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Le FMI a-t-il raison de s’inquiéter de la dette chinoise ?

Alors que la Chine connaît un ralentissement significatif de sa croissance économique depuis l'année dernière, le FMI vient de mettre en garde le pays contre l'endettement de ses entreprises qui menace durablement l'économie chinoise.

Le gendarme veille...

Publié le - Mis à jour le 19 Août 2016
Le FMI a-t-il raison de s’inquiéter de la dette chinoise ?

Atlantico : Face au niveau d'endettement des entreprises chinoises (120% du PIB en 2015), le FMI a tiré la sonnette d'alarme, appelant le pays à cesser de faire reposer son activité sur le crédit. Pour quelles raisons les entreprises chinoises sont-elles autant endettées ? Peut-on estimer que notre prisme européen, fait de faible croissance, pourrait nous conduire à une mauvaise lecture de l'endettement d'un pays dont le rythme est bien supérieur au nôtre ?

Jean-Marc Siroën : Comparé à la Chine, le taux d’endettement des entreprises est autour de 70% en France, de 100% dans la zone euro mais de 45% aux Etats-Unis. Avec 120%, la Chine a donc un taux élevé. Néanmoins, cet indicateur n’est pas suffisant. On doit aussi regarder son évolution et la solvabilité des entreprises. Sur ce point, la situation de la Chine est inquiétante. Depuis la crise de 2008, la dette des entreprises a pratiquement doublé. Il faut d’ailleurs noter que la dette du secteur financier a triplé… En ce qui concerne la solvabilité, le montant des créances douteuses est mal connu.

Officiellement très faible, il pourrait représenter 15% des créances totales si l'on en croit les chiffres du FMI. Cette croissance de l’endettement est une conséquence directe de la crise de 2008. Rappelons qu’alors, en quelques mois, la Chine a perdu la moitié de ses exportations… Le gouvernement chinois avait adopté des politiques de relance massive pour favoriser l’investissement et donc la demande. Dans un premier temps, cette politique a plutôt bien réussi avec des taux de croissance proches de 10%. Mais à partir de 2011, ce taux n’a pas cessé de décroître et devrait friser les 6% en 2016, ce qui peut apparaître beaucoup, mais qui n’est pas suffisant pour résorber le surinvestissement passé, absorber la main-d’œuvre et permettre aux firmes de se désendetter. La Chine pourrait alors entrer dans un cercle vicieux où l’endettement pèse sur l’investissement et donc la croissance, qui, loin d’absorber le surendettement, tend au contraire à l’aggraver.

En matière de taux d’endettement, il n’y a pas de prisme européen. Celui-ci varie d’ailleurs du simple au triple dans la zone euro… Si la Chine avait maintenu un taux de croissance stable avec un faible taux de créances douteuses, ses firmes pourraient certainement supporter un endettement élevé. Mais l’endettement n’est plus aujourd’hui le reflet d’une économie dynamique, mais celui d’une économie qui ne parvient pas à maintenir son modèle sans pour autant parvenir à le faire évoluer.

Quels sont les risques, à moyen et long termes, d'une telle situation pour l'économie chinoise, mais également pour l'économie mondiale ?

La Chine peut résister longtemps, mais pas éternellement. Un indicateur inquiétant est la baisse des réserves de change, filet de protection aux mailles qui s’élargissent. De même, la chute du renminbi révèle davantage une faiblesse qu’une stratégie. Une crise spécifiquement chinoise ne peut donc pas être exclue. Elle se déclencherait vraisemblablement dans le secteur financier avec l’insolvabilité de firmes du secteur industriel ou immobilier. Ce ne serait pas une bonne nouvelle pour l’économie mondiale. Dans les années 2000, la croissance chinoise a tiré la croissance mondiale d’une part en poussant vers le haut le prix des matières premières, ce qui a favorisé la croissance des pays en développement, et d’autre part en offrant des marchés aux pays industriels. Le ralentissement de l’économie chinoise depuis 2011 a logiquement conduit à ralentir la croissance mondiale et son effondrement aurait donc des conséquences catastrophiques qui se cumuleraient les unes avec les autres. Pour l’instant, on ne voit pas d’alternative à la locomotive chinoise.

 
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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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