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Les Français de moins en moins allergiques au libéralisme : merci la pédagogie de François Hollande ou "merci" son bilan calamiteux ?

Selon un sondage paru dans le Point jeudi 3 septembre, 71% des Français font confiance à leur entreprise pour gérer leur temps de travail, tandis que leur défiance envers l'Etat gagne du terrain.

La grande confusion

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Les Français de moins en moins allergiques au libéralisme : merci la pédagogie de François Hollande ou "merci" son bilan calamiteux ?

Les Français sont de plus en plus allergiques au libéralisme. Crédit Pixabay

Atlantico : Le baromètre annuel du Cevipof "confiance politique" de cette année montre combien la défiance envers l'Etat gagne du terrain. Paradoxalement, les Français ont beaucoup d'attentes envers leurs représentants politiques. Dans le baromètre Itélé 2015 sorti au mois de janvier, si les Français adhèrent majoritairement aux principes du libéralisme (voir ici), ses déclinaisons suscitent beaucoup moins d'entrain. Dans quelle mesure le résultat du sondage des Echos illustre-t-il le succès de la pédagogie de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron, ou bien peut s'expliquer par le bilan économique pour le moment désastreux du gouvernement ?

Pascal Salin : L'échec total des politiques économiques menées depuis l'élection de François Hollande, de même d'ailleurs que l'échec des politiques antérieures - qui ont toutes été anti-libérales, qu'elles soient décidées par des gouvernements de droite ou de gauche - crée évidemment une défiance à l'égard des politiciens. Mais on vit en même temps dans l'ambiguïté, par exemple en prétendant, comme on le fait souvent, que l'échec d'un Chirac ou d'un Sarkozy sont la preuve de l'échec du libéralisme. Ces présidents portent une lourde responsabilité non seulement parce qu'ils ont échoué, mais parce qu'en se disant hommes politiques de droite – ce qu'on assimile à tort à une position libérale – ils ont renforcé les confusions dans les esprits. Quant à Manuel Valls et Emmanuel Macron il est risible de les considérer comme des libéraux (si ce n'est en termes très relatifs par rapport à un Mélenchon). L'essentiel de leur politique – à l'exception de quelques petites mesurettes sans grande portée – a tourné le dos au libéralisme. Ils contribuent, eux aussi, par conséquent, à la confusion des idées.

>>> Lire aussi - Comment la France s’est enfermée dans une confusion mensongère entre austérité et libéralisme

Guillaume Sarlat : Le rapport des Français au libéralisme est extraordinairement brouillé par le discours des politiquesPour la droite, mais également désormais pour la gauche avec Hollande, Valls et Macron, l’économie française laisse très peu, trop peu de libertés aux acteurs économiques. Les symboles de ce manque de liberté qui sont cités sont toujours les mêmes : l’épaisseur du code du travail, les 35 heures, la "rente" de certaines professions (notaires, taxis). Pour la droite comme pour la gauche de François Hollande, c’est de là que viendraient tous les problèmes de la France depuis 30 ans.

Le remède face à la croissance molle, au chômage endémique et à l’appauvrissement et à la précarisation d’une partie de la population serait donc une plus grande liberté laissée aux acteurs économiques, et une diminution du périmètre de l’Etat.

Le problème, c’est que ce discours est en décalage total avec la réalité. En pratique, une large partie de l’économie est fortement libéralisée, et ce depuis 30 ans ; disons pour faire simple l’économie des grandes entreprises multinationales. Ces entreprises sont soumises aux règles sociales et fiscales, mais s’en accommodent facilement dès lors qu’elles sont présentes dans plusieurs pays et qu’elles peuvent recourir à l’externalisation et aux délocalisations. Et l’Etat, même s’il reste au capital de certaines ex-entreprises publiques, a abandonné toute velléité d’avoir une stratégie industrielle.

Par ailleurs, si la sphère publique est devenue si importante dans notre pays, ce n’est pas du fait du développement d’une bureaucratie kafkaïenne, même si l’administration pourrait sans aucun doute être plus efficace, mais de la création d’un Etat Samu social, qui recueille ceux, toujours plus nombreux, qui ne trouvent pas leur place dans le monde libéralisé des grandes entreprises.

