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Le FMI fait son mea culpa sur la manière dont a été traitée la Grèce…. mais cela ne changera strictement rien à la manière dont l'Europe traite Athènes

Selon un rapport publié par le bureau indépendant d'évaluation du FMI, les instances du fonds se seraient montrées trop complaisantes à l'égard des institutions européennes dans le cadre des plans mis en place en Grèce, au Portugal et de l'Irlande.

Mea Culpa

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Le FMI fait son mea culpa sur la manière dont a été traitée la Grèce…. mais cela ne changera strictement rien à la manière dont l'Europe traite Athènes

Atlantico : Outre le fait de n'avoir pas su identifier les risques inhérents à la zone euro dans la période pré-crise, le bureau d'évaluation juge que le FMI a manqué d'indépendance tout au long de cette période. Quelles ont été les principales erreurs commises tout au long de ce processus de sauvetage, notamment en ce qui concerne la Grèce ?

Christopher Dembik : Le bureau indépendant d’évaluation du FMI est dans son rôle: analyser les erreurs commises pendant la crise financière mondiale afin d’améliorer les prochaines interventions de l’organisation internationale. Cependant, il serait erroné de sur-interpréter le contenu du rapport récemment publié. En effet, je me souviens très bien de l’atmosphère qui régnait dans les milieux économiques et financiers avant la crise. Personne n’envisageait l’éventualité d’une déstabilisation financière du sud de l’Europe.

Il y avait bien quelques signaux qui pouvaient inquiéter comme la forte baisse des taux d’emprunt de la Grèce dans la foulée de l’adhésion à la zone euro et qui, évidemment, n’était pas en lien avec les fondamentaux économiques et l’évolution budgétaire. Néanmoins, personne n’était en mesure de prévoir cette crise. Il est toujours facile de réécrire l’histoire une fois qu’elle est connue. Il faut absolument éviter ce travers.

Finalement, de mon point de vue, l’erreur majeure du FMI concerne l’analyse de la soutenabilité de la dette grecque. Selon les calculs effectués en 2010, il fallait dégager un excédent budgétaire primaire d’au moins 3% par an pour ramener la dette de 175% du PIB à 120% du PIB en 2022. Il y a deux problèmes principaux avec cette analyse. Premièrement, plusieurs études empiriques récentes, notamment celle de Mendoza et Ostry (« International evidence on fiscal solvency : Is fiscal policy responsible? », Journal of Monetary Economics, vol. 55, 2008), démontrent que plus le niveau de dette en pourcentage du PIB est élevé, plus il sera difficile de générer un solde primaire qui sera suffisant pour revenir à la soutenabilité. Comme le montre l’exemple de la Grèce, un excédent budgétaire primaire même supérieur à 3% n’a pas permis de réduire la dette en pourcentage du PIB et a eu pour effet pervers de comprimer la croissance économique. Deuxièmement, cette analyse ne prend pas en compte de nombreux facteurs macroéconomiques qui ont pourtant une importance cruciale pour la trajectoire de la dette, comme l’inflation et la croissance. C’est finalement sur l’angle de l’analyse de la crise qu’on peut faire des reproches au FMI.

Alors que Dominique Strauss Kahn partage avec Christine Lagarde la direction du fonds durant cette période, peut-on dire effectivement que le FMI n'a pas été objectif dans son jugement de la crise européenne ? Le bureau d'évaluation du FMI souligne ainsi le fait que le fonds a pu s'engager dans une voie favorable au projet européen, mais aurait trop négligé ses faiblesses "Avant le lancement de l'euro en 1999, les déclarations publiques du FMI tendaient plus à rendre compte des avantages de la monnaie unique, et moins aux questions qu'elle posait, comparativement à la recherche globale." En quoi ce biais "politique" a-t-il pu entraîner des erreurs de jugement ?

