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Faut-il laisser mourir les banques les plus faibles ?

La BCE va passer au crible 124 banques européennes d'ici octobre 2014. Danièle Nouy, dirigeante du Mécanisme de supervision bancaire européen, a estimé qu'il fallait accepter le fait que "certaines banques n'ont pas d'avenir". Une déclaration choc mais qui, à terme, semble être la moins mauvaise solution.

Darwin

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Faut-il laisser mourir les banques les plus faibles ?

24 banques européennes vont être passées au crible par la BCE. Crédit Reuters

Atlantico : Dans un entretien accordé au Financial Times, Danièle Nouy, dirigeante du Mécanisme de supervision bancaire européen, a estimé qu'il fallait "accepter le fait que certaines banques n'ont pas d'avenir". "Nous devons en laisser quelques-unes disparaître de manière ordonnée, et pas forcément essayer de les fusionner avec d'autres institutions", a-t-elle jugé. Cette position vous paraît-elle juste ?

Vincent Bénard : Ce principe est juste pour deux raisons : Tout d’abord, c’est la vie normale des entreprises non financières, qui peuvent mourir lorsqu’elles ne sont pas assez performantes.

L’on peine à distinguer un principe philosophique ou moral qui imposerait de traiter les banques différemment. D’autre part, maintenir en vie des banques mal gérées, et ce avec l’argent du contribuable, conduit à inciter les autres banques à modifier leur comportement en fonction de cette aide potentielle, et à adopter des comportements court-termistes, générateurs de gros bonus pour les dirigeants dans les bonnes années, mais synonymes de report des pertes sur le contribuable en cas de retournement de conjoncture. Nous devons absolument sortir de cette logique de privatisation des profits et de collectivisation des pertes qui a trop longtemps prévalu dans une certaine partie de la haute finance. 

Ceci dit, du principe à l’implémentation, il y a une marge. La clé sera la façon dont l’Union Européenne traduira dans ses textes l’obligation de résolution bancaire par “bail-in”, c’est à dire par mise à contribution progressive des titulaires de droits sur le passif bancaire. Cette évolution est indispensable pour permettre de laisser de grosses banques systémiques choir sans provoquer de chaos, mais du principe -excellent- à l’application, le diable peut se nicher dans de nombreux détails.

Ce positionnement semble en totale contradiction avec les préceptes énoncés depuis 2008 et la chute de Lehman Brothers. Quelles seraient les conséquences d'un tel agissement ?

Ce n’est pas exact. Il est en revanche en totale contradiction avec la politique des gouvernements, notamment américain, depuis le sauvetage de la banque Franklin en 1974 ou Continental Illinois en 1982, et de la plupart des gouvernements occidentaux depuis cette date, comme ce fut le cas en France pour le Crédit Lyonnais ou Dexia.

Aux USA, la faillite des petites banques a toujours été acceptée et gérée par un organisme d’assurance des dépôts publics, la FDIC, financé par des cotisations des banques elles mêmes. En revanche, les grosses banques, par manque d’outils efficaces de gestion des risques dits “systémiques”, ont bénéficié de plus de 1000 milliards d’aides directes diverses entre 2008 et 2010. Mais Depuis 2010, le congrès a adopté une législation, le Dodd Frank Act, qui comporte un volet à mon avis positif, prévoyant la résolution de la faillite des grandes banques par Bail-in, sans nouvelle intervention du contribuable.

Il est encore trop tôt pour dire si la loi Dodd-Frank a vraiment changé en bien le comportement des banques, d’autant plus que cette loi, à côté de ce volet salutaire en terme de gestion de faillites, comporte beaucoup de points contestables sur la gestion courante des banques.

Mais la fin effective des mécanismes assurant aux banques “Too Big To Fail” le secours automatique de l’État assainirait grandement le marché financier, en obligeant les conseils d’administration et les créanciers des banques à se montrer beaucoup plus regardantes sur le niveau de risque porté à leur actif. Les créanciers obligataires notamment, devant considérer un risque de perte plus élevé, devraient sans doute augmenter leur prime de risque, et donc le taux auxquels ils acceptent de prêter leurs fonds à ces banques.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/02/2014 - 11:41 - Signaler un abus Avant de laisse mourir les banques les plus faibles, il faudrait

    surtout ne pas en créer d'autres et encourager ainsi une concurrence sauvage! Pourquoi l'UMP et le PS-ultra gauche ont-ils faits de la Poste une banque afin de sauver un monopole d'état postier dont personne ne veut plus, car non rentable? Telle est l'absurdité du système PS-UMP-Ultragauche, qui dépeuple nos campagnes de services utiles et peuple nos villes bobos de services pléthoriques tellement concurrentiels qu'ils nécessitent l'aide de l'état pour survivre? Cet argent aurait été plus utile à maintenir des bureaux de poste (dont les locaux avaient été payés par le contribuable) dans nos petits villages qui se dépeuplent, que pour des banques sans morale....

  • Par Anguerrand - 22/02/2014 - 12:33 - Signaler un abus Laisser mourir certaines banques

    c'est laisser sur le carreau du personnel et ruiner les clients. La solution du rachat- regroupement avec une banque solide est préférable à moins que certaines soient dans une situation catastrophique. Dexia est le cas type, à contrario de la banque à laisser mourir, le coût étant trop élevé pour le contribuable, et est elle vraiment sauvée?

