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Femme au foyer, le plus beau métier du monde et pourtant… les mères qui travaillent sont moins stressées

Qu'elles restent à la maison par choix ou parce qu'elles y sont contraintes, les femmes au foyer sont soumises à un grand stress.

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Femme au foyer, le plus beau métier du monde et pourtant… les mères qui travaillent sont moins stressées

Qu'elles restent à la maison par choix ou parce qu'elles y sont contraintes, les femmes au foyer sont soumises à un grand stress Crédit Reuters

Atlantico : Selon différentes études de plusieurs sociologues, les mères actives seraient moins stressées au travail qu'à la maison et les mères au foyer le seraient plus que celles qui exercent une activité professionnelle. Comment expliquer ce phénomène ? 

Gérard Neyrand : C'est un phénomène plus ou marqué en fonction du pays car la situation des femmes est différente d'un pays à l'autre. C'est sans doute un phénomène moins marqué en France car la norme aujourd'hui est que les femmes travaillent au même titre que les hommes. Il y a donc de moins en moins de femmes au foyer.

La plupart des femmes au foyer se trouvent dans les couches les plus élevées de la société ou dans les classes les plus faibles. La France a une situation spécifique car il y a moins de femmes au foyer qu'en Allemagne ou aux Etats-Unis où le modèle de la femme au foyer est encore très répandu. En France on a plutôt le modèle du couple à double carrière. Etre femme au foyer peut être vécu comme quelque chose de peu valorisé voire de dévalorisant dans certains cas. Cela peut être la raison du stress de ces femmes. Les stress sont différents selon les situations. Le stress de la grande bourgeoise qui a plusieurs salariés sera plutôt relatif à l'aide qu'elle peut apporter à la carrière de son mari, à la réception qu'elle doit offrir à ses invités... La femme au foyer à revenus modestes sera stressée face au jonglage qu'elle doit effectuer entre sa famille et sa recherche d'emploi par exemple. 

Aujourd'hui en France, peut-on différencier sociologiquement les mères au foyer et celles qui exercent une activité professionnelle ? 

Au niveau de l'éducation, si l'on parle en général, plus on a un diplome élevé, plus on a de "chances" de travailler. C'est quelque chose de très manifeste pour les femmes. Les milieux où les femmes restent au foyer sont souvent modestes, leur niveau d'étude est faible. Ces femmes se valoriseront par leur relation avec leurs enfants et non avec leur travail. 

Les relations avec les autres se multiplient quand on a une activité professionnelle, cela peut-il être un facteur qui expliquerait le stress des mères au foyer qui ont moins d'interactions sociales ? 

Le fait de travailler augmente le champ des relations et rompt l'isolement et la solitude que certaines femmes peuvent connaitre. Ne pas travailler peut pousser à l'isolement, le nombre de relations est faible. Ca peut être mal vécu par les femmes au foyer qui vont chercher à sortir de cet isolement pénible et stressant. 

Le contrôle des émotions varie t-il selon l'endroit ou se trouve la mère ? Quelle influence cela a-t-il sur le stress ? 

Plus on entre dans la sphère de l'intimité c'est-à-dire dans la famille, plus le contrôle social perd de l'importance. Dans l'espace public et professionnel on se contrôle beaucoup plus. La deuxième question dépend des personnes. En effet, on contrôle plus son stress au travail mais cela ne veut pas dire qu'il disparaît. Selon les personnes, il va s’amenuiser ou s'amplifier. 

Bénéficions-nous de moyens d'évacuer le stress dans notre relation au travail que l'on ne retrouve pas dans notre relation à notre famille ? 

L'expression de ses problèmes professionnels est sans doute plus facile que celle de ses problèmes personnels. 

Au travail, la personne s'implique moins que dans sa vie personnelle, les problèmes sont gérés de façon plus rationnelle et sont moins perturbateurs au niveau affectif. Au travail, il y a un nombre important de codes, on va se maîtriser beaucoup plus qu'à la maison. Il est bien sûr difficile d'avoir un discours général. Chaque personne est différente, chaque situation est différente. 

Il est vrai que le fait de se dire, après une journée de travail, que l'on peut arrêter pour en changer existe mais il est beaucoup moins vrai qu'il y a trente ans. A cause de la crise économique, du chômage, de la concurrence sur le marché de l'emploi...

 
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Gérard Neyrand

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. 

Il a publié de nombreux ouvrages dont Corps sexué de l’enfant et normes sociales. La normativité corporelle en société néolibérale  (avec  Sahra Mekboul, érès, 2014) et, Père, mère, des fonctions incertaines. Les parents changent, les normes restent ?  (avec Michel Tort et Marie-Dominique Wilpert, érès, 2013).

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