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Féminisme, libéralisme et ordre moral : quand la liberté contemporaine en vient à être liberticide

La libre parole génère un ordre moral d’autant plus implacable qu’il n’est imposé ni par la loi ni par un pouvoir. Nul besoin d’Etat totalitaire : c’est ici la liberté elle-même qui s’avère liberticide.

Paradoxe

Publié le - Mis à jour le 8 Août 2018
Féminisme, libéralisme et ordre moral : quand la liberté contemporaine en vient à être liberticide

J’étais de « celles et ceux » qui se sont réjouis de la tribune des cent femmes. Cette tribune, malgré ses nombreux défauts, fut salutaire dans la mesure où elle a brisé la vague médiatique sans précédent qui a vu se déchaîner un féminisme idéologique ne laissant aucune place à la contradiction. L’idéologie en question n’est sans doute pas la plus méchante que la terre ait portée, mais c’est assurément l’une des plus bêtes. Il est difficile, par exemple, de trouver la moindre vertu intellectuelle et morale à « l’écriture inclusive » ou à un révisionnisme culturel conduisant à ostraciser la quasi-totalité des plus grandes œuvres de l’esprit humain.

Il était notamment important que des femmes portent « une autre parole » afin que l'on puisse commencer à sortir du dogme de l’essentialisme sexiste imposé par le néoféminisme, suivant lequel la pensée, le jugement moral, la compassion et la solidarité, le respect de l’autre ou la méchanceté seraient « genrés ». Les divergences d’appréciation, y compris sur les questions du féminisme ou de la violence faite aux femmes, n’ont pas à être interprétées a priori – sauf à nier le propre de l’humain, sa capacité d’abstraction et de réflexion – en fonction du sexe de celui qui s’exprime.

Par-delà les excès de la polémique née de cette tribune, il est toutefois nécessaire d’en souligner le véritable enjeu, lequel n’a pas fini de faire débat. Les noms d’oiseau échangés durant la querelle (« puritanisme totalitaire » versus « antiféminisme réactionnaire ») ne sont en effet guère pertinents. Cette querelle constitue en réalité un symptôme des contradictions de la société individualiste et libérale dans laquelle nous sommes définitivement entrés.

La morale et le droit de la société individualiste sont toujours davantage sous l’influence de l’affirmation de la liberté individuelle et du principe de non nuisance qui l’accompagne nécessairement. L’article 4 de la Déclaration de 1789 formule à la perfection la définition de l’idéal de liberté individuelle qui est devenu la norme de nos sociétés : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » Au premier abord, cette définition implique l’obligation de limiter au strict nécessaire (à la coexistence des libertés) l’empêchement de la liberté individuelle par la loi et l’Etat, ce qui définit le libéralisme. Cette exigence libérale de fonder le droit sur le principe de non nuisance a été formulé fort clairement par John Stuart Mill : « La seule raison légitime que puisse avoir une communauté civilisée d’user de la force contre un de ses membres, contre sa propre volonté, est d’empêcher que du mal ne soit fait à autrui. » Cet impératif a pu paraître émancipateur, dans la mesure où il conduisait à démanteler l’ordre moral et juridique fondé sur des interdits religieux ou sur le respect d’un ordre naturel objectif. Dans l’ordre de la sexualité, par exemple, cela implique la reconnaissance de la liberté sexuelle et amoureuse, notamment pour les homosexuels, dès lors que le rapport sexuel concerne des adultes consentants.

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 23/01/2018 - 08:37 - Signaler un abus Tout ce cinéma nous amène

    Tout ce cinéma nous amène tout doucement à accepter que les gourdasses se voilent pour échapper aux prédateurs masculins !! Mais vouloir à tout prix déclencher une guerre homme femme est totalement contre-productif quand pour 1/3 de l'humanité, la femme est l'égale de la chèvre..... ...Avec quelques qualités en moins ... la femme ne produit pas autant de lait !

  • Par assougoudrel - 23/01/2018 - 11:17 - Signaler un abus C'est pourquoi, pour l'homme,

    on a inventé "l'After chèvre".

  • Par A M A - 23/01/2018 - 17:27 - Signaler un abus Comment le monde a t'il pu

    Comment le monde a t'il pu survivre jusqu'à maintenant?

  • Par Anouman - 23/01/2018 - 22:50 - Signaler un abus Intoxication

    On est dans une société où l'on s'intoxique avec des mots qui n'ont pas de sens. Car les mots ont juste le sens que leur auteur leur donne. Tout est prétexte à traumatisme et "stigmatisation". C'est une société de pleurnicheurs qui n'étant pas capables de s'assumer, s"en prennent aux autres pour ne pas regarder leur incapacité à exister par eux mêmes.

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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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