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Faut-il laisser tomber l'allemand, le chinois ou l'espagnol et faire code informatique seconde langue ?

La question de l’apprentissage de langages informatiques à l’école fait son chemin. C’est le sens du projet Code.org qui mobilise des stars du web et des nouvelles technologies pour inciter à l’enseignement de lignes de code aux têtes blondes outre-Atlantique. En France, le patron de Free, Xavier Niel, tenait des propos similaires lors de sa conférence annonçant son projet d’école informatique gratuite.

Ecole ++

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Il y a des résistances de nature doctrinale, et d'autres, à l'enseignement de l'informatique en général et du code informatique en particulier. Ce qui est nouveau a toujours du mal à émerger. Déjà, Confucius mettait en garde : "Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi ceux qui voulaient faire la même chose, ceux qui voulaient faire le contraire et l'immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire."

Rappelons l'essentiel. L'informatique et le numérique sont présents dans la vie quotidienne de tout un chacun. L'informatisation est la forme contemporaine de l'industrialisation. On ne compte plus les débats de société suscités par l'informatique, la science qui est au cœur du numérique. Il s'agit donc, avec un enseignement de l'informatique au collège puis au lycée dans une discipline scolaire en tant que telle, après une sensibilisation à l'école primaire, de donner à tous les élèves les moyens de comprendre et de maîtriser le monde dans lequel ils vivent, d'encourager leur créativité, de former "l'homme, le travailleur et le citoyen", à savoir les missions de l'Ecole.

Il faut donner à tous les élèves la culture générale de leur époque.

Des premiers pas ont été faits : création à la rentrée 2012 de l'enseignement de spécialité optionnel "Informatique et sciences du numérique" (ISN), extension en Terminale ES et L à la rentrée 2014 sous forme d'une option, enseignement d'informatique à la rentrée 2013 pour les élèves des classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques. Ils en appellent beaucoup d'autres.

Rémi Boulle : C'est simplement devenu nécessaire. Sans forcément rajouter une discipline de plus, on peut tout à fait introduire un enseignement de l'informatique dans le cadre des cours de technologie et ce dès le collège. Il est temps de former des élèves qui auront la capacité de devenir des citoyens informatiquement éclairés ou des créateurs et plus uniquement des consommateurs de prisons numériques que l'on pilote avec son doigt.

Des résistances ? Oui, elles sont importantes. J'en vois essentiellement deux. D'une part, les mêmes personnes qui ont fait perdre plus de 10 ans au système éducatif avec le B2i et parlent encore, en 2013, de "révolution du numérique" ne veulent toujours pas entendre parler d'un enseignement de l'informatique. Elles sont prises en otage de leurs propres constructions intellectuelles erronées et font un lobbying forcené à longueur de colloques et de salons "entre soi".

D'autre part, l'opportunisme et la naïveté de certains élus des départements ou des régions. Ce sont eux qui équipent collèges et lycées en matériel informatique. L'achat massif de matériel informatique est un moyen commode et opportun pour montrer à leurs électeurs leur attachement à l'école. Par conséquent on déploie des milliers de tablettes sans discernement ni consultation. Naïvement ils pensent que cela répond à une demande des personnels enseignants.

Ces deux obstacles s'entretiennent en plus mutuellement. Les premiers, vu leur pauvre représentation de l'informatique n'ont besoin que de "minitels tactiles 2.0" pour ce qu'ils appellent "innover pédagogiquement" et les autres les leur fournissent trop contents de croire satisfaire des besoins et œuvrer pour l'intérêt général. Où est la plus-value pédagogique ? Dans ce schéma-là, l'informatique en tant qu'objet d'enseignement n'a malheureusement pas sa place et c'est un problème pour la société.

