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Fiscalité du capital: quand Bruno Le Maire favorise les rentiers et les spéculateurs

Plus le temps passe, et plus Bruno Le Maire paraît décidément fâché avec les chiffres et la logique fiscale. Son interview aux Échos où il détaille la fiscalité applicable au capital vient d'en apporter une nouvelle démonstration.

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Fiscalité du capital: quand Bruno Le Maire favorise les rentiers et les spéculateurs

Le plan pour les indépendants en avait donné un premier aperçu: Bruno Le Maire comprend mal la problématique des entrepreneurs et se sent beaucoup plus à l'aise avec celle des rentiers et des spéculateurs. L'usine à gaz qu'il est en train de créer sur la TVA des auto-entrepreneurs (on retrouvera demain dans nos colonnes l'interview d'Hervé Novelli sur le sujet) le montre: pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué, et ainsi réduire l'impact des réformes visant à libérer l'activité indépendante en France.

Mine de rien, les annonces qu'il vient de faire sur la fiscalité du capital, et particulièrement sur le prélèvement forfaitaire unique, convergent en ce sens.

Le prélèvement forfaitaire unique à 30% et ses diables dans les détails

Donc, en matière de revenus du capital, le gouvernement entend mettre en place une flat tax de 30% supposée simplifier la vie des assujettis. Or, ceux-ci regroupent deux populations très distinctes: les rentiers qui ont peu ou prou hérité d'un capital, et les entrepreneurs qui ont besoin des revenus du capital qu'ils construisent jour après jour pour vivre et assurer le développement de leur activité. Parfois, les seconds ont besoin de l'argent des premiers pour y arriver, notamment au travers de ventes d'actions qui financent leur investissement. 

Assez curieusement, le gouvernement a entrepris de favoriser les premiers au détriment des seconds. Dans la novlangue macronienne dont Bruno Le Maire s'est emparé, celle s'appelle "récompenser ceux qui prennent des risques". De fait, le langage de Bruno Le Maire fleure bon l'ancien temps: quand le bonhomme fait profession d'un bon sentiment, il faut y comprendre immédiatement le contraire. 

Ainsi, la taxe de 30% est en apparence "juste" socialement puisqu'elle ne s'appliquera pas de façon frontale aux PEL, aux livrets A et autres produits d'épargne liquide, ni aux contrats d'assurance-vie inférieurs à 150.000€. Ceux-là garderont leurs avantages actuels. En revanche, elle s'appliquera au reste, avec une condition nouvelle: les exonérations fiscales pour les actions détenues pendant plus de deux ans (avec différents seuils) disparaîtront. 

Autrement dit, le fils à papa qui s'amuse à spéculer à la bourse sera frappé de la même taxe que l'investisseur de long terme qui immobilise une part de son épargne pour financer le développement d'une entreprise.

Les justifications si peu crédibles de Bruno Le Maire

Pour justifier la suppression d'une mesure qui encourageait au financement durable de l'économie, Bruno Le Maire explique qu'il ne veut pas mettre en place une "usine à gaz". L'homme qui vient de doubler le plafond de revenus de l'auto-entrepreneurs sans toucher au plafond d'exonération de TVA (créant ainsi une superbe usine à gaz) et qui présente une réforme de la fiscalité du capital pour le moins complexe, vient nous donner une leçon de simplification.

 
Commentaires

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  • Par Piwai - 13/09/2017 - 16:06 - Signaler un abus et le PEA?

    C'est pas exactement le bon outil pour les investisseurs de long terme souhaitant soutenir les entreprises et l'economie francaise? A ma connaissance ce support beneficie encore d'une fiscalité particulièrement interessante a 8 ans et plus tout en permettant d'arbitrer ses actions sens fiscalité tant que les liquidités restent sur le compte euro du PEA...

  • Par moneo - 13/09/2017 - 16:25 - Signaler un abus pas tout à fait d'accord

    En général je vous suis mais sur la définition du rentier vous dites "les rentiers qui ont peu ou prou hérité d'un capital, et les entrepreneurs qui ont besoin des revenus du capital qu'ils construisent jour après jour pour vivre et assurer le développement de leur activité." je n'ai pas hérité ,j'ai une petite retraite et j'ai un capital uniquement du à mon travail et me voila l'ennemi à abattre pour vous ..et mr Macron quoique vous disiez ,parce que l'IFI c'est tout de même cela D'après vous pourquoi ces fous furieux du Privé travaillent tard est ce pour qu on les montrent du doigt au soir de leurs vies?et qu'on leur reprochent de ne pas avoir été des cigales .. du racisme anti vieux? Pour le reste je suis d'accord l'effort simplification est en train de tourner à l'effort de complication:A croire qu'au niveau de la haute fonction publique plus personne n'est capable de faire la synthèse des conséquences de leurs décisions.