La zone euro n’est pas un aboutissement économique, c’est une construction politique. De facto, de plus en plus d’économistes sont d’accord pour souligner que la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale et qu’il faudra, pour qu’elle fonctionne mieux, aboutir à des réformes comme un budget de la zone euro substantiel qui puisse permettre des transferts de solidarité vers les pays du Sud de la zone qui n’ont pas renoué avec une compétitivité durable malgré les mesures d’austérité. C’est notamment le cas de l’Italie ou encore de la Grèce dont le PIB à prix constant est toujours inférieur de quasiment 25% à son niveau d’avant-crise. La gestion de la crise de la dette fut politique tout simplement car cela impliquait de mettre à contribution le contribuable européen, via le truchement de prêts bilatéraux pour la Grèce. De fait, comme il n’y a pas d’identité européenne, les Etats ont cherché à défendre leurs propres intérêts, avec succès pour le cas de l’Allemagne. Le résultat fut qu’on a apporté une solution politique à la crise, à savoir des plans d’aide, mais qui ne résout pas la situation économique à moyen et long terme.

 
Commentaires

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  • Par Michèle Plahiers - 04/08/2017 - 10:12 - Signaler un abus Et un pays

    détruit. Quel sera le suivant????

  • Par vangog - 04/08/2017 - 11:21 - Signaler un abus Transferts de solidarité vers les pays sudistes?????

    J'ai bondi sur ma chaise à cette phrase! Vous voulez dire, Dembik, que le socialisme (international, comme le nazisme) a gagné et que la désindustrialisation des sudistes sera totale? Il ne leur restera plus qu'à mendier, pitoyablement, des subventions pour payer leurs 40% de chômeurs et leurs 30% de RSAstes à l'UE, qui le fera en renâclant, trop heureuse d'éviter les émeutes qui feraient tomber ce nouveau mur de la honte socialiste...les ecolo-trotskystes avaient déjà gagné sur le plan des normes, de la repentance et de l'immigrationnisme débridé, les socialistes vont parfaire cette dictature européiste, qui n'a décidément plus rien à envier aux dictatures socialistes d'avant-mur, qu'elles soient nationalistes ou internationalistes...

  • Par Danper - 04/08/2017 - 15:43 - Signaler un abus Le 4e Reich

    L'Allemagne depuis la réunification a atteint son objectif: dominer l'Europe à son profit. Les seul point positif est que cela s'est fait jusqu'à présent sans guerre. Le rêve européen s'est évaporé au profit d'un amalgame d'états dominés par le plus puissant (l'Allemagne) aidé par son acolyte-alibi (la France). Le premier pays récolte l'argent (en accommodant les règles à son profit) pendant qu'il permet au second ses poussées de "grandeur" et d'hyper-nationalisme et également de ne pas respecter les règles et traités qu'ils ont signés, mais qu'ils imposent aux autres d'une main de fer. Vangog avec son arrogance méprisante devrait se rendre compte que la France est dans un état qui n'est pas celui des états "ariens" du Nord mais proches des "sous-hommes" du sud. Les macronléades n'y changeront rien.

  • Par ajm - 04/08/2017 - 15:58 - Signaler un abus Il ne doit pas s'agir de

    Il ne doit pas s'agir de faire subventionner le sud de l'Europe par le nord mais de faire en sorte que la gouvernance économique, financière et monétaire de l'Europe permette au nord et au sud de fonctionner correctement. Si ce n'est pas le cas, tôt ou tard cette Europe éclatera dans la division et le ressentiment, avec une Allemagne détestée ( elle n'a jamais été aimée c'est vrai mais de temps en temps appréciée) et un vrai risque sinon de guerre, en tout cas de cloisonnement profond et de repli de chacun sur ses frontières.

  • Par clint - 05/08/2017 - 09:27 - Signaler un abus L'Europe paie la faiblesse économique de la France !

    Plus ou moins masquée sous Sarkozy par le "Merkosy" le "déclin" de la France s'est aggravé avec Hollande (et Macron en tant que conseiller et ministre!). Macron devra être plus ouvert à la droite si il veut faire réussir la France (beaucoup de députés LR sont prêts à voter les lois économiques)

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Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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