Alors qu'en France on équipe massivement des élèves avec des prisons numériques de type iPad, en Angleterre, on leur distribue des Raspberry Pi ou des Arduino. C'est environ 20 fois moins cher et permet de réelles pratiques pédagogiques créatrices de connaissances en informatique. Comme l'a dénoncé l’association Pullco : « en choisissant de distribuer des iPad aux collégiens, le Conseil Général de la Corrèze a fait le choix politique de suivre un effet de mode, en privilégiant le paraître au bon sens. »

Que les politiques se réunissent avec les professeurs pour décider ensemble ce que sera l'école du XXIème siècle. Pour nous il est clair que ce n'est pas celle où le "numérique", mis à toutes les sauces, est un simple outil. C'est celle qui utilise des logiciels libres, des formats ouverts et où on apprend l'informatique au sens large. Espérons qu'au moins cette priorité soit enfin inscrite dans la loi.

 
Commentaires

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  • Par manuaudierne - 03/06/2013 - 09:11 - Signaler un abus informatique

    Oui, l'informatique et internet deviendront de plus en plus important dans l'avenir. En conséquence de quoi, il me paraît pertinent de l'enseigner dans les écoles.

  • Par Peter6809 - 03/06/2013 - 10:11 - Signaler un abus Bien sur

    Il est évident qu'il faut enseigner des langages informatiques. Peu importe lequel, d'ailleurs. L'essentiel est de donner la tournure d'esprit nécessaire à comprendre les langages. J'ai fait du Fortran dans les années 65/70 (oui, on apprenait ça dans les écoles de chimie, de même que des notions d'électricité et de mécanique!), puis du Basic, puis de l'assembleur, puis du pascal, puis du html...Le tout est d'avoir la curiosité intellectuelle, et la philosophie est la même (en gros...) Par contre, à l'instar de nos prof de math en prépa, que l'on en profite pour apprendre le français! Les page de code avec des commentaires truffés de fautes d’orthographe et de français sont une catastrophe.

  • Par pemmore - 03/06/2013 - 11:28 - Signaler un abus Et puis une matière qui se prolonge à la maison, c'est top,

    personne en dehors de l'école ne va s'amuser à résoudre une équation au 2ème degré; Mais ouvrir un terminal. Faire des choses simples genre free -m. trouver le lieu d'origine d'ou vient un traqueur . Se lancer dans des gifs animés. Puis écrire des petits scripts sous mozilla firefox et greasemonkey. Aller plus loin avec symfony2, trouver un vieux serveur sun à 50 euro et se monter son petit site internet. Bien sur il y aura pas beaucoup de visites, mais trop drôle. Et évidement se balader dans le monde du libre, pourquoi se contenter de ce qui est maché, sortir de la boîte de conserve, prendre son tablier et cuisiner.

  • Par fascicule - 03/06/2013 - 12:46 - Signaler un abus informatique

    L'informatique devrait être enseigné dès le plus jeune âge. Cela permet d'être opérationnel de chez soi, sur n'importe quel poste de travail et de créer son activité qu'elle soit ludique ou professionnelle. Les implications en termes d'emplois sont exponentielles. Comme l'on dit "la France n'a pas de pétrôle mais elle a des idées" alors donnons aux jeunes les bases pour s'en sortir.

  • Par cubrad - 03/06/2013 - 13:28 - Signaler un abus ouais bof

    tout les esprits ne sont pas fait pour la programmation. On va encore faire des générations d’angoissés persuadés de leur nullité — comme on a fait avec les maths — alors qu’ils sont destinés à d’autre type d’activité.

