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"Le foot est le modèle de la société dont il est en même temps le promoteur : les plus riches gagnent toujours"

Dans son livre "Peut-on encore aimer le football ?", Robert Redeker s'intéresse aux dérives et aux obsessions de ce sport, devenu un véritable industrie.

Foot business

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"Le foot est le modèle de la société dont il est en même temps le promoteur : les plus riches gagnent toujours"

 Crédit JACQUES DEMARTHON / AFP

Atlantico : Certains cas, comme le beau parcours de l'Islande en 2016 à l'Euro, ou plus récemment celui de l'équipe des Herbiers, à la peine en National mais qui se hisse jusqu'en finale de la Coupe de France pour mettre en danger le PSG, peuvent-ils constituer des poches de résistance à votre constat que "le football participe jour après jour à la consolidation d'un totalitarisme mercantile et consumériste, celui du vide, dans lequel l'argent occupe la place centrale" ?

Robert Redeker : Le football est un système. Pour son malheur il est aussi devenu une industrie, et un secteur de l’industrie du spectacle. Vous évoquez des parcours sportifs vraiment sympathiques - toute personne sensée souhaitait l’impossible victoire des Herbiers sur le PSG ! -, mais « à la fin », pour parodier un peu Thierry Rolland, ces équipes ne sont jamais victorieuses. Dans les compétitions entre clubs, « à la fin », c’est toujours le plus riche qui gagne. Le foot est le modèle de la société dont il est en même temps le promoteur : les plus riches gagnent toujours.

La dictature de l’argent est incompatible avec « la glorieuse incertitude du sport », ce conte à dormir debout. Tout est fait pour réduire cette incertitude au minimum et pour restreindre la liste des potentiels vainqueurs à une sorte de club fermé. La Ligue des Champions est le prototype parfait de cette imposture. Plutôt que de poches de résistance, qui feraient signe vers un football décongestionné de l’argent, ces équipes sont des fantômes fugaces, spectres d’un football passé, revenant hanter l’organisation actuelle du foot. Mais elles ne fissurent pas l’édifice.  Le parcours de ces équipes peut être assimilé à des pompes à oxygène qui insufflent de la légitimité dans un système fermé sur lui-même.  

Nous sommes dans une époque qui ne supporte pas la négativité, cette source de vie : la mort, la souffrance, la pensée. Parallèlement, elle ne supporte pas longtemps cette autre négativité : les équipes pauvres.

Vous décrivez la Coupe du Monde comme "une fête de l'argent, de la mondialisation économique, de l'homogénéisation anthropologique, des trusts télévisuels, de l'hystérisation chauvine des foules, du fétichisme assommant des noms de marques, des dramatisations de pacotille, du faux individualisme, l'individualisme agressif". Peut-on faire un lien avec l'exacerbation de certaines rivalités dans le sport ? Entre pays d'Amérique du Sud ? Ou même entre villes (Lyon et Marseille récemment, par exemple) ?

Les deux phénomènes s’articulent :  mondialisation, uniformisation anthropologique, et balkanisation, tribalisation.  Le football est une puissance d’homogénéisation des hommes qui tire sa rente de leur tribalisation et atomisation. Vous remarquerez par ailleurs que, se croyant originales, toutes les tribus de supporters se ressemblent sans s’en apercevoir. Il est vrai que la gamme musicale et poétique de leurs chants, lors de leurs enthousiasmes, est particulièrement pauvre, ne témoignant d’aucune singularité culturelle ni d’aucune inventivité artistique. Le tribalisme braillard des supporters est le même de Munich à Rio en passant par Madrid. Il n’apporte rien à l’humanité ; il conduit à désespérer de l’homme. .

 
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Robert Redeker

Agrégé de Philosophie, Robert Redeker est l'auteur de nombreux livres. Il collabore également à plusieurs revues et journaux. Il a publié dernièrement Le soldat impossible (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Bienheureuse vieillesse (Le Rocher, 2015) , L'école fantôme (Desclée de Brouwer, 2016) et L'éclipse de la mort (Desclée de Brouwer, 2017). Il s'emploie également à la photographie et à la critique littéraire.

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