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Un Français lance le Snapchat de l'email : au risque et péril des utilisateurs qui croiraient à la promesse du produit

Un Français a mis au point un système d'e-mail qui utilise les procédés de "Snapchat" d'autodestruction immédiate. Mais, alors que des utilisateurs peu avertis pensent gagner en privacy, c'est surtout les prendre aux pièges de l'illusion de la confidentialité.

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Un Français lance le Snapchat de l'email : au risque et péril des utilisateurs qui croiraient à la promesse du produit

Warren Barthes, entrepreneur français installé aux Etats-Unis, pense avoir mis au point un nouveau procédé permettant d'envoyer un e-mail qui existe pour une durée limitée après ouverture. Pour ne pas tomber dans le piège "SnapChat" de capture d'écran, le système prévoit de brouiller la moitié du texte selon l'odre de lecture afin de rendre l'intégralité du contenu illisible même par capture d'écran. Une fois que le mail est ouvert, il disparaît de la boîte d'envoi de l'expéditeur, puis de la boite de réception dudestinataire.

Le procédé permet en apparence de gagner en protection de vie privée (privacy), mais dans la réalité, toute donnée est potentiellement récupérable. Reste à bien avertir les (jeunes) utilisateurs, qui pourraient penser que maintenant, tout est permis.

Atlantico: L'e-mail snapchat: révolution ou simple application de plus sur un marché déjà saturé?

Fabrice Epelboin: C’est une simple application, sur un marché qui est très loin d’être saturé. Le marché des application destinées à apporter de la confidentialité, de l’anonymat, et plus généralement d’échapper à la surveillance est pour le moment embryonnaire, et ne peut que grossir au fur et à mesure que la société de la surveillance se met en place. Pour ce qui est des applications répondant à divers besoins de ce marché, il y a d’un coté quelques applications grand public - Snapchat étant la plus connue - et une multitude d’applications et de methodes “pro”. Les applications grand publics sont vouées à échouer, du strict point de vue de la protection de la privacy, c’est un domaine où si vous ne comprenez pas ce que vous faites d’un point de vue technique, vous êtes sûr d’avoir à terme un gros problème, et c’est bien plus complexe que “d’envoyer un snapchat”.

Snapchat s'est fait épinglé pour ses défaillances en terme de disparition totale de contenu. Peut-on vraiment faire disparaître totalement des données qui ont été transmises de façon électroniques?

Non. C’est de l’ordre du fantasme. On peut faire en sorte qu’en récupérer une copie soit très difficile, mais de là à offrir une garantie, c’est faire preuve d’une présomption phénoménale, deux ans après les première révélations de Snowden sur les prouesses de la NSA.

En plein débat sur la conservation des données personnelles et l'espionnage de nos échanges, doit-on se réjouir de la multiplication des moyens d'échange qui s'autodétruisent?

Les moyens d’échange qui s’autodétruisent - tel que Snapchat - ne sont qu’un tout petit bout des logiciels dont le but est d’offrir de la privacy sous une forme ou une autre à leurs utilisateurs. Et de tels logiciels sont légion. Vous connaissez sans doute le plus connu, “Tor”. Leur multiplication n’est que le revers de la médaille de la société de la surveillance qui s’installe. De nombreuses personnes - même au sein d’une démocratie - ont impérativement besoin d’une privacy qui soit à l’abrit des moyens de surveillance de l’Etat. Prenez par exemple un avocat, un journaliste d’investigation, ou un dirigeant de multinationale, ou pire, d’une banque Suisse. Tous ces rouages de ce qui fait le monde moderne ont impérieusement besoin de cela. Bien sûr, ils ne vont pas utiliser Snapchat pour leurs échanges. Ceux là vont se tourner vers des outils plus complexes, ils vont devoir apprendre à les utiliser, et surtout, il vont devoir changer de nombreuses habitudes qui les rendent aujourd’hui très vulnérables.

 

 
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Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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