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La Françafrique n'est pas morte, elle est devenue l'Africa France

Dans son livre "Africa France : quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu" (Fayard), Antoine Glaser explique pourquoi la Françafrique n'a pas disparu. Certes, l'influence de Paris se réduit comme peau de chagrin. En revanche, le poids des dirigeants africains en France ne fait que croître.

Inversion des rapports de force

Publié le

Atlantico : En 2012, peu de temps après être arrivé au pouvoir, François Hollande annonçait "la fin de la Françafrique". Le néo-président entendait insister sur "des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité" entre la France et le continent Africain. Or, dans votre livre Africa France : quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu (Fayard), vous estimez que la Françafrique n'a pas disparu. Quel est son visage aujourd'hui ?

Antoine Glaser : Il y a une sorte d'ambiguïté sur la Françafrique. La Françafrique laisse toujours penser que la France contrôle encore tout ce qu'il se passe dans ses anciennes colonies. Mais il y a deux Françafrique.

La première est celle de la Guerre froide, une époque où certains dirigeants, comme le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, croyaient vraiment en une communauté de destins entre la France et l'Afrique. La deuxième est de l'après-guerre froide qui celle des relations plus ou moins incestueuses et personnelles entre des dirigeants français et des dirigeants africains. François Hollande estimait qu'il fallait arrêter cette relation bilatérale et européaniser la politique africaine de la France. Sauf que, avec lui, pour la première fois en décembre 2013, des chefs d'État africains ont été invités directement à l'Élysée. Et puis la France a été rattrapée par son histoire africaine. Il y a une sorte d'anachronisme de voir nos partenaires considérer que la France est un peu le gendarme du quart du continent africain.  

Du temps de la guerre froide, la France cooptait des chefs d'État qu'elle installait au pouvoir. En échange, elle bénéficiait de matières premières stratégiques, notamment du pétrole et de l'uranium. Cela s'est encore accentué après 1962 et l'indépendance de l'Algérie. Quand la France n'a plus eu ses gisements de pétrole et de gaz algériens, elle a trouvé dans le golfe de Guinée et dans l'Afrique centrale. C'était un deal fait avec les chefs d'État de ces pays : on assure votre sécurité et une relative impunité et en échange, nous bénéficions de la priorité sur les matières premières stratégiques et à des prix faibles.

Cela a totalement changé et les rapports se sont inversés. Depuis la fin de la guerre froide l'Afrique s'est mondialisée alors que la France s'est appauvri et n'a plus d'argent pour son aide au développement. Les chefs d'État africains ont le monde entier dans leur salle d'attente et ce n'est pas sans condescendance qu'ils parlent maintenant à la France. Et même un président de gauche, socialiste, comme François Hollande, qui dans un premier temps, dans ses intervertirions à Dakar ou Kinshasa ne parlait que de droits de l'Homme, a modifié son discours. Celui-ci est décomplexé et il reconnait que la France a des intérêts stratégiques en Afrique.

D'après vous, les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu. Quel est leur poids dans cette nouvelle Françafrique ? Quel est concrètement l'influence de ses lobbys et leurs moyens d'actions ? A l'oreille de qui peuvent-ils parler ?

Sans en avoir l'air, les dirigeants africains sont très influents. Par exemple, en Françafrique, la France est gênée parce que ses partenaires de la région, principalement le Tchad et le Congo, ne sont pas favorables à une opération de maintien des Nations Unies. De nombreux anciens hauts fonctionnaires, diplomates ou militaires sont passés au service des dirigeants africains. Ces derniers ont donc des gens d'influence à Paris qui défendent leur position auprès des députés, des sénateurs, mais également dans les cercles de pouvoir, que ce soit les services, les militaires.

 
Commentaires

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  • Par siegfred71 - 22/02/2014 - 06:02 - Signaler un abus peut-etre moins d'influence

    mais dans le fond,on tient toujour la baraque,il y a bien sur plus de competitivite et un peu plus de chant d'amour mais la limite est celle de l'equite entre puissant,pour une stabilite mondiale,en gros on se dispute le butin chacun dans sa barque,mais aucune ne doit couler. donc ces dirigeant africains sont un peu plus impetueux mais reste quand meme des marionettes.

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Antoine Glaser

Antoine Glaser est un journaliste et écrivain.

Il est le fondateur et l'ancien rédacteur en chef de La Lettre du Continent, lettre confidentielle bimensuelle consacrée à l'Afrique.

Il est l'auteur de Comment la France a perdu l'Afrique (Hachette Littératures, 2006) et Sarko en Afrique (Plon, 2008)

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