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Faut-il s’inquiéter du stock d’armes nucléaires entreposé par l’Otan sur le sol turc ?

Depuis le début du conflit syrien, la base aérienne turque d'Incirlik, qui sert de support aux opérations de l'Otan, est l'objet de toutes les attentions. En effet, près d'une cinquantaine d'armes nucléaires américaines y sont stockées. Un récent rapport s'alarme du risque que celles-ci puissent tomber entre les mains de groupes djihadistes comme Daech.

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Publié le - Mis à jour le 19 Août 2016
Faut-il s’inquiéter du stock d’armes nucléaires entreposé par l’Otan sur le sol turc ?

Atlantico : Un rapport du think tank Stimson Center paru ce lundi (voir ici) met en garde contre le danger que représente la base d'Incirlik située en Turquie, à une centaine de kilomètres de la frontière syrienne. Environ 50 bombes nucléaires B-61 y sont stockées. Quelle est l'utilité de cette base et à quoi servent ces armes précisément ? 

Roland Lombardi : Avec la base d’Izmir sur la côte occidentale de la Turquie, Incirlik, est la seconde base de l’Otan sur le territoire turc. Elle fait partie des plus grandes bases stratégiques américaines dans l’impressionnant réseau de bases du Pentagone à travers la planète. Elle est située dans le sud du pays, à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville d’Adana et surtout, il est vrai, à une centaine de kilomètres de la frontière syrienne. Dans le cadre de l’Otan, depuis les années 1960 et la Guerre froide (mais encore aujourd’hui), son rôle était de menacer le flanc sud de l’Union soviétique (et donc aujourd’hui, la Russie) avec ses avions de combat et surtout son arsenal nucléaire estimé à environ une cinquantaine de bombes B-61, qui sont essentiellement des armes thermonucléaires tactiques.

Au-delà de son rôle, toujours effectif dans la stratégie américaine et de l’Otan, de dissuasion envers la Russie, cette base est hautement stratégique puisqu’elle est principalement utilisée aujourd’hui par l'armée turque mais également et surtout, par l'aviation américaine (mais aussi britannique), dans le cadre de la coalition internationale menée par Washington contre l'Etat islamique.

Le rapport insiste tout particulièrement sur le risque que ces armes puissent tomber entre les mains de "terroristes ou d'autres forces hostiles". Quelles sont les principales entités qui représentent effectivement un risque pour cette base ? Jusqu'à quel point celui-ci est-il avéré ?

Il est vrai que si le coup d’Etat du 15 juillet dernier avait réussi et qu’une situation de troubles voire de guerre civile avait suivi, le risque pour la base d’Incirlik aurait été grand. C’est d’ailleurs cette éventualité que ce dernier rapport décrit. Les "forces hostiles" représentent sûrement un éventuel groupe militaire dissident du régime d’Ankara. Scénario peu probable pour l’instant, car depuis, comme on l’a vu, Erdogan a repris la situation en main et ce, avec une certaine brutalité non moins efficace. Et ce n’est d’ailleurs pas fini…

Quant aux "terroristes" évoqués, ce sont principalement les différentes milices djihadistes de Syrie situées non loin de la frontière turque ou encore des terroristes islamistes locaux, qui, éventuellement déçus par le revirement géostratégique apparent de ces dernières semaines d’Erdogan vis-à-vis de Moscou par exemple, pourraient décider de se retourner contre une installation sensible du pays. Là aussi, une "attaque" d’Incirlik et le risque de voir ses armes utilisées par des mains malintentionnées sont peu vraisemblables pour le moment.

D’abord, en raison même du niveau de sécurité de la base en question. Ensuite, même si le pire se produisait et qu’une de ces armes tombait entre les mains de djihadistes, il est certain que ces terroristes seraient très loin de posséder les compétences et le savoir technologique nécessaire pour s’en servir. En effet, n’oublions pas que ce sont des armes hautement sophistiquées, avec des systèmes de sécurité quasi inviolables et qui ne peuvent fonctionner qu’avec des codes et des protocoles très complexes d’utilisation.

 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 17/08/2016 - 09:13 - Signaler un abus au lieu de se poser des questions

    les Américains feraient mieux de les stocker en Israël. Leur stock d'armes serait plus en sécurité contre le terrorisme et le changement de politique de ses dirigeants.

  • Par cloette - 17/08/2016 - 10:25 - Signaler un abus @Marie-E

    tout à fait de votre avis

  • Par hibernato - 17/08/2016 - 11:21 - Signaler un abus en guise de message subliminal à l'attention de la sublime porte

    faisons faire à ces bombes un saut de puce de l'autre côté de la mer Egée sur une base US en terre européenne

  • Par Lazydoc - 17/08/2016 - 13:18 - Signaler un abus Donc Trump a raison

    Les USA n'ont pas besoin de turcs, ni de l'OTAN pour dissuader. L'inverse est vrai. Le temps des renversements d'alliance va arriver. En 2016, 2020, 2024,...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 17/08/2016 - 15:56 - Signaler un abus L'OTAN doit devenir une armée strictement Européene....

    Ce qui nécessite : 1/ un gouvernement Européen pour toute décision d'engagement. 2/ de virer la Turquie de l'OTAN et de ne plus l'associer aux discussions avec l'Europe. 3/ de se rapprocher de la Russie pour à terme elle puisse participer à une défense Européenne. Avant que l'OTAN ne se disloque définitivement.

  • Par vangog - 17/08/2016 - 20:18 - Signaler un abus Selon moi, le danger provient d'avantage d'Erdogan...

    la CIA américaine anticipe l'arrivée de Trump, qui ne sera plus aussi naïf et complaisant avec les turco-islamistes que la paire Clinton-Obama, grand adorateur du dieu Bilderberg...Mais il est impossible, diplomatiquement, d'affirmer que les américains ne vont plus se laisser rouler dans la farine par Erdogan, alors, finement, ils invoquent le risque qu'a fait courir le coup d'état, risque totalement évacué par l'épuration qui a suivi, n'est-ce pas?

  • Par lémire - 04/09/2016 - 18:55 - Signaler un abus bombe sale

    Ne jamais oublier que l'objectif de terroristes serait de récupérer l'uranium ou le plutonium, à partir de quoi on peut faire des bombes "sales" (dispersant des produits radioactifs). Les conséquences seraient dévastatrices sur la stabilité mondiale (crise financière, représailles...).

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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