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A force de mauvais diagnostics sur le conflit syrien, la communauté internationale n'est-elle pas en train de renforcer le djihadisme ?

Les forces rebelles en Syrie adoptent un matériel militaire de plus en plus sophistiqué pour faire face aux forces d'Assad. Malgré l'embargo maintenue sur les armes, tout laisse penser que les opposants au régime de Damas sont désormais massivement équipés de l'extérieur

Printemps islamique

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Quant aux instances politiques de la révolte syrienne, il est patent depuis le début qu'à l'exception de quelques authentiques démocrates vivant le plus souvent en exil à l'étranger et sans audience locale, elles sont très largement dominées par l'Association des Frères Musulmans dont les groupes djihadistes ne sont que le bras armé, la plupart de leurs cadres étant issus de l'association. Comme on le constate aujourd'hui en Egypte, en Tunisie ou en Libye, les Frères Musulmans qui ont "pris en main" les printemps arabes n'ont aucune intention d'instaurer des démocraties mais d'accaparer le pouvoir et les rentes du pouvoir à leur profit exclusif.

 

Cela dit, la morale n'a pas grand-chose à voir avec la politique.... Soutenir les authentiques démocrates tunisiens, égyptiens ou syriens était un choix que l'on pouvait considérer comme légitime et moral, mais cela n'a pas été fait. Armer et assister militairement les groupes islamistes en Libye - avec les résultats que l'on sait - était plus étrange. Persévérer en continuant à aider une rébellion syrienne qui a clairement affiché son adhésion au djihadisme relève d'un choix politique exercé par nos responsables gouvernementaux. C'est à eux qu'il faut poser la question de la pertinence de ce choix.

 

Dans les années 80, les Etats-Unis avaient largement armé les moudjahidines d'Afghanistan. Quelques années plus tard le pays tombait aux mains du radicalisme islamique. L’occident ne réitère-t-il pas aujourd'hui les mêmes erreurs sur le dossier syrien ?

Les conséquences dramatiques qui peuvent découler de ce soutien ne sont pas considérées comme une erreur par les néo-conservateurs américains dont l'influence reste dominante dans les milieux diplomatiques, militaires et industriels outre-Atlantique malgré les efforts de l'administration Obama. Depuis 1945, les Etats-Unis ont toujours et partout soutenu l'islamisme politique musulman sunnite et favorisé l'instauration ou la perpétuation de régimes islamiques conservateurs ou réactionnaires. C'est un choix stratégique dicté par la volonté d'isoler l'URSS hier et l'Iran aujourd'hui ainsi que de promouvoir des régimes favorables à l'économie libérale mondialisée, aux intérêts économiques et énergétiques américains, hostiles à toute forme d'ouverture politique et surtout sociale qui pourrait déboucher sur une contestation de la domination américaine. La doctrine des Frères Musulmans et le radicalisme religieux des pétromonarchies de la péninsule arabique sont en tous points conformes à ce "cahier des charges".

 

Quant aux "dégâts collatéraux" provoqués par cette doctrine, ce sont d'abord les populations locales qui en sont les premières victimes et ensuite les pays africains, asiatiques ou européens proche du terrain musulman. C'est un choix que l'on peut considérer comme cynique mais pas plus que le refus américain d'adhérer au Protocole de Kyoto, de réduire leur consommation énergétique et leur niveau de pollution, de signer le traité d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnel, de reconnaître la Cour Pénale Internationale, etc. Reste à savoir quel est l'intérêt des politiques européens de les suivre sur ce terrain.

 
Commentaires

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  • Par walküre - 02/12/2012 - 10:04 - Signaler un abus Mais...

    c'est évident. Toute la politique de l'Occident en direction des pseudo-révolutionnaires arabes facilite l'islamisme et l'instauration de la charia. Et cela réussit.

  • Par mesita - 02/12/2012 - 17:15 - Signaler un abus Bravo

    Article Remarquable !

  • Par slavkov - 02/12/2012 - 19:31 - Signaler un abus bien vu

    ... sous prétexte habituel - rétablir la "démocratie", nos idiots utiles d'islam (y compris le plus extrémiste) se croient obligé de réclamer la (leur) démocratie par tous les moyens en syrie, en libye ... mais personne - surtout pas obama avec ses valets occidentaux - ne demande à l'émir du pays qatar d'instaurer la démocratie d'abord chez lui, ainsi dans les émirats semblables etc ...

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Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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