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Des forces (actuelles) et des faiblesses (en vue) du "et en même temps"

Atlantico a demandé à ses contributeurs leur vision de l’année où la France a vécu de nombreuses surprises et rebondissements et est entrée dans l’ère Macron. Christophe Boutin revient sur cette année politique marquée par la victoire d'Emmanuel Macron mais aussi les échecs des partis traditionnels.

2017, l’odyssée de la fin du monde d’avant

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Des forces (actuelles) et des faiblesses (en vue) du "et en même temps"

On pourrait résumer l’année 2017 sur le plan de la politique française comme étant celle où un OVNI politique, surgi de presque nulle part, a fait exploser le PS, inféodé le Modem, ridiculisé et divisé LR, battu le FN, et conduit la gauche de la gauche à s’enfermer dans des postures toujours plus caricaturales. Même si tout cela est vrai, il ne faut pas oublier que la réalité est sans doute plus complexe. En fait, on pourrait aussi résumer l’année politique 2017 en disant qu’elle a été placée sous le signe de cette formule chère à celui qui est certainement l’homme de l’année : « Et en même temps… ».

2017 aura en effet sans nul doute été l’année d’Emmanuel Macron, mais qui est-il ? Nous ne sommes guère plus renseignés qu’au début. Jeune homme pressé, nouveau Rastignac lancé à l’assaut du pouvoir, énarque et banquier d’affaires, paravent d’intérêts économiques supranationaux. Et en même temps, le premier président depuis longtemps à s’inscrire clairement dans la tradition, le symbole, presque le mythe, de cette image d’un homme seul traversant le soir de son élection la cour du Louvre à sa revendication de rester « le maître des horloges ». Au risque parfois de sur-jouer, comme lorsqu’il tance le général de Villiers.

2017 est ensuite l’année où un nouveau parti, cette « République en Marche », est censé avoir mené la société civile sur les bancs d’une Assemblée nationale passablement rajeunie pour « changer la politique », « dépasser les clivages » et « réenchanter l’avenir ». Et en même temps, cela a surtout conduit nos nouveaux parlementaires, par ailleurs déçus par les émoluments et effrayés par le rythme de travail, à se couler dans le style des partis majoritaires de la Cinquième république, rappelant les fameux « godillots » tant moqués sous le gaullisme. Et en dehors de celui d’amateurisme, somme toute normal pour tout débutant, les reproches que l’on entend souvent à leur encontre dans la bouche de ceux qui les côtoient dans les commissions parlementaires sont d’être d’une incroyable arrogance et d’un remarquable sectarisme…

2017 a vu l’échec de celui qui avait emporté haut la main la primaire de la droite, et dont on annonçait l’élection sans surprise à la présidence de la République fin 2016, un François Fillon d’une part incapable de se dépêtrer de la campagne médiatique baptisée Penelopegate et d’autre part accusé par une partie des caciques de son parti d’être trop à droite. Et en même temps, on aura vu le même Fillon sauvé un temps, lors de la manifestation du Trocadéro, par Sens commun et ses réseaux, héritiers conservateurs de la Manif pour tous.

2017 a mis clairement le doigt sur le caractère hétéroclite de l’assemblage constitué lors de la fusion des centristes et des gaullistes, quand le mythe du bipartisme, avec ses « républicains » et ses « primaires » semblait être la solution. Entre les ralliés à la présidence et les « constructifs », sans compter les « vieux sages » dont le seul rôle semble être de savonner la planche de leurs successeurs, LR craque de partout. Et en même temps, Laurent Wauquiez est porté à la tête du parti en cette fin 2017 par le score sans appel des trois-quart des nombreux votants, après avoir fait une campagne clairement conservatrice, et opère un renouvellement des têtes qui peut être le prélude à une véritable clarification de la ligne de son parti.

 
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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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