Ce hiatus fondamental entre la réalité économique et sociale de notre pays, et le discours des politiques a plusieurs conséquences. D’abord, quand ils essayent de donner un contenu à leur plaidoyer pour plus de libéralisation, ils sont bien en peine ; ainsi, la loi dite Macron est totalement vide. Ensuite, quand ils tentent de diminuer le poids des dépenses publiques, c’est un casse-tête, car à chaque fois, des Français et des entreprises françaises dépendent de ces fonds pour survivre, et donc s’opposent légitimement à toute remise en cause de la situation existante. Enfin, cette situation conduit les politiques à paraître impuissants à répondre à leur propre constat, ce qui alimente la défiance, bien méritée, des Français à leur égard.

Comment le rapport des Français au libéralisme a-t-il évolué ces dernières années dans l'esprit des Français ?

Pascal Salin : Il y certainement une évolution importante des esprits en faveur de solutions libérales, comme le prouvent régulièrement toutes sortes de sondages. Un nombre croissant de gens, me semble-t-il, sont, par exemple, favorables à la liberté du temps de travail, à la diminution des impôts et même à la diminution de la progressivité de l'impôt sur le revenu. Mais malheureusement ils semblent moins convaincus de la nécessité de libéraliser des secteurs aussi importants que la médecine, l'assurance-maladie ou l'éducation, alors que, précisément, c'est parce que ces secteurs ont une importance vitale pour les individus qu'il conviendrait d'adopter des solutions libérales.

Les Français sont aussi souvent réticents à l'égard de la liberté des échanges. Ils sont souvent tentés de rendre l'Union européenne responsable de certaines de nos difficultés économiques, mais ils considèrent cette dernière comme un symbole du libéralisme, alors qu'elle est de plus en plus interventionniste et anti-libérale. Il y a en fait une ambiguïté majeure : alors que les Français sont de plus en plus favorables à des solutions libérales concrètes, ils restent profondément anti-libéraux en pensée. L'anti-libéralisme c'est ce qui leur a toujours été enseigné à l'école et à l'Université, ce qu'ils entendent dans les discours politiques, ce qu'ils lisent dans la plupart des journaux. C'est ainsi qu'on a même pu lire les propos invraisemblables de Marine Le Pen déclarant que les problèmes français venaient de ce que les socialistes étaient devenus ultra-libéraux depuis Mitterrand ! Qu'un leader politique puisse, en France, proférer de telles énormités est sans doute le reflet de l'inculture des Français en ce qui concerne le libéralisme.

Guillaume Sarlat : 71% des Français interrogés par l’institut CSA se sont dit effectivement favorables à laisser les entreprises "fixer librement le temps de travail, par accord avec leurs salariés".

"Par accord avec leurs salariés" : tout est là. Les Français ne veulent évidemment pas d’une augmentation du temps de travail à conditions de travail et à rémunération inchangées ou moins bonnes. Par contre ils veulent pouvoir avoir une discussion sur le temps de travail.

Et le problème ici est qu’après 30 ans d’Etat Samu social en France, et notamment après 30 ans de nationalisation de l’ensemble de la protection sociale et de codification législative du droit social, les partenaires sociaux ont été réduits au rôle de figurant et n’ont plus de légitimité pour organiser et structurer ce dialogue.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 07/09/2015 - 09:26 - Signaler un abus Le libéralisme, c'est l'équilibre des forces économiques

    Si les Français réclament plus de Libéralisme, en France, c'est parceque cet équilibre a été rompu, depuis la guerre, par des syndicats marxistes qui ont vampirisé la fonction publique, les entreprises nationalisées, puis les entreprises faussement dénationalisées (en réalité, livrées par les UMPS à l'emprise de ces syndicats). Certes, ils n'ont jamais constitué une majorité, mais les organes Trotskystes leur ont appris comment une minorité peut conquérir et conserver le pouvoir, grâce à la maîtrise de secteurs stratégiques, les transports, l'Education, les médias, les communications...stratégie de guerre! Grâce à l'arrivée du Front National, seul capable d'insuffler le patriotisme à ces ex-marxistes en pleine dérive idéologique, le secteur public sera assaini par une cure d'amaigrissement de sa mauvaise graisse et un renforcement de ses muscles (Police, Gendarmerie, armée). Voilà pour la cure de libéralisme de l'état! Dans le domaine économique, à l'inverse, l'ouverture des frontières sans harmonisation fiscale, sociale ni budgétaire, constitue un ultra-libéralisme (ultra=excès=déséquilibre), décidé par les partis archaiques de droite et de gauche PPE-PSE.

