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Formation professionnelle : attention réforme piégée (et voilà les mines à éviter absolument pour la réussir)

Après la bataille de la loi travail, Emmanuel Macron doit rencontrer jeudi 12 septembre les partenaires sociaux, afin de négocier un sujet beaucoup plus sensible car il concerne directement leur existence économique : la formation et la gouvernance de l'assurance chômage. Mais dans son duel contre le système - qu'il avait dénoncé comme opaque - la partie est loin d'être gagnée.

Terrain miné

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Formation professionnelle : attention réforme piégée (et voilà les mines à éviter absolument pour la réussir)

Atlantico : Jeudi 12 octobre, Emmanuel Macron doit recevoir les syndicats pour parler de la question épineuse de la formation professionnelle. En dehors de la philosophie sous-jacente qu'il tente d'imposer, cette rencontre est un terrain miné pour le Président, avec des interlocuteurs qui ont énormément à perdre dans cette affaire. Quels sont les dossiers les plus délicats qu'il va devoir traiter et faire valoir des rapports de force? Quels sont ceux pour lesquels il devra tenter une approche plus diplomatique ?

Jean-Charles Simon : Ce sont des dossiers beaucoup plus techniques pour l’opinion que la réforme du code du travail, mais encore plus sensibles pour les partenaires sociaux. Sont en jeu leurs pouvoirs directs mais aussi les moyens de leurs organisations. Sur l’assurance chômage, les partenaires sociaux sont seuls maîtres à bord depuis l’origine, en 1958. En particulier, Force ouvrière a toujours eu un attachement très fort à l’Unedic, comme l’UIMM côté patronal. L’immixtion de l’Etat dans la gouvernance, et a fortiori la nationalisation du système seraient donc perçues comme des provocations. En matière de formation professionnelle, le champ de mines concerne la collecte des fonds via les organismes paritaires et leurs autres prérogatives. Une désintermédiation et une démutualisation des fonds de la formation seraient là aussi des déclarations de guerre. Mais sans ces changements dans les deux domaines en débat, il me paraît très difficile d’accomplir de vraies réformes. C’est toute la complexité de la phase qui s’ouvre : faire de l’eau tiède pour éviter de s’aliéner les partenaires sociaux, ou accomplir des réformes structurantes et alors, par construction, remettre radicalement en cause le fonctionnement actuel du paritarisme.

Bertrand Martinot : La principale pierre d’achoppement devrait être la question de l’autonomie des actifs dans leur acte de formation. Depuis 1971, notre système de formation professionnelle repose sur un financement décidé et orienté par les branches professionnelles via leurs bras armés, les OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés). Le projet de candidat Macron consiste à inverser la logique et placer l’actif (salarié, chômeur, voire indépendant) au centre du système et de lui donner les moyens de décider lui-même de sa formation. Pour ce faire, il veut gonfler considérablement l’enveloppe dédiée au compte personnel formation ; cela ne peut se faire qu’au détriment de la collecte des OPCA et au prix d’un affaiblissement irrémédiable des branches professionnelles en matière de politique de formation.

S’affrontent alors deux conceptions du monde. D’un côté, l’actif considéré comme individu autonome qui, dûment conseillé, est capable de décider de sa formation et de l’avenir de son parcours professionnel. Le système de financement doit, dans ce cas, surtout servir à lui donner les moyens financiers de cette autonomie. D’un autre côté, un actif assez passif, avec des branches assez prescriptives, qui décident des formations qui bénéficient des fonds de la formation et celles qui n’en bénéficient pas. C’est sur cette seconde conception que repose la mutualisation des fonds de la formation.

 

Quel peut dès lors être son agenda sur ces questions afin de pouvoir faire avancer son plan se se condamner à une nouvelle vague sociale encore plus violente ?

Jean-Charles Simon : A mon sens, l’exécutif va chercher à temporiser. Il me paraîtrait peu habile d’ouvrir de nouveaux fronts avant le vote de la loi de ratification des ordonnances en novembre : ce serait risquer un regain de mobilisation très forte sur des sujets qui ne font pas consensus chez les Français, comme la barémisation des indemnités prud’homales. D’autant que la situation est également tendue dans la fonction publique et sur d’autres fronts, comme les mesures fiscales les plus emblématiques du budget en discussion. Je vois donc plutôt le gouvernement appeler dans un premier temps les partenaires sociaux à négocier entre eux, au moins sur la formation professionnelle. Quitte, courant 2018, à constater l’échec de ces négociations ou leurs résultats insuffisants, et à reprendre la main. Il sera alors beaucoup plus difficile pour les partenaires sociaux de mobiliser l’opinion sur des sujets aussi obscurs que la gouvernance de l’Unedic ou le rôle des Opca !

 
Commentaires

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  • Par artesan - 12/10/2017 - 15:00 - Signaler un abus précisions???

    Dommage, un article qui porte sur un vrai sujet, sensible et essentiel. Dommage qu'il soit écrit pour, surtout, des initiés. A quand un article clair sur la problématique de la formation professionnelle en France? Un article qui nous montre clairement comment des milliards d'euros sont détournés et ou, très mal utilisés...et ceux qui profitent de ce système....?

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Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

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Bertrand Martinot

Bertrand Martinot est économiste, ancien délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle. Co-auteur notamment, avec Franck Morel, de "Un autre droit du travail est possible" (Fayard, mai 2016). 

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