et de Hollande concernant le développement de l'Afrique ?
    Dans les deux cas, nous aurons droit comme d'habitude aux voeux pieux et aux bonnes intentions.
    Dans la réalité, l'Elysée continuera de recevoir Sassou Nguesso (comme la semaine dernière) ou de faire la fortune personnelle des proches comme avec le fils Mitterrand....

Jean-Paul Bachy

Jean-Paul Bachy est le Président socialiste de la région Champagne Ardennes et Vice-Président de l’Association Internationale des Régions Francophones.

Au sein du PS, il travaille tout particulièrement sur les questions liées à la francophonie.

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