  • Par toupoilu - 13/09/2017 - 16:41 - Signaler un abus Moi j'aimerai bien savoir une fois pour toute

    Si cette "flat taxe" à 30% comprend aussi la CSG et autres, parce que sinon, ça va faire lourd.

  • Par toupoilu - 13/09/2017 - 16:46 - Signaler un abus Et si on pourra reporter les pertes d'une année sur l'autre,

    Actuellement on peut le faire pour l'IR, mais pas pour la CSG. Ce qui réduit grandement l’intérêt du compte titre classique.

  • Par tiopere 1 - 13/09/2017 - 16:54 - Signaler un abus la réforme prévue de l'ISF est stupide

    en effet , il fallait aller jusqu'au bout et la supprimer complétement . On va donc continuer a taxer ces salauds de propriétaires rentiers qui se sont constitué un patrimoine immobilier locatif en guise de complément de retraite et dont beaucoup sont incapables de faire face aux dépenses engendrées par des grosses réparations , surtout dans les grandes villes . Que l'on s'étonne pas si la France compte des millions de sans logis ou de mal logés . Des économistes "avertis" font ressortir qu'en Allemagne , de nombreux travailleurs pauvres sont obligés d'accepter plusieurs petits boulots pour survivre en oubliant qu'ils ont l'avantage de se loger assez facilement ,car outre-rhin , les propriétaires immobiliers n'ont pas été "massacrés " comme chez nous .

  • Par moneo - 13/09/2017 - 17:19 - Signaler un abus @toupoilu

    flat tax =iRPP+CSG ce qui fait que les plus imposés gagneront quelque chose et la classe moyenne pas comme on va diminuer les classes les moins imposées ;la conséquence de tout cela? ce seront les classes moyennes qui porteront le fardeau de dépenses à la mode ..et notamment le verdissement de la politique Présidentielle ,toujours et plus que jamais incontournables, mêmes celles désastreuses pour notre compétitivité

  • Par ajm - 13/09/2017 - 17:23 - Signaler un abus La rente du preneur de risque.

    Opposer systématiquement rentiers et entrepreneurs n'est pas très pertinent. Même les entrepreneurs les plus dynamiques vieillissent et savent qu'un jour ils devront passer la main. Ils ont besoin, à un moment ou un autre, de monetiser une partie au moins de leur patrimoine entrepreneurial et d'en convertir partiellement le produit en revenu à peu près stable et pas trop risqué pour leur vie de retraité. Ce revenu "terminal" est une rente en quelque sorte, fruit final d'une vie professionnelle consacrée à la prise de risque et qui se termine bien ( ce n'est évidemment et par construction toujours le cas, loin s'en faut). On ne vit pas dans le risque toute sa vie sauf au cinéma.

  • Par toupoilu - 13/09/2017 - 19:20 - Signaler un abus Merci, moneo.

    .

  • Par mymi - 14/09/2017 - 14:35 - Signaler un abus merci Moneo

    je suis exactement dans cette situation. issue d'une famille modeste, je me suis toujours montrée fourmi pour être assurée de faire face aux défaillances du destin. Aujourd'hui, parce que simplement propriétaire et recevant une pension simplement raisonnable mais sans prêts en cours grâce à une gestion pertinente et non cigale, me voici l'objet de la réprobation de Micron et ses sbires qui cachent à peine ce qu'ils pensent de nous "salauds de retraités". N'est-il pas normal qu"'après 41 ans à 60h par semaine (cadre) certains d'entre nous ai pu réussir à avoir un peu de patrimoine. Un patrimoine, ça se construit dans le temps, et à 25 ans je louais une chambre de bonne, je travaillais pour payer mes études et ne mangeais qu'une fois sur deux...je ne m'en suis jamais plainte. je construisais ma vie. ras le bol de voir insulter tout ce que nous avons contribuer à construire, pas notamment un Micron né avec une cuillère en or dans la bouche...

  • Par mymi - 14/09/2017 - 14:40 - Signaler un abus petite précision

    pas de prêt en cours, car maintenant totalement remboursé et non parce que payé cash !!!!

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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