  • Par vangog - 07/09/2015 - 09:33 - Signaler un abus Le libéralisme, c'est l'équilibre des forces économiques

    L'ultra-libéralisme organisé par Bruxelles et voté par tous les partis de droite et de gauche archaïque, certains croyant sciemment agir pour son bien, d'autres poursuivant un but trotskyste de destruction du capitalisme, c'est le dumping fiscal, social et budgétaire, qui est en train de tuer les économies des plus "déséquilibres", principalement les sudistes de l'UE (France incluse). Cet ultra-libéralisme bruxellois est compensé par des normes Staliniennnes qui pourrissent la vie de tous, car les ecolo-teotskystes et les ultra-gauche ont réussi à y imposer leur volonté. Le Front National devra donc réguler cet ultra-libéralisme et cet ultra-marxisme, avant que toute notre industrie et agriculture ne périsse. Et c'est, tout simplement, ce que souhaitent les Français: "moins d’Etat dans le domaine social, et plus d’Etat dans le domaine économique", afin de retrouver un équilibre sûrement malmené.

  • Par Anguerrand - 07/09/2015 - 11:09 - Signaler un abus Tiens vangog vous devenez liberal

    Faites attention à votre haute position au FN, la politique du FN est anti-liberal surtout un certain Philippot. Non, je plaisante, vous êtes toujours anti capitaliste, mais capitalisme et libéralisme sont synonymes. Quand à ceux de gauche qui parlent d'ultra libéralisme laissez moi rire, en Europe et en particulier en France. La France et l'Europe sont ultra-dirigistes. Le FN passerait pour un parti de gauche, les autres partis aussi dans les pays réellement libéraux comme l'Australie.

  • Par zouk - 07/09/2015 - 11:45 - Signaler un abus Libéralisme

    Quelle confusion et combien de contradictions dans les résultats de ces sondages. Quand comprendra-t-on enfin que libéralisme signifie libération des énergies sous contrôle effectif de la concurrence?

  • Par superliberal - 07/09/2015 - 12:34 - Signaler un abus Ultra-Libéralisme c'est quoi ?

    Liberté de créer sa boîte, d'acheter, de vendre, d'embaucher, de licencier, de fusionner, de s'associer, de contracter, de spéculer, de capitaliser, d'économiser, d'investir...c'est la liberté économique de chacun en assumant les risques...liberté très encadrée et très taxée en France, sous haute surveillance car l'argent c'est pas bien....

  • Par Anouman - 07/09/2015 - 20:23 - Signaler un abus Libéralisme

    Allons soyons sérieux, les Français sont pour tout sauf pour le libéralisme, ils ne sont capables que de défendre leurs petits avantages, leurs petites indemnités. Si on mettait une fiscalité libérale (c'est à dire qui arrête de faire des exceptions pour chaque article) on aurait une révolution, sans compter les agriculteurs qui pleurent pour des subventions. Chez eux c'est un fantasme parce qu'il y en a une majorité qui se gavent sur le dos des autres et que le libéralisme c'est tout le contraire. Il n'y aura jamais de libéralisme en France, les politiques ne le permettraient pas, cela affaiblirait leur pouvoir, les grandes entreprises non plus parce qu'elles se gavent sur les travaux publics inutiles. En France ce qu'on appelle libéralisme c'est essayer de baiser une catégorie au profit d'une autre. A part ça ça n'existe pas.

  • Par vangog - 07/09/2015 - 22:37 - Signaler un abus @Anouman les agriculteurs ne pleurent pas pour des subventions

    Ils disent tous qu'ils souhaitent de la régulation pour empêcher la concurrence déloyale des pays à dumping fiscal et social, c'est tout! Le libéralisme, c'est les mêmes règles pour tout le monde et que le meilleur gagne (oh putain! Les gauchistes vont avoir une attaque...), soit l'exact contraire de l'UE. Ouvrir les frontières, sans imposer les mêmes règles à tout le monde, c'était typiquement gauchiste, certainement pas libéral.

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Pascal Salin

Pascal Salin est Professeur émérite à l'Université Paris - Dauphine. Il est docteur et agrégé de sciences économiques, licencié de sociologie et lauréat de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

Ses ouvrages les plus récents sont  La tyrannie fiscale (2014), Concurrence et liberté des échanges (2014), Competition, Coordination and Diversity – From the Firm to Economic Integration (Edward Elgar, 2015).

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Guillaume Sarlat

Polytechnicien et Inspecteur des Finances, Guillaume Sarlat, a fondé et dirige à Londres une société de conseil en stratégie aux entreprises.

 

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