  • Par jean-paul - 03/06/2013 - 13:46 - Signaler un abus faut laisser tomber l'anglais aussi alors

    ou bien l'espagnol

  • Par Tan - 03/06/2013 - 14:56 - Signaler un abus Vue la manière

    dont différentes disciplines sont abordées à l'école, je crois que ce nouvel enseignement sera une très bonne méthode pour dégouter des générations d'écoliers de l'informatique. Le langage informatique n'est qu'un outil qui peut être maitrisé et utilisé par tout individu, non débile, qui a appris à raisonner que ce soit en javanais ou en serbo croate. La priorité est donc d'apprendre aux élèves les bonnes bases en Français, mathématiques et musique. Le reste suivra, le français leur permettant d'exprimer leurs pensées, les mathématiques pour la logique et la musique pour former l'oreille au sonorités propres aux langues étrangères. Tout le reste est du pipeau pour la masturbation intellectuelle de fonctionnaires de L'EN en manque de promotion.

  • Par autodidacte.info - 03/06/2013 - 17:22 - Signaler un abus Ne pas en faire une nécessité mais proposer en option

    C'est vrai que de très nombreux pays industrialisés ne jurent que par l'économie numérique, et que la France est à la traîne. De là à imposer le code à l'école, bof. D'autant plus que, comme le disent certains dans leurs commentaires, apprendre à lire n'enseigne pas à réfléchir... S'il s'agit de "pondre du code" (expression du milieu informatique dont je fais partie) sans comprendre le pourquoi du comment, cela ne donnera qu'une armée de perroquets. Et quel code, d'abord ? Attention à l'enfermement et aux lobbys de grosses entreprises qui vont forcément chercher à mettre en avant leur technologie. "Code is poetry" dit l'Autre (le code c'est de la poésie). Et c'est vrai qu'il est bon d'en apprendre plusieurs (Lisp, Fortran, C, Python...) pour se faire son idée du langage en tant que concept. Tout comme il est bon de comprendre le concept intellectuel de l'Allemand, de l'Anglais, etc... Car lire "dans le texte" n'a pas son pareil : on s'approprie l'Autre au travers de sa propre histoire. L'éducation à la programmation pourrait se faire de façon ludique et créative, mais en gardant en tête un impératif : l'apprentissage de la réflexion par soi-même, pas de la consommation !

  • Par cdg - 03/06/2013 - 17:44 - Signaler un abus au fou

    etant personellement informaticien et codant tous les jours, il est stupide de voir ce type de proposition. une des rare chose que j ai appris al ecole et qui me sert, c est justement les langues etrangeres Les langauge pour coder changent regulierement, les pllus commun maintenant sont java et C#, et ils ont a peine 10 ans. Pire encore, il ne s agit pas seulement d un changement de syntaxe mais aussi de logique (passage de la programmation structuree de type C/pascal a l oriente objet) a quoi ca sert a 99 % de la population d ecrire quelque lignes de code (qui plus est de faible qualite)

  • Par Bernard Mitjavile - 03/06/2013 - 19:17 - Signaler un abus Mieux définir ce que l'on entend par informatique

    A cdg. D'accord avec votre critique sur les langages informatiques mais il y a quand même une façon de raisonner derrière, de faire preuve d'un peu de créativité en mettant au point des programmes simples qui me semble importante. Le problème quand on parle d'informatique à l'école, c'est l'absence de créativité, pour beaucoup, il s'agit de savoir utiliser la suite office (word excel et autres). L'école n'est pas souvent un lieu où l'on développe la créativité mais plutôt où l'on parle de l'avenir avec des idées du passé.

  • Par eliante94 - 05/06/2013 - 19:24 - Signaler un abus Libre

    @JPA: L'informatique a été définie comme science de l'information. Réduire son enseignement à celui de la programmation en donnerait une vision bien limitée. @RB: aussi respectable que soit l'option "libre", c'est un choix idéologique (au sens noble du terme), et indépendant des contenus scientifiques de l'informatique.

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Jean-Pierre Archambault et Rémi Boulle

Jean-Pierre Archambault est président de l'association Enseignement Public & Informatique (EPI) dont l'objectif est de promouvoir l'enseignement de l'informatique en France.

Rémi Boulle est vice-président de l'April (Association de promotion et de défense du logiciel libre) en charge des questions d'éducation.

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