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La finance maîtrisée ? Moins que jamais alors même que le shadow banking est en train de s'imposer comme le mode de financement privilégié des émergents

Le shadow banking chinois s'est financé auprès des banques et des grandes entreprises publiques, créant ainsi le risque d'une forte contagion systémique en raison de l'insolvabilité de nombreux créditeurs, collectivités locales en tête.

Menace fantôme

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La finance maîtrisée ? Moins que jamais alors même que le shadow banking est en train de s'imposer comme le mode de financement privilégié des émergents

Le shadow banking chinois s'est financé auprès des banques et des grandes entreprises publiques. Crédit Reuters

Atlantico : Mark Carney, dirigeant de la Banque d'Angleterre, a récemment fait part de ses inquiétudes sur la popularisation du shadow banking dans les pays émergents, cette tendance représentant d'après lui l'un des principaux risques financiers à l'heure actuelle. Peut-on définir tout d'abord concrètement ce que représente cette pratique ?

François Leclerc : Comment décrire simplement le shadow banking ? Ce n’est pas facile car on y enfourne tout ce qui ne relève pas du secteur bancaire régulé, comme dans une sorte de fourre-tout. Le fait que l’on a du mal à le définir reflète combien le monde financier s’est complexifié.

Car il y a foule : le Conseil de stabilité financière (FSB) y regroupe les fonds d'investissements, les fonds monétaires, les sociétés de financement et entités spécialisées dans les titres qui fournissent des crédits ou des garanties de crédits, et encore les entreprises d'assurance ou de réassurance qui émettent ou garantissent des produits de crédit.

A sa grande diversité correspondent autant d'interrogations sur sa régulation, dont la mission a été confiée au FSB (qui la poursuit lentement). Celui-ci mène ses réflexions dans cinq grands domaines : l'interaction des banques avec le système bancaire parallèle, les fonds monétaires, les autres entités qui ont des activités bancaires dans un environnement non régulé, la titrisation, ainsi que le prêt de titres et le refinancement. Mais avancer dans la régulation du shadow banking est un véritable travail de fourmi dont on doit se demander ce qu’en sera le débouché. Il faudrait non pas s'en tenir aux structures, comme cela a déjà été décidé à tort pour le système bancaire, ou même aux marchés, mais aux instruments financiers eux-mêmes, car là se trouve la clé de toute régulation effective. Et l'on en est pas là. Quoiqu’il en soit, la lenteur avec laquelle il est procédé, ainsi que les obstacles qui sont rencontrés, augurent mal de la suite. Si l'on en veut une confirmation dès à présent, il suffit de se référer à la débâcle qu'a connue la réforme des fonds monétaires engagée par la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine.

L’expression "shadow banking" traduit un mystère mais induit deux idées fausses. La première est que par opposition à ce qui serait dans l’ombre, le secteur bancaire serait dans la lumière, alors que son opacité est tout aussi avérée ; la seconde, que ces deux secteurs d’activité financière seraient distincts, alors qu’ils sont en réalité étroitement interconnectés.

Les pays dits "en développement" sont particulièrement friands du shadow banking à l'heure actuelle. Comment l'expliquer ? Quel intérêt un pays comme la Chine, pour prendre cet exemple, y trouve-t-il ?

Faut-il considérer que le shadow banking qui s’est développé en Chine est plus particulièrement préoccupant, comme craint par Mark Carney ? Cette distinction entre systèmes des pays émergents et de ceux qui ne le sont pas ne me semble pas avoir plus de pertinence que celle que l’on opère entre les banques régulées et le shadow banking. Le monde financier est globalisé et cela ne se manifeste pas seulement par son ignorance des frontières, mais aussi par la profonde interconnexion de toutes ses composantes. Il est devenu systémique par nature et endiguer ce danger-là est une gageure. Ben Bernanke, du temps où il était président de la Fed, avait reconnu que l'on ne savait pas le conjurer. En conséquence, ce ne sont pas les structures qu’il faut réglementer, mais les instruments financiers qui doivent être proscrits, quand ils ne contribuent pas effectivement au financement de l’économie. Quand ils sont "socialement inutiles", comme l’avait observé à la grande surprise de tous Adair Turner, du temps où il était président de l’autorité régulatrice britannique.

En quoi le shadow banking chinois serait-il donc plus particulièrement préoccupant ? Parce qu’il est apparu plus vite et est en prise directe avec le financement de l’économie ? Le danger ne proviendrait-il pas plutôt de l’énorme bulle d’endettement qui résulte de l’injection massive de liquidités par la banque centrale, afin d’amortir dans l’urgence le choc de la crise occidentale ? Encore un problème de dette et de solvabilité, décidément ils s'accumulent ! Car les autorités chinoises ont récolté ce qu'elles ont semé : une mauvaise allocation du crédit. Les liquidités n’ont pas alimenté comme souhaité l'économie mais ont été captées par les banques et les grandes entreprises publiques. Et l’essor du shadow banking chinois a répondu aux besoins de financement des activités économiques qui n’ont pas accès au secteur bancaire public. Mais ses entités ayant pignon sur rue se sont financées auprès des banques et des grandes entreprises publiques, créant ainsi le risque d'une forte contagion systémique en raison de l'insolvabilité de nombreux créditeurs, collectivités locales en tête. Le système financier chinois est lui aussi systémique, et le risque provient de l’éclatement non maitrisé de la bulle du crédit. La dette, toujours la dette...

 
Commentaires

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  • Par ignace - 12/05/2014 - 14:07 - Signaler un abus M leclerc....toujours clair et precis...merci

    sur un sujet a très haut risque et que l'on évite d'aborder...le principal étant de laisser se développer l’autoflagellation et l'affrontement idéologique au sein des peuples de la planète. Haut landes a bien "bouffonné" autour de ses envolées lyriques sur la finance, puis s'est désintégré en plein vol..... le seul discours de qualité sur le sujet était celui de Sarkozy a Toulon le 25 septembre 2008..tous les sujets étaient abordés avec clarté....dommage que l'application n'ai pas suivie... http://www.youtube.com/watch?v=OLmC47ZoQuI

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François Leclerc

François Leclerc est chroniqueur de "L'actualité de demain" sur le blog de Paul Jorion ainsi que dans La Tribune.

Il est également l'auteur de "Fukushima, la fatalité nucléaire", aux éditions "Osez la République sociale!".

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