  • Par vangog - 22/02/2014 - 13:38 - Signaler un abus @Anguerrand Les clients de DEXIA sont les municipalités

    et les collectivités UMP-PS-PC-écolo-frondegauchistes ! Vous souhaitez les voir mourir?...

  • Par pemmore - 22/02/2014 - 14:47 - Signaler un abus Prendre pitié de voleurs, faudrait être stupide,

    2000 j'ouvre un compte à vue pour créer une entreprise et j'ai changé d'avis. J'ai oublié la somme, il y a 2 ans je reçois un courrier disant que cette somme leur coûtait trop à garder et qu'ils me piquaient mon fric. La première fois de ma vie qu'on me dit que ça coûte de l'argent quand on le prète. Connaissant cette bande d'aigrefins, je suis sur que ces 100 francs se sont transformés en 200 euro. Maintenant quand une banque fait faillite, j'applaudis à 2 mains.

  • Par epsy - 22/02/2014 - 17:09 - Signaler un abus il ne faudrait pas perdre de vue

    qu'une banque n'est qu'une entreprise privée, que les actionnaires n'ont qu'un but lucratif, qu'ils décident eux-mêmes des risques qu'ils souhaitent prendre. gros risques, gros profits ou grosses pertes. à eux de choisir. faire supporter leurs risques aux clients et contribuables n'est pas dans l'esprit capitaliste que les banquiers revendiquent; qu'ils assument eux-mêmes leurs faillites.

  • Par sbgf43 - 22/02/2014 - 17:32 - Signaler un abus C'est aux actionnaires de

    C'est aux actionnaires de mettre la main a la poche et non aux contribuables Nous ne voulons pas de la socialisation / nationalisation des pertes

  • Par Max68 - 22/02/2014 - 17:53 - Signaler un abus S'informer sur la monnaie.

    Il faudrait faire mourir les banques tout court... ou en tout cas les priver de ce droit complètement incohérent qu'elles ont de créer de l'argent dette ex nihilo. un système qui a deux inconvénients mortels pour toute démocratie : 1) Création inévitable d'une dette exponentielle puisque les intérêts des emprunts ne sont pas décréés, contrairement à la somme de l'emprunt une fois remboursé. 2) Ainsi, ce système est tout simplement conçu pour créer un flux d'argent depuis les moins riches vers les plus riches (qui eux n'ont pas besoin de créer des emprunts. Il est intéressant de s'intéresser à la création de la monnaie, système subtil d'asservissement créé par les tout premiers empires afin de prendre un contrôle sur les populations, non pas par les armes, mais par l'impôt qui doit être payé par leur monnaie... obligeant les peuples à utiliser un outil qui, sinon, est inutile ! Gérard Foucher explique ceci très bien dans son livre ou sans son interview du dernier numéro de la revue "Que vivent nos Relations !".

  • Par François Homeland - 22/02/2014 - 21:24 - Signaler un abus Chaque fois que l'UE sauvera une banque...

    ce sont les contribuables qui seront grugés ! Aucune banque ne doit être considérée par les oligarques comme "too big to fail" ; ce sont les actionnaires qui doivent assumer le risque porté par les banksters !

  • Par ignace - 22/02/2014 - 23:02 - Signaler un abus petite histoire des banques europeennes

    Irlande 90 milliards fracs suisses / 55%pib Nationalisé Anglo Irish bank + deux banques mutualistes recapitalisationAllied Irish Banks et Bank of Ireland, Pays Bas : L'hécatombe se poursuit dans le peloton de tête des banquiers néerlandais. Plombé face à des engagements dans l'immobilier insurmontables, SNS Reaal, cinquième établissement financier du royaume avec 134 milliards d'euros d'actifs, vient de rejoindre les rangs des banques nationalisées dans le sillage de la crise de la dette européenne, après ABN AMRO et Fortis. Grande Bretagne :le gouvernement britannique est passé à l'acte, lundi 13 octobre, en injectant directement 47 milliards d'euros dans le capital de trois banques, RBS, HBOS et Lloyds TSB. Trois des huit banques britanniques qui ont postulé la semaine dernière à une aide de l’Etat vont donc recevoir 37 milliards de livres (47 milliards d’euros) de capital.

  • Par ignace - 22/02/2014 - 23:31 - Signaler un abus petite histoire des banques europeennes depuis 2008 (suite)

    Autriche L'Etat autrichien a sauvé aujourd'hui de la faillite la sixième banque du pays, la Hypo Group Alpe Adria (HGAA), en nationalisant cette institution très présente dans les Balkans. Allemagne Deutsche Bank lire article Charles Sannat 01/éà&' http://www.economiematin.fr/les-experts/item/8205-marches-financiers-deutsche-bank-secteur-bancaire-subprimes-crise-economique-pib-allemagne-creances-actifs Italie, Espagne en cours de desagregation Gréce virtrifiée.............Islande a fait une quenelle financiere aux vautours France : DEXIA des dizaines de milliards etalés sur deux decennies minimum -----Credit agricole sur les starting blocks Conclusion : les pays dits du Nord nationalisent leurs banques les pays du sud ......attendent et masquent leurs actions sauf cas desesperé

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Vincent Bénard

Ingénieur et économiste, conseiller national du Parti Libéral Démocrate, Vincent Bénard a analysé en profondeur les effets pervers de l’imbrication public-privée dans les domaines du logement et de la finance.

Il est l'auteur de deux ouvrages “Logement, Crise Publique” (2007) et “Foreclosure Gate, les gangs de Wall Street” (2011).

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